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LE TRAITE BUDGETAIRE, BOITE DE PANDORE
En organisant le passage en force de la ratification du traité budgétaire européen,François Hollande et le parti socialiste prennent une lourde responsabilité dont la gauche risque,tôt ou tard,de payer le prix.D’abord,en raison des effets directs de ce texte,qui sont,tant sur le plan social qu’en matière de démocratie,aux antipodes des espoirs de changement de la majorité des Françaises et des Français.Ensuite,parce que ce traité est une boîte de Pandore:sa ratification doperait des tendances lourdes dont nul ne sait jusqu’à quelles extrémités elles nous entraineraient.Enfin,du fait du caractère subreptice, »cachotier »,sinon manipulateur,de toute cette opération.Chacun de ces aspects mérite qu’on s’y arrête.
Le contenu du traité justifie en lui-même son rejet catégorique par toute la gauche.Alors que l’UE s’enfonce dans le chômage et la récession,le traité vise à instituer durablement la stratégie de l’austérité budgétaire.On le sait: il stipule,afin de garantir le respect de cette tajectoire restrictive,non seulement que le budget de la nation soit soumis au contrôle préalable de la Commission et du Conseil,mais qu’un « mécanisme de correction sera déclenché automatiquement » pour remettre dans la bonne voie tout pays qui s’en écarterait.Un éventail de sanctions est prévu à cet effet.Enfin,la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire doit faire l’objet de « dispositions contraignantes » et « permanentes » dont « le plein respect et la stricte observance tout au long des processus budgétaires nationaux » doivent être dûment garantis sous le contrôle de la Cour de Justice européenne ! Ainsi,nos parlementaires sont-ils appelés à adopter un texte qui les privera de fait de leur prérogative essentielle:l’exercice de la souveraineté budgétaire.Quant aux parlementaires socialistes,il leur est demandé de céder à des instances européennes dominées par des intégristes du libéralisme le choix des orientations économiques et sociales de la France. Inouï !
Mais l’offensive des ultra qui ont inspiré ce traité ne s’arrêterait pas là.Une fois franchie cette étape sonnerait l’heure de la suivante.Leur feuille de route n’est pas un secret.Mario Draghi,le président de la Banque centrale européenne,avait annoncé la couleur dès février dernier: »Le traité budgétaire,c’est le début » avait-il déclaré au Wall Street Journal.Ironisant sur l’époque où certains considéraient que « les Européens pouvaient se permettre de payer tout le monde pour ne pas travailler »,il avait martelé: »Ce temps-là est révolu ». « Le modèle social européen est mort » avait-il souligné.C’est au nom de cette « vision » de l’Europe que le même Draghi juge « inévitable » une « union financière,budgétaire et politique (qui) conduira à la création de nouvelles entités supranationales »(Le Monde 22/7/2012).Ce processus de centralisation des leviers du pouvoir à l’abri des citoyens est naturellement promu au nom de la lutte contre la crise.Comme le dit non sans cynisme le président du Conseil européen,M.Van Rompuy: »La crise de la dette souveraine constitue une formidable opportunité pour un véritable bond en avant de l’intégration économique ».Un document traçant les grandes lignes de ce « bond » étalé sur une dizaine d’années sera même discuté avant la fin 2012…
De tout cela,nos dirigeants ne disent mot.Ce silence,tout comme la posture mystificatrice sur la « renégociation » du traité budgétaire et finalement la mise à l’écart des citoyens de choix aussi structurants appelle une sérieuse confrontation d’idées parmi celles et ceux pour qui « le changement » n’est pas qu’un slogan.
LA GAUCHE FACE A LA DÉ-CONSTRUCTION EUROPEENNE

La zone euro peut supporter une sortie de la Grèce. Voilà,en substance,le message lancé le 11 mai dernier par Wolfgang Schauble, ministre allemand des finances. »Nous avons beaucoup appris ces deux dernières années et construit des mécanismes de protection » a précisé le possible futur président de l’Eurogroupe. Il faisait allusion à la fois au traité de discipline budgétaire et au Mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à emprunter des fonds sur le marché financier ( à la place des Etats membres qui en sont de fait exclus ) moyennant des plans d’austérité draconiens,des « réformes structurelles » ultralibérales,et une quasi-mise sous tutelle des institutions des pays « assistés ».
La veille,un député allemand du parti libéral, au nom prédestiné,Otto Fricke,avait fait le même constat en termes encore plus cyniques: »un défaut désordonné de la Grèce ne fait plus peur à personne,car les États de la zone euro n’ont rien fait d’autre ,ces derniers mois,que de prendre des précautions pour une telle éventualité. » Bref, peu nous importe le sort de 10 millions de Grecs ( puis d’autres, le cas échéant)dès lors que le « noyau dur » de la zone euro (l’expression est de Monsieur Schauble en 1994 !) est préservé…
Cette dé-construction européenne appelle une vive réaction de la gauche européenne.Certes, les promesses lyriques du traité de Lisbonne, annonçant dès son article 1 notre entrée dans « une nouvelle étape du processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe » ne nous avaient jamais arraché de larmes d’émotion, tant elles manquent de crédibilité. Madame Merkel n’avait-elle pas lancé,dès mars 2010,un pavé dans la marre ,au tout début de la crise grecque, en affirmant tout de go: » Une manifestation de solidarité rapide ne peut pas être la bonne réponse » A ses yeux, la priorité était de « mettre de l’ordre dans tout cela », estimant (déjà) qu’il fallait pouvoir exclure « en dernier recours » un pays de la zone euro. Le véritable état d’esprit de la classe dirigeante allemande (et partiellement européenne) nous était donc connu depuis belle lurette.
