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Ce que nous dit le « Oui » croate

Le « oui » l’a donc emporté, comme prévu, en Croatie, où les citoyens avaient à se prononcer, dimanche dernier par référendum, sur l’adhésion de leur pays à l’Union européenne. Il appartient à présent aux 27 parlements nationaux de l’UE de se prononcer à leur tour. En cas d’accord unanime les « 27 » deviendront les « 28 » le 1er juillet 2013.

On peut s’étonner de voir un pays choisir de devenir membre d’une « Union » en pleine crise existentielle, et dont l’ambition semble désormais se borner à faire régner partout l’austérité et la discipline budgétaire ! Ce choix contredirait-il ce que nous affirmons par ailleurs, à savoir qu’un vent de contestation du modèle européen actuel se lève un peu partout ? Pas du tout. D’abord, il faut noter qu’au fil des huit années qu’a duré la négociation entre les autorités de Zagreb et la Commission de Bruxelles, l’appui populaire au projet d’adhésion a littéralement fondu, passant de 80% de l’ensemble de la population en 2003 à 67% des 43% de participants au scrutin du 22 janvier dernier. En outre, les deux principaux partis, de droite et socio-démocrate, qui viennent de se succéder au pouvoir, ont tous deux milité pour le oui, tandis que la campagne antieuropéenne des groupes ultranationalistes a freiné des citoyens démocrates dans leur intention de voter non. Enfin, tout a été fait par les pouvoirs publics pour escamoter un véritable débat sur les enjeux du vote, de peur que le puissant mouvement citoyen qui s’était manifesté l’an passé en défendant une orientation très critique envers le néolibéralisme en général et celui de l’UE en particulier ne reprenne vigueur et ne fasse tache d’huile le jour du référendum .

Au-delà, il faut avoir à l’esprit le poids de l’histoire récente du pays dans les consciences. Il y a vingt à peine,à la suite du démantèlement de la Yousgoslavie, puis plus récemment encore (jusqu’en 2001 !) se sont déroulés ici les conflits les plus meurtriers d’Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Sous la conduite de chefs nationalistes criminels, des peuples naguère réunis et mêlés ont fait couler le sang, au prix d’innombrables victimes, de destructions et de souffrances morales indescriptibles. Quant aux terribles bombardements de l’OTAN – eux aussi sans précédent en Europe depuis la Libération de 1945 – ils ont encore ajouté au traumatisme que cette période noire a produit sur plusieurs générations. Dans ce contexte, l’aspiration à s’extraire à tout prix de l’atmosphère lourde attachée de fait à la région des « Balkans » est forte chez tous ces peuples et s’est traduite très tôt par de multiples candidatures à l’ Union européenne ,longtemps vue comme un havre de stabilité, de démocratie et de paix.

C’est cette image qui s’est singulièrement écornée depuis quelque temps. L’UE n’a pas sorti les voisins roumains ou bulgares de la misère ni empêché le populisme autoritaire en Hongrie. En ira-t-il autrement avec les 18% de chômage en Croatie, alors que Bruxelles a déjà prévenu qu’il serait intraitable en ce qui concerne le respect des règles de concurrence, qui interdisent les aides d’Etat aux entreprises en difficulté, comme par exemple les chantiers navals déficitaires qui font vivre des milliers de familles grâce aux soutiens publics ? Les quelques centaines de millions d’euros de fonds structurels promis à la Croatie seront les bienvenus, mais l’expérience montre que ces aides sont souvent de peu de poids face aux ravages de « l’économie de marché ouverte ou la concurrence est libre ». Ce nouvel élargissement nous rappelle une fois encore l’urgence d’une refondation de l’Union européenne, si nous voulons en finir avec le cycle infernal : illusions-désillusions-populisme antieuropéen.

26 janvier 2012 at 11:01 Laisser un commentaire

INSURRECTIONS POPULAIRES ET CITOYENNES, AN I

Que retenir en particulier d’une année aussi tumultueuse?Quel fil rouge dégager d’événements aussi disparates et contradictoires?Quels enseignements pour l’action tirer d’expériences aussi diverses ?

On pense tout d’abord à des événements qui vous ont profondément réjouis: j’ai pour ma part à l’esprit l’admission de la Palestine à l’Unesco,avec le soutien d’une majorité écrasante de nations du monde; la chute de Ben Ali en Tunisie puis de Moubarak en Egypte sous la pression des insurrections populaires; ou la vague impressionnante des « indignés » ,depuis la Puerta del sol à Madrid jusqu’à Wall street,en passant par Athènes,Tel Aviv ou Moscou -une sorte d’insurrection citoyenne pacifique mais très exigeante,dont l’esprit se retrouve également dans un certain nombre de mobilisations sociales récentes qu’on peut qualifier d’historiques,comme la grève de deux millions de salariés des services publics britanniques ou la puissante contestation étudiante au Chili,neuf mois durant!Chacun de ces mouvements proclame que « les choses telles qu’elles sont doivent être tenues pour inacceptables » ,selon la formule d’Alain Badiou,qui parle fort justement de « réveil de l’Histoire » ,en écho au dogme prétentieux et stupide de la « fin de l’histoire » qui fit florès après la chute du mur de Berlin puis la disparition de l’Union soviétique, il y a tout juste vingt ans.

Mais 2011 ne s’est pas résumée à ces événements heureux!D’abord,la guerre s’est poursuivie en Irak et en Afghanistan.Et même si l’armée américaine se retire à présent du premier de ces pays et promet d’en faire (partiellement) autant pour le second dans un avenir proche,c’est en laissant derrière elle un désastre humanitaire et un fiasco politique -auxquels sont associés ses alliés,parmi lesquels,dans le deuxième cas,la France.

