POUR UNE SOLIDARITÉ RESPONSABLE AVEC L’UKRAINE

Rien de plus insupportable que le sentiment d’impuissance face à une agression militaire meurtrière comme l’est la guerre de Poutine contre l’Ukraine. On ne peut, dès lors, s’étonner que s’élèvent, sous les bombes, des voix bouleversantes réclamant une implication dans le conflit toujours plus forte des États européens et occidentaux en général, à même de forcer Poutine à arrêter sa guerre. Peut-on, dans ces conditions, être légitimement conduit à dire non à certaines de ces demandes alors même que le peuple ukrainien nous impressionne tous et toutes par sa résistance intrépide face à l’armada russe ? Oui, hélas : c’est difficile, et pourtant nécessaire dans une série de cas. Cela peut même s’avérer être un devoir de solidarité, quand la réalisation de ces exigences ferait courir des risques incommensurables aux Ukrainiens, à coup sûr, en premier lieu, et, au-delà, à l’Europe tout entière , voire au monde.

Plusieurs cas de ce type se sont présentés ces derniers jours. Ainsi, il est crucial, vital même, que les pressions en faveur de l’établissement d’une « zone d’exclusion aérienne » sur le territoire ukrainien ne finissent pas par entraîner l’OTAN dans une fuite en avant fatale ! Car, interdire le survol de l’Ukraine suppose d’abattre tout avion ennemi bravant l’interdit, quitte à déclencher l’engrenage d’un affrontement militaire OTAN-Russie ! La même mise en garde vaut pour les avions de guerre de l’ère soviétique que Washington espère toujours convaincre la Pologne de livrer à l’Ukraine. Un tel projet impliquerait , là encore, des États membres de l’OTAN , au risque de fournir à Poutine un prétexte pour étendre le conflit. Une solidarité pour le moins à double tranchant.

Même l’idée d’une adhésion « sans délai » de l’Ukraine à l’Union européenne est hautement contestable, ne serait-ce qu’en raison de l’existence, dans les traités européens en vigueur depuis 2009, d’une « clause de défense mutuelle » qui recèle des dangers similaires à ceux du fameux « article 5 » de l’OTAN – toutes choses qui mériteraient d’être clairement explicitées lorsqu’on évoque une éventuelle entrée de l’Ukraine dans l’UE.

Quant aux sanctions économiques -si elles sont évidemment nécessaires- , elles appellent elles-mêmes plus de discernement que celui dont ont fait preuve plusieurs de nos ministres. Quand Clément Beaune, le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, prétend que « nous pouvons imposer nos intérêts » à la Russie car celle-ci dépend de l’Europe pour ses exportations de gaz, il semble oublier que la réciproque est vraie : il serait aussi peu aisé pour l’Europe de se passer de son fournisseur russe que pour la Russie de remplacer ses clients européens. Le degré d’interdépendance qui caractérise le monde actuel est tel que le Fonds monétaire international (FMI) prévient que les sanctions « auront un impact substantiel sur l’économie mondiale ». Lorsque Bruno Le Maire promet -avant de se raviser face au tollé suscité- « une guerre économique totale à la Russie » , il ignore  cet autre avertissement du FMI : une escalade du conflit aurait des conséquences économiques « dévastatrices » au niveau mondial.
La seule solidarité qui vaille est celle qui ne se retourne pas contre le peuple ukrainien et le monde dans son ensemble.

10 mars 2022 at 7:54 Laisser un commentaire

RUSSIE-UKRAINE : COMMENT A-T-ON PU EN ARRIVER LÀ ! 

Qui aurait pu imaginer le retour de la guerre au cœur de l’Europe en 2022 ! L’agression de Poutine contre l’Ukraine est stupéfiante, injustifiable, folle ! Il n’y a pas d’acte de guerre « limité » qui ne fasse courir à l’humanité le risque d’un engrenage entraînant les protagonistes bien au-delà de leurs objectifs déclarés . Nous sommes aujourd’hui dans cette situation. Qu’une telle dérive soit encore possible sur le continent européen doit nous conduire collectivement à nous interroger sans préjugé ni faux fuyant : comment a-t-on pu en arriver là ?

 Il faudrait, pour établir un diagnostic incontestable, faire une analyse minutieuse de toutes les décisions marquantes prises, tant à l’Ouest qu’à l’Est, depuis la chute de l’Union soviétique jusqu’à nos jours, susceptibles d’avoir contribué à réinstaller un climat de défiance et de confrontation entre les deux parties du continent, alors même que 34 États concernés avaient signé en 1990 la « Charte de Paris pour une nouvelle Europe » et déclaré unanimement : « Nos relations seront fondées désormais sur le respect et la coopération » .

Le bilan des actes du pouvoir russe qui ont défié l’Europe occidentale et ses alliés depuis une quinzaine d’années sera aisé à établir : de la Géorgie à l’Ukraine, les conflits impliquant la Russie ont , à l’évidence, gravement détérioré les relations Est-Ouest. L’évaluation des actes des États d’Europe occidentale ayant contribué à la montée progressive des tensions avec Moscou risque, en revanche, dans le contexte actuel, d’être beaucoup plus sujette à controverses. En particulier, s’agissant de l’extension continue de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie. Aussi sera-t-il avisé de rappeler à ce propos les mises en garde émises à plusieurs reprises , depuis plus de vingt ans, par de hauts responsables américains peu suspects de complaisance à l’égard du Kremlin ! 

