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EUROPE-VÉNÉZUELA : DIALOGUE, OUI ! PROVOCATION, NON !
Avec une arrogance digne de la Maison-Blanche, Emmanuel Macron -en concertation avec un petit nombre d’autres dirigeants européens- avait, fin janvier, on s’en souvient, adressé un ultimatum comminatoire au Président vénézuélien : « Sans élections annoncées d’ici 8 jours… » Ce précédent pose plusieurs problèmes.
Le premier est, bien sûr, celui de la désinvolture ainsi manifestée à l’égard de la souveraineté d’un État, au demeurant sans lien particulier avec l’Union européenne. On nous objectera que l’impasse politique et la crise humanitaire sévissant dans ce pays ne souffrent aucune tergiversation. À coup sûr, personne ne peut rester insensible à la situation dramatique que subissent depuis de longs mois des millions de Vénézuéliens. S’interroger -comme le font d’ailleurs des partisans de la « révolution bolivarienne » eux-mêmes- sur la part de responsabilité du pouvoir dans ce désastre et sur les profonds changements à apporter au système en place est légitime…dès lors que, dans le même temps , on n’est pas muet sur les causes externes de la crise : chutes des recettes pétrolières (qui représentent plus des deux-tiers des recettes de l’Etat !) et opérations continuelles de déstabilisation économique et politique du pays de la part de l’administration américaine, notamment- ce que les Etats européens en question se gardent bien de faire.
L’autre problème que pose cette posture unilatérale est qu’elle jette de l’huile sur le feu au lieu de tenter d’ouvrir une issue positive aux problèmes du pays. L’attitude responsable, en pareilles circonstances, n’est-elle pas celle exprimée par le Ministre des Affaires étrangères du Mexique : « Nous n’intervenons pas, sinon par le dialogue, la négociation et la volonté de contribuer » ? La représentante de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, elle-même, a insisté sur l’exigence de ne miser que sur un « processus politique et pacifique » . Tel n’est pas le chemin suivi par les dirigeants européens en question, qui ont, au contraire, par leur attitude unilatérale, pris le risque de cautionner, de fait, les menaces -y compris militaires- proférées par l’aventurier de Washington, pressé de récupérer son « arrière-cour ». Que feront-ils, par exemple, si le piège des « convois d’aide humanitaire américaine » débouche sur des affrontements armés ? Soyons clairs : Dialogue, oui ! Provocation, non ! (1)
Une dernière question mérite, en tout état de cause, d’être posée : s’il est désormais admis qu’un groupe d’Etats prenne une initiative stratégique sur la scène internationale malgré l’opposition d’un ou plusieurs autres Etats de l’UE, alors cela ne peut pas concerner le seul cas du Vénézuela ! Par exemple, Paris ne pourra plus , désormais, justifier son inaction face à la tragédie du Proche-Orient par l’absence d’unanimité au Conseil européen sur le sujet !
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(1) « Insister sur le fait que Maduro doit laisser entrer l’aide internationale est une manière claire de défier politiquement le régime (…) Quoiqu’il décide, le régime Maduro perd la face »: Eric Farnsworth, ancien conseiller à la Maison-Blanche (Libération , 8/2/2019)
« BREXIT » : UN IMMENSE GÂCHIS.
Il n’est décidément pas simple de rompre brutalement près d’un demi-siècle d’interdépendances, même pour la pays le moins intégré dans l’Union européenne et dont les dirigeants se proclamaient, non sans arrogance, représentants de la « nation globale » qui n’a pas besoin de partenaires européens pour triompher dans la mondialisation libérale. Il leur aura d’abord fallu neuf mois de tergiversations pour confirmer officiellement leur volonté de sortir de l’UE, puis huit autres mois de volte-face durant les négociations avec l’UE , accompagnées d’une demande… de deux ans de « période transitoire » supplémentaires pour faciliter, à partir de fin mars prochain, la mise en oeuvre concrète du Brexit. Puis patatras. Tout ça pour ça. Et en prime, le spectacle affligeant de ces tristes députés conservateurs qui s’affrontent et ne semblent d’accord que sur un point : empêcher le leader travailliste, Jérémy Corbyn, d’accéder au pouvoir. Quitte à faire prendre au peuple et au pays les risques d’une sortie sans accord.L’OCCIDENT N’EST PAS LE MONDE
Il n’est pas si fréquent qu’un expert reconnu en matière de politique internationale ose défendre des thèses qui vont à contre-courant des idées reçues sur des questions de fond qui nous tiennent à cœur. Je ne résisterai donc pas au plaisir de saluer la sortie du dernier ouvrage de Pascal Boniface, le très médiatique directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : « Requiem pour le monde occidental » (1)
Un premier thème qui me semble traité avec perspicacité est le grand gâchis qu’a représenté, au début des années 90, la gestion irresponsable de « l’après-chute » du mur de Berlin. Ce qui aurait pu conduire à un grand pas vers un authentique multilatéralisme se traduisit, au contraire, par un basculement dans un unilatéralisme forcené. L’auteur rappelle à bon escient une citation d’anthologie du Président Bush (père), extraite de son « Discours sur l’état de l’Union » de janvier 1992 : « Grâce à Dieu, l’Amérique a gagné la guerre froide. Un monde jadis divisé en deux camps armés reconnaît aujourd’hui la supériorité d’une seule puissance : les Etats-Unis. » Ses alliés partagèrent , quant au fond, cette vision archi-dominatrice d’un « Occident » triomphant. Six mois plus tôt, ils refusèrent l’aide financière demandée par Gorbatchev, avant de violer un engagement, certes oral mais catégorique, pris devant le Président soviétique, de ne pas élargir l’OTAN vers l’Est. Cette décision stratégique fut critiquée par des personnages comptant pourtant parmi les Américains les plus durs vis-à-vis de l’URSS -George Kennan, Robert Gates…- tant elle annonçait, en retour, la rançon de l’humiliation : un dangereux regain des tensions entre la Russie et le monde occidental. L’Union européenne ne fut pas en reste dans cette politique provocatrice à l’égard des « vaincus » de la guerre froide : le « partenariat oriental » institué en 2009 sur l’insistance de la Pologne, entre les « 28 » et six ex-Républiques soviétiques, dont l’Ukraine et la Géorgie, sommées de « choisir » entre Moscou et Bruxelles, fonctionna comme une machine à susciter des conflits dans cette zone ultra-sensible.
Un autre sujet traité avec lucidité et courage dans ce livre est le rôle funeste qu’a joué -et que joue- l’OTAN , au nom de la défense de l’Occident, contre la sécurité collective, notamment en Europe. Alors que la logique aurait dû conduire à sa dissolution -après celle du « Pacte de Varsovie »- , cette alliance militaire a été sans cesse renforcée et élargie, y compris « hors zone » (européenne). Et c’est en son nom que les dirigeants européens balayèrent en 2008 le projet de « traité paneuropéen de sécurité » présenté par l’ex-Président russe, Medvedev.
Enfin, une mention spéciale est à faire à propos des passages de cet essai sur les « valeurs occidentales » et la propension des idéologues « occidentalistes » à prendre une partie du monde -en déclin- pour « la communauté internationale » et ses préceptes pour des principes universels. Cerise -amère- sur le gâteau : Trump a beau traiter désormais l’Union européenne d’ « ennemie » , le Président du Conseil des « 28 », Donald Tusk nous assure toujours avec la foi du charbonnier que « l’Amérique n’a pas ni n’aura jamais un meilleur allié que l’Europe aujourd’hui » ! De l’air ! L’Occident n’est pas le monde!
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(1) Éditions Eyrolles, 2019




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