Kosovo: L’UE commet une faute

On ne peut s’empêcher d’éprouver un grand malaise vis à vis des responsabilités prises par l’Union européenne et ses Etats membres dans l’affaire du Kosovo.

D’abord, l’Union a, en principe, pour ambition de contribuer à une meilleure gouvernance mondiale. Or, nombre de ses Etats membres ont ou vont, sous son impulsion, affaiblir dangereusement la crédibilité future du droit international en cautionnant la proclamation unilatérale de l’indépendance d’une province d’un Etat souverain, membre de l’ONU.

Peut-on justifier une telle décision par l’aspiration – compréhensible – des Kosovars albanais à une telle issue? Dans ce cas, pourquoi l’Europe ne fait-elle pas preuve d’une détermination au moins égale pour aboutir à la satisfaction des aspirations des Palestiniens, en butte, eux, à une puissance occupante sur leur propre territoire? Non: la vérité est que les principales puissances de l’Union placent les rapports de force au dessus du droit. Ce faisant, elles ouvrent la boîte de Pandore. C’est grave.

Ensuite, comment ne pas douter de la capacité de l’Union, à présent, à œuvrer efficacement à une stabilisation durable des Balkans? Cette reconnaissance unilatérale risque fort d’y nourrir les nationalismes au lieu d’en tarir les sources. En outre, l’Union vient de s’aliéner profondément le peuple serbe, sans lequel il n’y a pas de politique régionale possible dans cette partie de l’Europe. Je ne parle pas, en l’occurrence, des nostalgiques de Milosevic mais de ceux qui se sont opposés à lui, et qui sont aujourd’hui majoritaires.

Quant aux Kosovars albanais eux-mêmes, l’Union sera-t-elle en mesure de satisfaire leurs aspirations après les avoir alimentées? Qui aurait l’outrecuidance de répondre de façon péremptoire à cette question pourtant capitale?

D’où la troisième cause du malaise ressenti après cette fameuse « journée de liesse » au Kosovo: le nouveau défi que l’Union européenne vient de se lancer à elle-même a de quoi donner le vertige! Nous voilà en première ligne vers un nouveau protectorat alors même qu’aucune analyse satisfaisante n’a été produite sur les raisons de l’échec du protectorat qui s’achève: un PIB du Kosovo équivalent à celui du Rwanda; la moitié de la population active au chômage; plus de 200 000 réfugiés et personnes déplacées; une multiplication des violences contre les minorités… Et ce malgré une aide internationale de 2 milliards d’euros et la présence de 17 000 soldats de l’OTAN.

Quelle perspective durable l’Union européenne est-elle à même d’offrir aux Kosovars comme aux autres peuples des Balkans, qui soit de nature à stabiliser la situation ici sans risquer de la déstabiliser ailleurs? L’adhésion? Dans quels délais? A quelles conditions? Avec quel degré de probabilité d’un accord unanime – nécessaire – des 27 pays membres?

Lorsqu’on sait que l’on n’a pas droit à l’erreur dans un contexte régional aussi complexe, est-il sage de prendre un tel pari sur l’avenir sans un accord préalable, au sein de l’Union, sur une stratégie globale pour les Balkans?

Quelques Etats membres ont dit leur désaccord; d’autres ont accepté à contrecœur de se résigner à ce qui leur semblait désormais inévitable. Un quarteron de puissances – dont la France – joue la force d’entrainement … derrière les Etats-Unis. Qu’adviendra-t-il de cette unité de façade quand apparaîtront les contradictions de ce nouvel engrenage? Est-ce là une illustration de ce qu’avec le traité de Lisbonne, on entend faire de la « politique extérieure, de sécurité et de défense » de l’Union européenne? Il serait temps que les citoyens se saisissent de ce sujet majeur aussi, comme ils ont si bien su le faire des enjeux économiques et sociaux. L’occasion est là!

18 février 2008 at 1:11 Laisser un commentaire

Le cactus de l’Europe libérale

Coup sur coup, plusieurs faits politiques récents ont permis aux dirigeants européens de mesurer l’impopularité de leurs obsessions libérales. Et pas qu’en France…

Le 22 mai dernier, Jean-Claude Trichet, le Président de la Banque centrale européenne a tenté un plaidoyer en faveur de la « modération salariale », au 11ème congrès de la Confédération européenne des syndicats, à Séville (Espagne). « Il faut prendre en compte la compétitivité des prix », a-t-il martelé, et « éviter des évolutions salariales pouvant entraîner des pressions inflationnistes ».

Les réactions ne se sont pas faites attendre! En Allemagne, a souligné le Président d’IG Metall, Jürgen Peters, « la demande intérieure est à la traine!(…). Et les bas salaires ne créent pas d’emploi! ». Le secrétaire général de la principale organisation syndicale italienne, Guglielmo Epifani, de la CGIL, lui a entamé le pas: « Nous avons besoin de demande interne »! Un autre responsable confédéral de la CES, Walter Cefeda, a apporté cette précision: « Sur les 3% de gains de productivité constatés en trois ans en Europe, (seuls) 0,2% sont allés aux salaires. »! Le banquier central européen s’en est allé, en se disant, sans doute que les gens sont décidément incapables de comprendre le sens des enjeux de notre époque. C’est d’ailleurs pourquoi il tient tant à l' »indépendance » de son institution…

