Posts filed under ‘BCE’

DU RIFIFI AU SOMMET DE « L’EUROPE » ?

 wurtz-l-humanite-dimanche                        A en croire certaines fuites, il y aurait eu du rififi au dernier Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement, le 19 décembre dernier! En cause, un projet-phare de Madame Merkel , mal accueilli par ses pairs à cinq mois des élections européennes,…et dont l’adoption définitive a finalement été reportée à l’automne! Le seul écho officiel de ces débats exceptionnellement vifs fut, en France, une interview du Président du Conseil européen, Herman van Rompuy (1). Mais il y a fort à parier que seule une poignée d’experts aura compris de quoi il retournait en lisant sous sa plume qu’ « avec l’idée de partenariats économiques pour la croissance, l’emploi et la compétitivité, nous mettons en place un outil supplémentaire à la disposition des gouvernements nationaux pour assumer leurs responsabilités européennes dans un esprit de solidarité. »(!) Cette effroyable langue de bois avait, en l’occurrence, une fonction précise:acter publiquement un projet politique d’envergure (ainsi, l’on ne pourra pas reprocher aux dirigeants européens d’avoir caché leurs intentions), mais le faire de telle manière que personne n’en mesure la portée avant le scrutin européen du25 mai prochain. Explications.

Depuis quelques temps déjà,la Chancelière insiste sur l’idée qu’il est temps de faire franchir à la zone euro une nouvelle étape dans le sens de « l’intégration », autrement dit de la centralisation des pouvoirs, quitte à devoir modifier les traités. Arracher par tous les moyens les « réformes » attendues par les marchés financiers constitue, selon elle, le seul moyen de parer au risque d’éclatement de l’Union monétaire.

Bien des pressions s’exercent en ce sens en Allemagne. La dernière en date émane d’un groupe de personnalités de renom (2). Celles-ci estiment « inévitable que les citoyens endossent le fardeau des crises et doivent accepter de douloureuses réformes », mais s’inquiètent dans le même temps des « dommages collatéraux » de ces mesures dans les pays en crise , dont « le spectre politique se radicalise ». Elles préconisent donc un donnant-donnant: les Etats en grande difficulté conjoncturelle pourraient bénéficier d’une aide financière, par exemple sous la forme d’une « assurance chômage commune ». Celle-ci devrait être « utilisée pour aborder des réformes du monde du travail depuis longtemps retardées. »

C’est une idée de ce type que Madame Merkel tenta de faire adopter par le Conseil européen à la veille de Noël. Dans sa bouche, cela devient : la signature entre chaque gouvernement et la Commission européenne de contrats contraignants prévoyant un calendrier des fameuses « réformes » en échange d’éventuelles compensations financières.

Et -ô surprise- la « toute puissante » Chancelière essuya tout d’abord un refus général, même de la part de ses plus proches alliés comme le Président du Conseil espagnol, le très réactionnaire Rajoy! En cause : la démocratie? Le social? La solidarité? On pourrait le penser en entendant -signe des temps- tout cet aréopage libéral et docile évoquer subitement qui « la souveraineté », qui « la légitimité », qui des « lignes rouges »! Pourtant, quand,face au courroux de la dame de fer, le Président français propose une synthèse toute « hollandaise » , tout le monde se serait rallié à sa « solution » : s’entendre de suite sur « les principes » et reporter l’accord « sur les détails »…après les élections européennes ! Banco! La décision finale sera prise en octobre…Il nous reste 136 jours pour convaincre de l’utilité d’un fort vote pour les listes du Parti de la Gauche européenne le 25 mai prochain!

 ——–
(1) « Les Echos » (23/12/2013)
« Le Monde » (22/12/2013)
(2) « Groupe de Glienicke »: voir Fondation « Notre Europe ».

