RÉFORME DE LA  PAC : GOUVERNEMENTS CONTRE PARLEMENT

Des négociations cruciales entre les deux co-législateurs européens -les gouvernements et le Parlement- portant sur une importante réforme de la Politique agricole commune (PAC) viennent d’échouer à Bruxelles. Elles doivent reprendre courant juin. Les enjeux de ce bras de fer concernent naturellement au premier chef les agriculteurs et le monde rural, mais nous touchent indirectement toutes et tous. Bref rappel de quelques repères de ce grand dossier. A ce jour : si les positions de la majorité des députés ne sont nullement satisfaisantes, celles des Etats membres visent à les tirer encore en arrière dans plusieurs domaines.
La dimension sociale, tout d’abord. Le Parlement européen (PE) demande une réduction des aides en cas d’infraction à la réglementation sur le droit du travail. Le Conseil (les gouvernements) s’y refuse très majoritairement, certaines capitales proposant, à la place, que les Etats adressent à la Commission d’ici le 1er janvier 2025…une évaluation de la situation sociale dans le secteur agricole ! Les positions respectives en matière de réduction des inégalités mérite également une mention. La question à trancher est : quelle part des paiements directs faut-il réserver aux petites et moyennes exploitations -« ces petites fermes qui assurent de la production, de l’emploi, la préservation de l’environnement et un tissu rural dense, gage d’une activité sociale et économique intense »(Confédération paysanne) ? 12% demande le PE. 7,5 rétorque le Conseil.
Quant au plafonnement des aides, qui va dans le même sens, la présidence du Conseil en exercice suggère qu’il soit…facultatif, chaque gouvernement restant libre de l’appliquer ou non. Cette tendance à aller vers une « PAC à la carte » s’affirme d’ailleurs plus généralement dans le cadre de cette réforme, avec le risque d’une distorsion de concurrence entre pays membres. Le PE, là encore, y est opposé, tandis que les Etats les plus libéraux -par ailleurs également chauds partisans des accords de libre échange- y sont très favorables. 
Enfin, il y a les controverses sur le « verdissement » de l’agriculture européenne. Cette évolution vise à garantir une alimentation durable et de qualité, à protéger l’environnement, à préserver la biodiversité. Elle passe par la réduction drastique de l’utilisation de pesticides dangereux; la  diminution sensible du recours aux engrais et, d’une façon générale, le renforcement des pratiques agro-écologiques.
Dès lors, quel pourcentage des aides consacrer aux « éco-régimes », ces paiements couplés à des pratiques plus respectueuses de l’environnement ? 30% demandent les députés. 20 à 25, répliquent les représentants des gouvernements.
Par delà ces chiffres, l’on ne peut isoler cette question de toutes les autres dimensions des problèmes à résoudre pour sortir par le haut de la crise que subit le monde agricole. Un débat de société associant les premiers intéressés serait le bienvenu avant le compromis final  .

3 juin 2021 at 3:36 Laisser un commentaire

EUROPE-TURQUIE : AMBIGUÏTÉS À TOUS LES ÉTAGES 


Nous avons toutes et tous encore en mémoire la déplorable et humiliante prestation du Président du Conseil européen, Charles Michel, à Ankara, fin avril dernier.
Pour expliquer son absence de réaction à l’attitude grossière de l’hôte turc à l’égard de la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, privée de fauteuil, le responsable de l’UE se justifia en des termes révélateurs : « Tout en percevant le caractère regrettable de la situation, nous avons choisi de ne pas l’aggraver par un incident public ». C’est que la mission de l’UE auprès du maître de la Turquie visait -par delà les critiques d’usage- à favoriser une réconciliation qu’avait dûment préparée, lors d’un précédent voyage, la Chancelière allemande, soucieuse d’obtenir du tyran du Bosphore le renouvellement du pacte migratoire entre les deux parties. 
La semaine dernière, ce fut au tour de la majorité des députés européens de miner le relativement bon rapport annuel portant sur l’état des relations entre l’UE et la Turquie en y insérant des passages proprement scandaleux. Le rapport qui vient d’être adopté a, globalement, une tonalité nettement critique à l’égard d’Ankara.
En fustigeant tant le « recul de la démocratie à l’intérieur du pays » que les « manœuvres agressives de politique étrangère » de ce pouvoir; en invitant l’UE à « donner la priorité à la dynamique société turque et à ses efforts en faveur de la démocratie »; en mettant en lumière la politique « impitoyable et systématique qui s’applique à toute activité critique comme le militantisme politique pacifique (des) Kurdes et (des) Alévis, (ou)  les manifestations organisées par d’anciens travailleurs du secteur public et des militants des droits des femmes et des personnes LGBTI ainsi que des victimes de l’état d’urgence, voire même à des événements qui ont eu lieu avant la tentative de coup d’Etat, tels que les manifestations de Gezi »; en proposant à l’UE et aux Etats membres d’inscrire « le mouvement raciste d’extrême-droite (…)dit  Loups gris » sur la liste des organisations terroristes; en condamnant fermement la répression du parti progressiste HDP et la mise en détention de ses élus et de ses dirigeants, notamment Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag; en condamnant « fermement la décision du gouvernement turc de se retirer de la convention d’Istambul » ou en encourageant celui-ci à reconnaître le génocide arménien, etc…, le Parlement européen a, en quelque sorte, sauvé l’honneur de l’UE.
Malheureusement, il a, à son tour, entaché la clarté de ses positions en osant saluer dans la Turquie d’Erdogan « un partenaire essentiel pour la stabilité de la région » -Les Chypriotes et les Grecs apprécieront !- et un « allié » avec lequel « les Etats membres de l’Union continuent de coopérer sur des questions d’importance stratégique dans le cadre de l’OTAN »…
Est-ce en raison de ces liens « stratégiques » qu’en France, l’enquête sur le triple assassinat des trois militantes kurdes se heurte au « secret-défense »? En l’occurrence, ambiguïtés rime avec complicité.

