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« CON TSIPRAS,PER CAMBIARE ! » (Avec Tsipras ,pour changer!) titrait récemment le quotidien de gauche italien « Il Manifesto ». « TSIPRAS RIANIMA LA SINISTRA » (Tsipras réanime la gauche ) constatait , de son côté, le grand journal libéral de Turin, La Stampa. Un mouvement aussi inattendu qu’encourageant – bien qu’encore en discussion- est en train de se dessiner en Italie autour de la candidature d’Alexis Tsipras à la présidence de la Commission européenne.
Rappelons qui est Tsipras : leader du parti Syrisa – devenu,au travers des luttes récentes du peuple grec contre la chape de plomb austéritaire et autoritaire de la « troïka », la première force de la gauche, voire du pays- il est susceptible d’être, en cas d’élections anticipées, appelé à diriger le gouvernement d’Athènes ! Vice-Président du Parti de la Gauche Européenne (PGE), il a été désigné il y a tout juste deux mois – sur proposition de Pierre Laurent, qui préside le PGE- pour représenter la gauche critique européenne dans la bataille des élections du 25 mai prochain. Le 3 février dernier, il était accueilli, sous les ovations d’un très large public, au siège du Parti communiste français. Que cet authentique progressiste européen soit reçu en ami et chaleureusement soutenu par les sympathisants du Front de gauche en France comme par leurs semblables dans toute l’Union européenne, c’est bien. Mais particulièrement intéressant et prometteur est de constater que le fait -nouveau- d’avoir un porte-parole de notre « famille » politique à l’échelle européenne pour ces élections, et le choix d’un dirigeant de la gauche grecque, combatif et rassembleur, pour jouer ce rôle, éveille intérêt et adhésion très au-delà de notre sphère d’influence traditionnelle. Le cas de l’Italie est, à cet égard, particulièrement significatif .
Ravagé par des années de populisme sous Berlusconi et ses alliés racistes et xénophobes , ce pays a connu, ces dernières années, une véritable descente aux enfers des anciennes forces de gauche, le « Parti démocrate » se déconsidérant dans des compromissions sans fin et le « Parti de la Refondation communiste » perdant, sous l’effet de divisions successives, toute représentation parlementaire . C’est dans ce contexte que plusieurs événements politiques viennent de se produire qui méritent toute notre attention. D’abord, nombre d’anciens responsables de « Refondation communiste » qui s’étaient éloignés – comme Fausto Bertinotti ou Luciana Castellina- ont apporté leur soutien à Alexis Tsipras, comme leurs anciens camarades. Ensuite,un groupe de six personnalités indépendantes – dont la philosophe et journaliste Barbara Spinelli, fille d’une figure de la Résistance antifasciste , qui fut,du temps d’Enrico Berlinguer, député apparenté communiste au Parlement européen- a décidé de tenter de recueillir les 150 000 signatures nécessaires à la présentation d’une liste aux élections européennes dès lors qu’on ne s’appuie sur aucune force présente au Parlement .Et il a annoncé que cette liste viendrait en soutien au combat d’Alexis Tsipras. Enfin, jour après jour, la liste des soutiens à ce mouvement ne cesse de s’allonger (14 000 signatures en moins de neuf jours) -parmi lesquels des personnalités éminentes et respectées comme Gustavo Zagrebelsky, Président émérite de la Cour constitutionnelle d’Italie et Président honoraire de l’association « Liberté et Justice ».
Certes, ce processus ne fait pas de ces personnes des alliés du PGE ni des partisans de toutes ses orientations politiques. Loin s’en faut. Mais le processus en cours n’en est que plus intéressant à suivre: des femmes et des hommes aux sensibilités fort diverses et parfois aux positions partiellement contradictoires peuvent aujourd’hui se retrouver derrière le porte-parole du PGE dans une campagne très politique, sur la base de convergences aussi essentielles que « l’engagement concret à renégocier les traités et (à défendre) un projet authentiquement européen qui s’oppose (à la volonté) de soumettre l’Europe à la même logique que celle de la « grande coalition » allemande »(Déclaration des six personnalités).