9 janvier 2014 at 6:05 Laisser un commentaire

UE-UKRAINE : LA GRANDE MANIPULATION

    wurtz-l-humanite-dimanche          Le refus du Président ukrainien de signer l’accord d’association avec l’Union européenne a déclenché dans ce pays des mobilisations populaires massives: que fait l’UE pour « mériter » cette confiance?

On peut facilement comprendre l’exaspération et la colère de millions d’Ukrainiens à l’égard de leur Chef d’Etat. Dans un pays où règnent une misère de masse et une corruption endémique, M. Ianoukowitch a, comme ses prédécesseurs, entretenu l’espoir de changements prometteurs grâce à une « association » voire , à terme,  une intégration de l’Ukraine à « l’Europe ». L’Europe des « 28 » a beau s’enfoncer dans la crise et connaitre de graves atteintes à la démocratie : vue depuis l’Ukraine d’aujourd’hui, en particulier dans sa partie occidentale, culturellement plus proche que le reste du pays, l’UE continue de fasciner. Au royaume des aveugles…C’est ce rêve que le dirigeant ukrainien a brisé brutalement par sa volte-face de dernière heure, à la veille du Sommet censé le concrétiser.

La question de fond à se poser est: l' »offre » européenne était-elle de nature à répondre effectivement à l’attente des Ukrainiens? La réponse est non. Sur le plan strictement financier, l’ « aide » promise était (et demeure) de 610 millions d’euros, alors que le coût de la seule mise aux normes européennes de toute l’économie que cette manne était censée accompagner est évalué à plusieurs dizaines de milliards ! Plus profondément, l’accord de libre-échange envisagé mettait en concurrence le pot de fer européen et le pot de terre ukrainien, sans égard pour les immenses besoins de développement de cette économie aux abois. Pire: le « programme de réformes » du Fonds Monétaire International auquel l’Union européenne a exigé que l’Ukraine se soumette aurait des conséquences sociales ravageuses sur une société déjà à bout.On frémit en imaginant les effets dévastateurs que pourrait engendrer une nouvelle et cruelle désillusion de masse parmi ces populations s’estimant une nouvelle fois flouées! Mesure-t-on, en effet, la confusion politique qui règne aujourd’hui à Kiev, où non seulement aucun des leaders émergeant des manifestants n’a de programme, mais où est accepté parmi les porte-parole du mouvement le chef du parti Svoboda (« Liberté »…), une faction qui s’appelait jusqu’en 2004… »parti national-socialiste ukrainien » et qui continue de se réclamer de l’ « Organisation des nationalistes ukrainiens » qui s’illustra durant la guerre au côté des criminels nazis ? Que resterait-il, une fois libérés ces vieux démons, de l’ambition affichée par l’UE de contribuer à la démocratisation des institutions ukrainiennes et à la consolidation de l’Etat de droit ?

Reposons dès lors la question essentielle: quel objectif stratégique motive-t-il les dirigeants européens dans leur empressement à attirer l’Ukraine dans l’orbite de l’UE, alors même qu’ils n’envisagent nullement de consentir aux investissements lourds qui seraient nécessaires pour répondre aux attentes, et encore moins d’intégrer dans l’Union un Etat de 45 millions d’habitants au bord du défaut de paiement ? Réponse: créer une « zone tampon » face à Moscou et réduire sensiblement l’influence de la Russie dans l’ancien espace soviétique et, par là même, en Europe et sur la scène internationale. Quitte à diviser l’Ukraine, voire à la déstabiliser; et au risque de provoquer sur le continent des tensions d’une autre époque. Cela ressemble fort à une grande manipulation .

C’est tout le sens du « Partenariat oriental » – lancé en 2009 sur l’insistance des dirigeants polonais-  dont l’accord avec l’Ukraine devait être la pièce maîtresse, mais qui structure la stratégie de l’UE vis-à-vis d’une région englobant le Bélarus, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan! Une tout autre « politique de voisinage » est possible , sans arrière-pensée déstabilisatrice ! La crise ukrainienne doit être l’occasion d’ouvrir franchement ce débat.