Au même moment, les salariés de « Deutsche Telekom », en Allemagne, votaient à 95% un grève générale: leur patron, ayant, lui, sans doute compris le message de M. Trichet, a exigé de ses agents de travailler plus… pour gagner moins, avec en prime la suppression de 50 000 emplois! A noter que c’est la première grève de ce type depuis la privatisation de cette entreprise…

Le 23 mai, c’est à propos de l' »itinérance », c’est à dire les communications que l’on donne ou reçoit sur son portable à l’étranger, qu’a eu lieu l’épilogue d’une longue bataille. La commission de l’industrie du Parlement européen – où les députés de notre groupe de la gauche unitaire européenne (GUE-NGL) ont joué un rôle d’aiguillon depuis un an -, la Commission européenne et le Conseil (les représentants des 27 gouvernements) sont finalement parvenu à un compromis doublement significatif. D’une part, les tarifs de ces appels à l’étranger, vont baisser en moyenne de 50% dès la fin juin. D’autre part, et surtout: pour la première fois peut-être la Commission reconnait de fait que la « liberté du marché » est problématique, qu’il faut, en l’occurrence, réglementer des tarifs! Des représentants d’industriels français à Bruxelles ont fustigé, à ce propos, « une planification tarifaire de type communiste »… Les profits des grands groupes de télécom restent scandaleusement élevés malgré cette diminution spectaculaire des prix. Il n’empêche: c’est un beau succès!

Le même jour, deux affaires emblématiques que j’ai eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises dans cette chronique connaissaient, elles aussi, un tournant prometteur. La première, Vaxholm, concerne cette entreprise lettone qui prétendait construire une école en Suède sans respecter les conventions collectives de ce pays. La seconde, Viking Line, a trait à un armateur finlandais qui avait décidé de faire enregistrer son navire sous pavillon estonien dans le but avoué d’échapper aux conditions du droit du travail finlandais qu’il appliquait jusqu’alors. Les deux affaires avaient provoqué de très fortes mobilisations et connu un rayonnement international. Eh bien, dans les deux cas, les « avocats généraux » européens conseillent à la Cour de Justice d’aller dans le sens voulu par les syndicats!

Le spectre du NON produit manifestement toujours ses effets.

25 Mai 2007 at 1:42 Laisser un commentaire

La gauche européenne et les élections françaises

« Parce que nous ne voulons pas voir entrer au Conseil européen – déjà si libéral et si conservateur – un homme comme Nicolas Sarkozy, qui n’hésite pas à emprunter ses thèmes à l’extrême droite, nous apportons notre soutien à la candidature de Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle française ». A notre initiative, cet appel a circulé ces derniers jours au Parlement européen, recueillant des signatures de député-e-s, tant de notre groupe de la gauche unitaire européenne (GUE-NGL) que du groupe socialiste européen.

Ici, personne n’est indifférent à l’issue du scrutin ni à l’avenir de la gauche. La première préoccupation est naturellement de conjurer le danger Sarkozy. Mais beaucoup de discussions portent ensuite sur le piège du « centre ». Ce n’est pas par hasard que, à 48 heures d’intervalle, ait été, créé en Italie et annoncé la création en France d’un « parti démocrate » dont le but avoué est d’en finir avec l’opposition gauche-droite! Dans les deux cas, on retrouve à la manœuvre d’anciens députés européens du groupe libéral: Rutelli en Italie, Bayrou en France. A Rome, le premier a réussi à entrainer à droite l’ex-principal parti de gauche. A Paris, le second rêve à haute voix…

Heureusement, cette redoutable manœuvre rencontre de sérieux obstacles, jusque dans les rangs des parlementaires européens socialistes, tant italiens que français. Le fait que Ségolène Royal ait publiquement envisagé, en cas de victoire, de constituer un gouvernement avec des ministres UDF a suscité de la stupeur chez un certain nombre de collègues. « Beaucoup vont s’apercevoir qu’on aura encore besoin du parti communiste s’ils veulent qu’il reste un gauche en France » m’a lancé l’un deux en se disant « sûr » que les élections législatives « rééquilibreront » la situation par rapport aux présidentielles…

Dans le même temps, l’actualité européenne et mondiale appelle des initiatives politiques immédiates. J’évoquais, la semaine dernière, la rencontre avec la délégation du comité de groupe européen d’Alcatel-Lucent. Des élus européens d’une dizaine de pays y ont participé. Le résultat a été la décision de nous efforcer d’obtenir un débat en séance plénière sur les responsabilités de l’Union européenne dans la défense de l’emploi industriel et du savoir-faire qui subissent une véritable hémorragie.

Je veux dire un mot aujourd’hui sur une tout autre initiative de notre groupe GUE-NGL, elle aussi nécessaire: le 25 avril, nous recevions l’épouse de Marwan Barghouti, le plus emblématique des quelque … 11 000 prisonniers politiques palestiniens en Israël! Elle nous a exhorté à agir pour la libération de ces héros du peuple palestinien et des … 400 enfants eux aussi en prison!

Je reviendrai sur cette audition impressionnante qui a réuni, dans notre salle, des députés communistes, socialistes, verts, libéraux et chrétiens-démocrates, ainsi que de très nombreuses ONG engagées dans la solidarité avec la Palestine. Hommage à toi, Marwan!

27 avril 2007 at 1:18 Laisser un commentaire

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