Décidément, la désignation d’Alexis Tsipras crée une nouvelle donne pour la gauche européenne.
13 février 2014 at 8:53
Partout, les « efforts » consentis pour « assainir les finances publiques » produisent,paraît-il, des effets vertueux. Espèrent-ils, ces zélateurs de la « troïka », avec leurs gros sabots, contrecarrer la vague de rejet des politiques d’austérité qui déferle sur toute l’Europe? Tentative dérisoire, d’autant qu’aucun de leurs exemples de « réussite » ne résiste à l’examen des faits.
L’Irlande? Elle offre peut-être aux « investisseurs » la perspective d’un retour aux fameux « 3% » (du PIB ) de déficits publics d’ici 2015 , mais que pèse ce « succès » dans les consciences lorsqu’on en connaît le prix : un chômage de 13,5 % en général et de 28 % parmi les jeunes, à quoi s’ajoute une émigration massive privant le pays de 8% de sa population active, soit 200 000 personnes au travail -une proportion qui correspondrait en France à une perte de quelque 2,4 millions de travailleurs ! On est là face à une hémorragie d’autant plus dramatique pour l’avenir qu’il s’agit de personnes âgées de 20 à 44 ans,et, pour les deux-tiers d’entre eux, de diplômés de l’enseignement supérieur! En plus, le « retour sur les marchés » ne signifie pas la fin de l’austérité : la dette publique irlandaise atteint toujours le double du niveau maximal toléré en vertu des règles européennes… Il n’y a décidément rien à espérer de cette logique diabolique.Il faut rompre avec l’austérité .
La même conclusion s’impose en s’arrêtant sur le cas du Portugal. Lui aussi est loué d’être à la veille de pouvoir à nouveau se financer en faisant appel aux « marchés ». C’est oublier l’essentiel : l’état dans lequel ce peuple sort de l’épreuve que la « troîka » lui a fait subir (et qui,sauf rupture avec cette politique,se poursuivra sous d’autres formes). Là aussi, il y a , au nom de la « compétitivité »,un appauvrissement insupportable : une baisse absolue du coût unitaire du travail de l’ordre de 10 % en trois ans; un chômage de plus de 16% et une émigration massive. Quant à l’Espagne, « elle est devenue plus allemande » se félicite la banque d’investissement Citi : « de solides bénéfices pour les entreprises (tandis que) les coûts de la main d’œuvre s’effondrent. »Ajoutons que le chômage y est toujours de 26%, celui des jeunes approchant les …60% ! Et là encore, le gouvernement prévient: avec un déficit de 6,8%, « le chemin sera encore long et difficile ». La seule sortie par le haut passe par la rupture avec l’austérité.
Enfin, le cas de la Lettonie dépasse encore celui des autres pays cités en cruauté et en irresponsabilité. Car là, c’est le gouvernement qui a pris ,seul, l’initiative d’imposer une véritable guerre sociale à son peuple,uniquement pour remplir au plus vite les « critères de Maastricht » afin d’être admissible dans la zone euro ! Et ce malgré l’opposition de 58% de la population à cette perspective. C’est dans ce but que le pouvoir de Riga à coupé à la tronçonneuse dans les dépenses publiques à hauteur de…15% de la richesse nationale (l’équivalent de plus de 300 milliards € en France), dont 10% en une seule année; licencié un tiers de ses fonctionnaires dont 2400 enseignants et 44% des personnels de santé;diminué de 26% les salaires des agents publics;réduit le revenu minimum garanti de…64€ à 51€ par mois; fermé 35 hôpitaux sur 59 ainsi qu’une centaine d’écoles;augmenté la TVA de 21 à 22% et élevé de trois ans l’âge de départ à la retraite , à 65 ans ! (1) S’ensuivent une pauvreté extrême d’un tiers de la population , l’explosion des inégalités, et, là encore , une gigantesque fuite des cerveaux : 10% de la population totale du pays, d’un âge moyen de 35 ans ! C’est ce que Christine Lagarde a salué comme « les résultats impressionnants » obtenus par un pays qui a « décidé de prendre le taureau par les cornes », quitte à « y aller fort ». Une formule à retenir ,mais pour en finir avec ce modèle condamné et refonder l’Europe.