19 décembre 2013 at 7:20 Laisser un commentaire

LE DROIT A LA SOUVERAINETE VAUT POUR TOUS

wurtz-l-humanite-dimanche    Depuis quelques jours a débuté l’examen du budget 2014 au Parlement . Pour la première fois s’appliquent les nouvelles règles de « coordination » budgétaire décidées par les gouvernements et la majorité des députés européens : avant le 15 octobre, la France, comme ses partenaires, a dû soumettre son projet de budget à la Commission européenne dans l’espoir d’obtenir son feu vert. Dans le cas contraire, la règle en vigueur désormais veut que gouvernement et parlement acceptent d’apporter au budget du pays les modifications demandées par Bruxelles . C’est d’autant plus vrai pour la France qu’elle est classée, comme beaucoup d’autres États membres, en « déficits excessifs ». Elle est , à ce titre,menacée de sanctions financières si les objectifs de réduction de ces « déficits » et de sa dette publique ne sont pas respectés. Ces dispositions , qui permettent à des instances non élues de dicter leurs choix à des parlements nationaux , sont inacceptables d’un point de vue démocratique .

Il est d’autant moins compréhensible que ces mesures , prises sous la pression de Madame Merkel , aient été acceptées sans coup férir que les dirigeants allemands savent , le cas échéant,défendre avec beaucoup de détermination la souveraineté budgétaire de leur propre parlement , le Bundestag ! Ainsi bloquent-ils depuis plusieurs mois le projet d’ « Union bancaire » en discussion à Bruxelles afin de prévenir tout risque de contagion entre une banque en difficulté à l’ensemble du système financier de la zone euro. La Commission européenne entendait pour ce faire s’attribuer à elle même le pouvoir de décider si une banque de la zone euro a besoin d’être restructurée ,recapitalisée, voire liquidée . Non , a rétorqué Berlin, il est hors de question de confier à une autorité extérieure le pouvoir de vie ou de mort sur tout le système bancaire allemand. Cette responsabilité doit être exercée par un réseau d’autorités nationales « qui respecteraient la souveraineté nationale en matière budgétaire. »

Le même principe a prévalu pour fixer les règles de fonctionnement du « Mécanisme européen de stabilité » (MES). Celui-ci est censé venir en aide aux Etats et aux banques de la zone euro en cas de crise financière . Or l’argent dont dispose,le cas échéant, ce « Mécanisme de stabilité » n’est autre que celui des Etats de la zone euro. La question se posait donc: ce nouvel organisme pourrait-il, en cas de besoin, exiger n’importe quel montant des Etats membres pour « secourir » l’un d’entre eux? Non, a répondu la Cour constitutionnelle allemande. Au-delà d’un certain plafond, il faudra un nouveau vote du Bundestag. En d’autres termes: la souveraineté budgétaire, c’est sacré! Certes, mais cela vaut pour tous les pays!

C’est là un enjeu crucial, car une fois cette digue rompue, tout devient rapports de force. Le cas de la Grèce est, à cet égard, scandaleusement éclairant. Ainsi, la récente loi d’application du « 3ème mémorandum » imposé par la sinistre « troïka »- un document crucial de 160 pages du Journal officiel !- fut distribué aux parlementaires …la veille d’un vote en « procédure d’urgence » sans débat…Pour le reste, ce sont les décrets du gouvernement qui tiennent lieu de lois de la République. Même la juridiction suprême du pays est paralysée:  tout litige entre la Grèce et ses créanciers se règle à Luxembourg (Cour de Justice de l’Union européenne) ou à Londres.

Restaurer la démocratie,la souveraineté et le respect de chaque peuple constitue décidément une priorité absolue d’un processus de refondation de la construction européenne.

17 octobre 2013 at 8:39 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 295 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

juin 2026
L M M J V S D
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  

Archives

Catégories

Pages

Pages