L’affaire libyenne,de son côté,laisse un goût amer: une libération de l’oppression, mais à quel prix et avec quels risques pour demain! Rappelons que l’OTAN reconnait y avoir perdu toute trace de…10 000 missiles sol-air,qui pourraient parvenir à al Qaida au Maghreb islamique (AQMI)! Souvenons-nous aussi des conditions atroces dans lesquelles a été « libérée » la ville de Syrte puis de l’indigne lynchage de Kadhafi,fût-il lui-même un tyran sans pitié.On n’oubliera pas non plus l’itinéraire plus que douteux de certains des nouveaux chefs militaires.

Les contradictions de la situation en Tunisie,les violences et les blocages en Egypte,et surtout la répression effroyable en Syrie constituent d’autres sujets de préoccupation.Il y a plus de deux mois et demie que le grand écrivain progressiste syrien,Farouk Mardam-Bey,interrogeait: »Qu’attend l’Europe? »en en appelant à des sanctions économiques,financières,diplomatiqueset judiciaires contre « le clan Al-Assad ». Les choses ont avancé depuis.Il y a urgence.

Dans le même temps,la tragédie de la faim dans la Corne de l’Afrique nous a rappelé que le monde était encore à la merci d’une grave crise alimentaire en 2011.Encore ne s’agit-il là que de la partie visible de l’iceberg du mal développement,autrement dit du sacrifice des potentialités d’émancipation de centaines de millions d’hommes,de femmes et d’enfants.La même irresponsabilité des puissants se vérifie sur le plan de la préservation de la planête elle-même, comme en témoigne le piètre résultat auquel vient d’aboutir la Conférence de Durban sur le climat.

Bref: un monde à changer! C’est dire si les « insurrections populaires ou citoyennes » qui ont marqué cette année nous mettent du baume au coeur!Le grand magazine américain Time vient de faire de la figure du « manifestant » la « personne de l’année »,car,y lit-on,ces mouvements « ont déjà changé l’histoire et la changeront à l’avenir ».Telle est aussi notre conviction.C’est dans cet esprit que nous affrontons la « crise de l’euro » et les « solutions » redoutables que les dirigeants européens voudraient noue faire accepter par le biais de leur nouveau traité.L’An I des insurrections citoyennes s’achève. La prochaine commence sous peu. Le journal « Le Monde » ,peu connu comme chantre de la transformation sociale, vient d’éditer un « hors série » intitulé « Karl Marx,l’irréductible » Un signe ?

22 décembre 2011 at 3:34 3 commentaires

À ce régime -là, les citoyens se révolteront

Dans un éclair de lucidité,Jean-Pierre Jouyet,président de l’Autorité des marchés financiers (le « gendarme de la Bourse »),affirmait récemment -après que ces fameux « marchés » ont réussi à propulser leurs hommes à la tête des gouvernements grec et italien- qu’ « à terme,les citoyens se révolteront contre cette dictature de fait. » Cette prédiction peut aussi s’appliquer à la réforme des traités européens ou au super-pacte de stabilité qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy veulent nous imposer. Ils envisageraient,en effet,de confier à la Commission européenne des pouvoirs exorbitants en matière budgétaire et économique au détriment des parlements nationaux et des gouvernements actuels et à venir.

La Chancelière allemande a comparé ces éventuels nouveaux pouvoirs à ceux que l’éxécutif bruxellois exerce d’ores et déjà pour faire respecter la libre concurrence,domaine dans lequel la Commission n’a à consulter ni le Parlement européen ni les gouvernements pour prendre ses décisions. Et quelles décisions! Deux exemples pris dans l’actualité récente sont éloquents à cet égard.

Le premier concerne Sea France,une compagnie de ferries assurant la liaison Calais-Douvre. Il s’agit d’une filiale de la SNCF que la concurrence,notamment d’Eurotunnel, a mis dans une situation critique.Les 880 emplois en CDI et les 200 emplois saisonniers étant en grand danger et le pavillon français risquant de disparaitre du trafic transmanche,la maison-mère décida d’accorder à sa filiale un prêt de 100 millions d’€.Afin de ne pas être accusée de favoritisme par Bruxelles,la SNCF fixa le taux d’intérêt de son prêt au niveau auquel l’aurait fait « le marché »,soit…8,55%! Peine perdue: la Commission a interdit le prêt. La SNCF étant une entreprise publique,elle n’est pas en mesure de prouver « que les investisseurs croient en la viabilité future » de Sea France! Dès lors,il s’agit d’une « aide d’Etat » illégale.

Second exemple: Volkswagen. Il existe une loi allemande protégeant ce fleuron ,anciennement public ,de l’industrie du pays contre toute prise de contrôle par un groupe étranger.Pire,toute délocalisation d’usine de production nécessite une décision du Conseil de surveillance du groupe,à une majorité des deux tiers.Or,les représentants des salariés y totalisent la moitié des voix… Ces dispositions sont « contraires au principes de libre circulation des capitaux »vient de rappeler Bruxelles. L’Allemagne s’obstinant à en conserver certaines,la Commission vient de saisir la Cour de Justice à y mettre fin. Elle a,dans le même esprit ,laissé un mois au gouvernement italien pour abolir des « droits spéciaux »  accordant aux pouvoirs publics un certain contrôle sur de grandes entreprises stratégiques privatisées dans les secteurs de l’energie et des télécommunications.

Conclusion:si vous voulez voir la Commission européenne ( ou tout autre instance inaccessible aux citoyens)  acquérir le même type de pouvoirs,cette fois pour veiller à la « discipline budgétaire » et à la « surveillance macroéconomique » des pays membres, soutenez vite le projet Merckel-Sarkozy. Sinon,défendez plutôt le « programme partagé » du Front de gauche.

1 décembre 2011 at 9:30 1 commentaire

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