Ce qui est nouveau dans les dernières déclarations allemandes, c’est qu’en haut lieu on considère que ce qui était un souhait de la Chancelière en 2010 est devenu réalité en 2012, grâce aux « mécanismes » élaborés entretemps: le traité Merkozy et le MES. Quelles conséquences la gauche européenne tire-t-elle de cet aveu aussi scandaleux qu’irresponsable?
Cela devrait être de témoigner de façon visible et claire toute sa solidarité avec le peuple grec . Accepter de voir imposer à un pays membre de telles régressions, soumissions,humiliations et finalement une expulsion de la zone euro reviendrait à signer l’arrêt de mort de l’idée même d’ « Union » européenne. Honte à ceux qui osent faire l’amalgame à cet égard entre nos amis de Syrisa qui sont au coeur d’une insurrection démocratique et salutaire et les nazillons héritiers des colonels!
Toute la gauche gagnerait à mesurer l’urgence à s’engager dans une action sans précédent par son ambition et son ampleur pour une refondation de la construction européenne autrement plus exigeante qu’un protocole additionnel au traité Merkozy ! Au centre des négociations, mais aussi des luttes, des débats …et des votes, la transformation des missions de la Banque centrale européenne doit en particulier trouver toute sa place . Avec un objectif désormais vital: donner aux Européens les moyens de se libérer de la dictature des marchés financiers pour pouvoir donner souverainement à leur Union un nouveau cap: l’ « humain d’abord ».
L’UNION EUROPEENNE APRES LE 6 MAI
On l’imagine:l’élection de François Hollande suscite beaucoup d’espoirs parmi les peuples européens,particulièrement ceux qui n’en peuvent plus de subir la descente aux enfers que leur inflige la coalition des croisés de l’austérité: feu Merkozy; Draghi (BCE) ; Barroso (Commission). Ne pas les décevoir devra être une obsession de la « France de gauche ». Changer l’Europe doit être notre objectif commun.
Mais qu’en est-il des gouvernements,très majoritairement conservateurs,avec lesquels vont commencer dès juin de rudes négociations? Apparemment,certains d’entre eux ne voient pas d’un mauvais oeil l’idée de François Hollande d’ajouter un « volet croissance » au traité sur la discipline budgétaire.Ils en attendent, face au risque d’explosion sociale,un effet d’amortisseur de nature à faire passer le noyau dur du traité. Ce débat ne date pas d’aujourd’hui.
Cela fait des semaines qu’un certain nombre de dirigeants européens tentent de déssérer l’étau qui les paralyse en cherchant à concilier deux exigences contradictoires des marchés financiers:désendetter à marche forcée les Etats membres sans asphyxiet l’économie. Même le très orthodoxe M. Barroso a poussé l’audace jusqu’à déclarer que « ce n’est pas suffisant de se concentrer sur la stabilité financière ».(Une -petite- pierre dans le jardin de la Chancelière allemande.) En février dernier,ce ne sont pas moins de 12 Chefs de gouvernement, dont ceux d’Italie,d’Espagne,de Grande-Bretagne,des Pays-Bas,de Suède…-en fait les plus libéraux !- qui ont adressé une lettre ouverte au Président du Conseil européen pour exiger des mesures à même de doper la croissance.
Lesquelles? Plus de libéralisation des services;plus d’ « assouplissement » du marché du travail;plus de concurrence…Est-il besoin de le dire: on attend de la gauche française une tout autre ambition! François Hollande a formulé quatre demandes en faveur de la croissance.La première -des obligations européennes permettant à l’UE de financer par l’emprunt des infrastructures de transports ou d’énergie- est un « classique ». D’ailleurs la Commission y travaille…en prévoyant des « partenariats public-privé » chers aux Anglo-saxons.Cela ne va pas nous libérer de l’emprise des marchés sur l’économie,mais au contraire nourrir leur appétit. Les trois autres propositions ne posent pas de problème: augmentation du capital de la Banque européenne d’investissement (sauf que ses statuts actuels l’obligent elle aussi à emprunter sur les marchés et non auprès de la BCE !);utilisation des fonds structurels non encore alloués;création d’une taxe sur les transactions financières « d’un certain niveau ». En principe, tout le monde est aujourd’hui d’accord là dessus. Même Angela Merkel! Un coup de pouce français pour passer des paroles aux actes est donc bienvenu et salutaire. Cependant, attention à ne pas laisser noyer ces mesures dans un « paquet-croissance » incluant l’avalanche de « réformes » ultralibérales mises sur la table par les « 12 » au premier rang desquels l’Italien Monti,l’Espagnol Rajoy,le Britannique Camerone ou la Commission Barroso ! Et surtout ,tout cela laisse intact le traité lui-même,ses disciplines,ses contrôles,ses sanctions et ses propres « réformes structurelles »! On nous dira que,le rapport des forces étant ce qu’il est dans l’UE…Mais il y a un bon moyen de changer la donne à cet égard: laisser entrer le peuple dans la négociation en organisant un référendum! Il n’est pas trop tard pour le décider.





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