27 Mai 2021 at 8:28 Laisser un commentaire

ISRAEL-PALESTINE : LE COÛT ABYSSAL DE L’IMPUNITÉ 



C’est à nouveau l’enfer à Gaza, tandis que Israël s’embrase. Les dirigeants européens, et la « communauté internationale » dans son ensemble, redécouvrent le problème palestinien, qui avait, depuis un certain temps, disparu de leurs radars géopolitiques. 
Certes, Netanyahou avait proclamé « l’Etat-nation du peuple juif » faisant des Palestiniens des citoyens de seconde zone. Certes, Washington avait reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, donnant ainsi le feu vert américain à Tel Aviv pour un nouveau saut qualitatif des violations du droit international.
Certes, Trump avait acheté le ralliement inconditionnel de ses alliés arabes à l’Etat occupant, isolant toujours plus le peuple palestinien.
Certes, Netanyahu, ainsi ragaillardi, menaçait d’annexer la vallée du Jourdain.
Certes, la colonisation se poursuivait pendant tout ce temps à un rythme de plus en plus soutenu en Cisjordanie, tout comme le blocus militaire dévastateur de Gaza, tandis qu’ à Jérusalem-Est annexé, les colons multipliaient les expulsions de familles palestiniennes. En prime, Israël venait de refuser l’ouverture des bureaux de vote pour les 150 000 électeurs palestiniens de la vieille ville, ce qui a conduit au report sine die des premières élections palestiniennes prévues depuis 15 ans…
Pas de quoi s’émouvoir plus que ça dans les grandes capitales, puisque l’ordre régnait pour l’essentiel… L’UE estimait « faire le job » en activant  la machine à produire des communiqués rappelant « son attachement à une solution négociée fondée sur la coexistence de deux Etats… » tout en soignant ses relations avec Israël, fût-il dirigé par l’extrême-droite qui torpille toute perspective de paix.
Des voix lucides -y compris israéliennes- avaient beau insister depuis toujours , à la fois sur le risque d’embrasement qu’encourageait cette capitulation face à l’inacceptable, et sur le mauvais service ainsi rendu à Israël même, à l’instar du digne et courageux Président de la Knesset, Abraham Burg, qui avait lancé  à ses collègues en 2002 : « Un peuple d’occupants finit par être changé et défiguré par les tares de l’occupation », en les invitant à regarder en face ce qu’ils ont fait de leur pays, rien n’y fit ! 
L’UE, comme bien d’autres champions des droits de l’homme, étaient depuis longtemps passés à autre chose, lorsque la nième provocation-humiliation des colons à Jérusalem-Est a dégénéré, les nombreux fidèles rassemblés sur l’Esplanade des mosquées avant la fin du ramadan ayant été sauvagement agressés par la police de l’occupant jusque dans la très emblématique mosquée al-Aqsa.
Ce n’est qu’après cette explosion de colère légitime des habitants palestiniens de Jérusalem que les tirs, évidemment condamnables, du Hamas sont intervenus, puis que l’embrasement a gagné des villes dites « mixtes » en Israël même. Le responsable de cette tragédie s’appelle Netanyahou: arrêter ses nouveaux crimes de guerre est la priorité absolue.
 Par qui espèrent, dans ces circonstances, être entendus et respectés ceux qui, telle la France, appellent les deux parties « à faire preuve de la plus grande retenue », ou comme l’UE, demandent que « la flambée de violence cesse immédiatement » ? Chacun peut aujourd’hui mesurer le coût humain et politique abyssal de décennies d’impunité. 

20 Mai 2021 at 6:03 Laisser un commentaire

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