Ce fut le cas de George Kennan, jadis théoricien de la guerre froide, pronostiquant en 2000 que « L’élargissement de l’OTAN vers l’Est peut devenir la plus fatale erreur de la politique américaine depuis la guerre » ! Ou bien de Robert Gates, ex-directeur de la CIA puis chef du Pentagone, reconnaissant en 2014 que cette stratégie « fut une erreur » et regrettant « l’arrogance » occidentale. Ou encore, en janvier dernier, de George Beebe, ancien directeur d’analyse de la Russie à la CIA, parlant, dans « Le Figaro », à propos de la stratégie des Etats-Unis envers la Russie, d’une « erreur d’analyse fondamentale » et invitant à prendre en considération, concernant la Russie, « l’obsession de sa sécurité » héritée de son histoire. 

Une telle investigation, menée avec sérieux et objectivité, serait riche d’enseignements fort utiles dans les temps à venir ! Et, parmi ceux-ci, figureraient sans aucun doute, en bonne place, naturellement celui de bannir définitivement tout acte de guerre semblable à la désastreuse aventure dans laquelle le Président russe a entraîné son pays, mais aussi celui de prendre pleinement conscience que la sécurité internationale est collective ou qu’elle n’est pas, et enfin, celui du caractère toxique des rhétoriques bellicistes , qui ne font que conforter les nationalismes voire les « paranoïas », pour redonner ses chances à la diplomatie.

2 mars 2022 at 5:44 1 commentaire

LA CAMPAGNE DU PCF VUE D’EUROPE

Depuis quelques jours, à en juger par plusieurs messages d’amis européens , des informations circulent au-delà de nos frontières, suscitant l’intérêt pour la campagne présidentielle du PCF . On veut en savoir plus sur ce candidat communiste dont on entend dire qu’il est « charismatique », qu’il « tranche sur le reste de la gauche », qu’il se réfère au Conseil national de la Résistance, etc…L’un des vecteurs des informations à l’origine de ce regain de curiosité semble être un récent reportage de « France 24-Anglais ». 

On y évoque, par exemple, les « promesses de bonheur » de Fabien Roussel, par opposition aux « prophéties chargées de malheur » d’un Zemmour . Après une période marquée par une overdose d’inquiétudes et de restrictions, cette bouffée d’oxygène attire clairement l’attention. Les autres « révélations » du reportage sont plus attendues. Ainsi, le  choix du candidat communiste pour une autre utilisation de l’argent  -« non en faveur des grands groupes mais au service du peuple », ou encore la proposition de nationaliser les grandes banques et les grands groupes du secteur de l’énergie, et d’une façon générale, la volonté du candidat du PCF de « regagner les cœurs et les esprits » du monde du travail. 

Enfin, certains de nos amis semblent  découvrir l’importance du réseau actuel de maires et d’autres élues et élus communistes  -rappelée dans ce reportage-  malgré les reculs électoraux subis par le PCF. Ils partagent à l’évidence l’espoir d’assister à l’amorce d’une renaissance d’un PCF capable de regagner la confiance de ces pans entiers de classes populaires dont l’extrême-droite a réussi à capter les désillusions accumulées , ouvrant la voie à la dramatique impasse que l’on connaît. 

Cet enjeu essentiel est également mis en avant, par ailleurs, par le réseau de médias européens indépendants « Euractiv », spécialisé dans la publication d’articles sur l’actualité européenne. Sous le titre  -désagréablement politicien- : « Marine Le Pen, Eric Zemmour et Fabien Roussel s’arrachent les classes populaires », le site européen a néanmoins le mérite d’attirer l’attention de son public sur des marqueurs très concrets de la campagne du candidat communiste. Insistant à son tour sur le projet d’une « France des jours heureux », il décline successivement la question clé de « l’augmentation des salaires et des retraites » et la hausse du SMIC à 1500 euros -car « ce qui coûte cher, c’est les riches! »- , le rétablissement et le triplement de l’ISF, la lutte contre la fraude fiscale, ou encore la gratuité du permis de conduire pour les moins de 25 ans. Non moins important est la référence à la volonté du candidat communiste de « recréer de l’emploi pour les classes populaires » grâce, notamment, à une « industrie française décarbonée ». Ou encore l’allusion faite  à l’ importante proposition,  souvent développée par Fabien Roussel, en faveur des petites et moyennes entreprises, à savoir une baisse des « vraies charges qui pèsent sur elles : le coût de l’électricité, le gaz, les assurances, les intérêts bancaires, le coût du capital ». Nous reprendrons volontiers à notre compte la conclusion du papier de ces médias européens , soulignant « le vœu du candidat communiste de renouer un lien rompu entre la gauche  et l’électorat le plus modeste » et de « créer la surprise » en 2022…

25 février 2022 at 7:06 1 commentaire

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