——- (1)Cf . Alex Korbel ( consultant en affaires publiques européennes) : « Austérité en Lettonie.La preuve par les faits » dans « Europe ».
6 février 2014 at 4:10
La légitime exaspération que suscite la politique de l’Union européenne toutes ces dernières années nourrit ici ou là l’idée qu’il faudrait un « coup de balai » pour nous débarrasser de toute cette pseudo « élite » de Bruxelles, et par là-même de toutes les calamités qu’elle incarne aux yeux du plus grand nombre. Méfions-nous: ce type de slogan peut paraître radical, mais il est en réalité à courte vue. Il n’encourage pas les citoyennes et les citoyens à s’approprier les enjeux européens ( Par exemple, le choix de classe qui oppose ceux qui aspirent à faire de la promotion des capacités humaines la priorité de la future politique européenne aux obsédés de la course à la compétitivité par la baisse du « coût du travail » et des dépenses publiques) . Or, seuls celles et ceux qui voient clair sur ces choix sont en mesure d’agir sur eux . La gauche n’a rien à gagner à cantonner le peuple dans une posture purement protestataire, à privilégier le réflexe sur la réflexion et la surenchère verbale sur l’intervention de fond.
Ironie du sort, cette année, c’est ,du reste, l’Union européenne elle-même qui va, en quelque sorte, en raison d’échéances qui se télescopent, donner un « coup de balai » dans les hautes sphères du pouvoir « bruxellois »!Qu’on en juge: le Président de la Commission européenne, M. Barroso? Il quitte définitivement son poste le 1er novembre prochain. Le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy? Il se retire impérativement un mois plus tard. La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires Étrangères et la politique de sécurité, la Baronne Catherine Ashton? Elle va retrouver la Chambre des Lords cet automne. Si on ajoute à la liste le Président du Parlement européen, M.Schulz, qui rend son tablier en mai, on le constate: bien des ténors de l’actuelle « nomenklatura » européenne vont devoir céder la place en 2014. Et pourtant, ce seul fait ne conduira évidemment pas aux changements attendus par la majorité de nos concitoyens !
Pour que puisse s’ouvrir avec succès un processus de « refondation » de la construction européenne , il faut qu’un ou , si possible, plusieurs pays prennent l’initiative de rompre avec les dogmes libéraux actuels, mais il faut aussi que cette rupture soit massivement comprise et soutenue par les citoyens du plus grand nombre de pays possible. Pour créer les conditions de ces convergences, les slogans gauchistes ne sont d’aucun secours. C’est l’aiguisement de la bataille des idées alternatives à celles des libéraux de tous genres qui est décisive. Et c’est le rassemblement le plus large autour de ces idées de changements qui est déterminant. L’élection européenne est un moment-clé pour concrétiser ces nouveaux rapports de force grâce à une bonne représentation au Parlement de Strasbourg.
Saisissons à pleines mains, dans cet esprit, le levier du scrutin du 25 mai prochain! En France-même , nous savons comment faire appel à l’intelligence de nos concitoyens : l’expérience de la bataille contre le traité constitutionnel de 2005 est gravée dans la mémoire collective. Quant à notre campagne à l’échelle européenne , le soutien massif de la gauche critique européenne (celle du Parti de la Gauche Européenne que préside Pierre Laurent) à la candidature de notre ami Alexis Tsipras -le leader de Syrisa, aujourd’hui première force politique de Grèce!- à la présidence de la Commission va nous offrir une opportunité sans précédent de défendre ,ensemble, nos idées jusque sur la scène européenne . C’est tout cela, le défi à relever aujourd’hui.
16 janvier 2014 at 7:40
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