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GARE AU « GOUVERNEMENT ECONOMIQUE EUROPEEN »!
L’atmosphère est de plus en plus électrique dans les milieux dirigeants de la zone euro. Intervenant après nombre d’expressions publiques contradictoires et même de violentes polémiques sur la conduite à tenir face à « la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale » (Jean-Claude Trichet), la démission surprise du numéro deux – allemand – de la Banque centrale européenne, la semaine dernière, illustre la profondeur du désarroi qui règne au sommet de l’ « Union ». Il y a, cependant, trois points très cohérents sur lesquels toute cette « élite » se retrouve pleinement. Un: hors du « désendettement » à marche forcée, quelqu’en soit le coût social (et le risque de récession), point de salut! Deux: comme les reculs sociaux sont difficiles à imposer durablement aux peuples, les politiques économique et budgétaire, voire sociale, ne peuvent plus être laissées entre les mains des parlements – trop influençables par les citoyens et les mouvements sociaux – ni même des gouvernements, fragilisés par… le suffrage universel. Trois: pour « rassurer les investisseurs » sur le marché financier, il n’y a pas d’autre issue que de soustraire à leur tour ces politiques (comme c’est déjà le cas de la politique monétaire)
aux aléas du débat public et des échéances électorales de chaque pays, pour les confier à une autorité unique, européenne, tenue à des « règles » coercitives, chargée de veiller au respect de la « discipline » et dotée du pouvoir de « sanctionner » les contrevenants.
Il s’agit là de la conception la plus autoritaire du fédéralisme, très éloignée de l’utopie d’apparence généreuse et solidaire propagée au début de la construction européenne. Dans certains pays membres, les promoteurs de ce projet de « saut fédéral » qualifient celui-ci de grand pas vers « plus d’Europe », en misant sur la persistance supposée de l’attachement d’une large partie de l’opinion publique à cet « idéal ». En France, où la perspective d’un tel renoncement au débat démocratique et à l’exercice de la souveraineté populaire est massivement rejetée, ses partisans évoquent plus volontiers le vocable très ambigu de « gouvernement économique ». Nicolas Sarkozy en a fait son cheval de bataille, mais tant le PS qu’ Europe Écologie-les Verts s’y réfèrent également. Or, tous sont forts discrets sur les implications concrètes de leur « solution ».
Il est grand temps de clarifier, aux yeux du plus grand nombre, les enjeux réels d’un tel basculement! La campagne pour les élections présidentielles et législatives, en particulier ne saurait faire l’impasse sur un choix aussi fondamental, qui appelle, au contraire, des confrontations d’idées franches et précises.
Certes, il y a loin de la coupe aux lèvres! Ces bouleversements ont peu de chances de s’imposer en l’état, encore moins à court terme. Cependant, l’impasse du système actuel est si explosive que le choix va, de plus en plus, se résumer à deux options ou la fuite en avant de type fédéral pour tenter de faire passer par la contrainte centralisée ce que la voie démocratique ne permet pas d’obtenir dans chaque pays, ou un changement de cap structurel de la politique européenne [1]. Dans l’imbroglio de la période que nous vivons, chaque initiative politique peut donner une impulsion décisive à l’une ou à l’autre des deux options. Une opportunité à saisir par les forces de gauche….
EUROPE-GRECE: SCANDALEUSE HUMILIATION

« La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte » a averti Jean-Claude Juncker au début du mois dans un entretien accordé au magazine allemand Focus. »Pour la vague de privatisations à venir,il faudra une solution qui se fonde sur le modèle de la Treuhand allemande » a poursuivi le président de l’ « eurogroupe »(les ministres des finances de la zone euro).Pour mesurer à quel point la référence à ce « modèle » constitue une scandaleuse humiliation vis à vis de la Grèce,il convient de revenir sur la terrible épreuve imposée à partir de 1990 à la population de l’ex-République démocratique allemande.Les « vainqueurs » de l’ Ouest avaient alors créé une agence « indépendante »(la Treuhand) chargée de privatiser qelque 14 000 entreprises d’Etat est-allemandes -mission dont cet organisme honni s’était acquittée à la hussarde en moins de quatre ans. Bradant sans scrupule le patrimoine économique d’un pays de 17 millions d’habitants pour un dixième de la valeur estimée au départ, la Treuhand organisa la destruction de plus de 2,5 millions d’emplois et offrit aux grands groupes de la République fédérale un nouveau et énorme marché vierge de tout concurrent. Ce dépeçage colossal fut, en outre, ponctué par une série d’affaires de corruption et de spéculations dont on n’a jamais connu toute la substance,les conclusions de la commission d’enquête chargée de faire la lumière…ayant été classées « secret d’Etat ».
Voilà donc l’expérience historique dont le responsable politique de la zone euro entend s’inspirer pour réaliser l’énorme programme de privatisations de biens publics engagé en Grèce,comme condition du déblocage d’une tranche de 12 milliards d’euros de prêts consentis par l’UE, la BCE et le Fonds monétaire international.De fait,une « agence de privatisation »,formellement créée par un vote du Parlement d’Athènes,a été chargée de la besogne,sous la houlette d’ « experts européens ».Comme en Allemagne,il y a vingt ans,les gros prédateurs sont sur les rangs pour s’octroyer à vil prix les « actifs » grecs les plus rentables, parmi lesquels les principaux ports et aéroports,les compagnies d’électricité,de chemins de fer et de téléphonie,la poste,les plages ,les mines…Gageons que les « plans d’assainissement » sont fin prêts.Et tant pis si le produit de ces gigantesques enchères réalisées au pas de charge (une privatisation tous les dix jours en moyenne selon la « Tribune » qui juge ce pari intenable) ne résoudra en rien les problèmes de solvabilité du pays ou de productivité de son économie! La leçon,espère-t-on à Bruxelles,portera en Grèce et au-delà: la « crise de l’euro » est appelée,dans les prochains temps, à tout justifier- la superaustérité,les privatisations ,et ,au besoin,la mise sous tutelle d’un pays au mépris de toute souveraineté -ce que l’ancien Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, John Monks, avait appelé,non à tort, un régime « semi-colonial ».
Ce n’est vraiment pas le moment, pour un parti se réclamant d’une alternative de gauche,de mettre le doigt dans l’engrenage de cette caricature de solution à la crise de l’euro! Avis aux principaux candidats à la candidature du PS à l’élection présidentielle, qui viennent -pour prouver le « sérieux » de leur programme…- de s’engager à respecter à la lettre non seulement le principe mais le calendrier comminatoire de Bruxelles d’un retour aux mythiques 3% de déficits publics d’ici 2013,quoiqu’il en coûte à la société. Voilà un vrai sujet de débat politique en vue de 2012.
UNE PRÉSIDENCE DE L’UE « OPTIMISTE » ET « AMBITIEUSE »
C’est à une véritable entrée en fanfare qu’on a assisté avec l’arrivée de la Pologne à la présidence (pour six mois) de l’Union européenne,en ce début juillet. »Notre présidence sera optimiste, europhile, solidaire et ambitieuse » a annoncé le Premier Ministre (PPE, droite), Donald Tusk. Elle sera « particulièrement utile pour dissiper l’atmosphère de doute qui s’est instaurée -a ajouté,modeste,le Président (polonais,PPE) du Parlement européen- . J’espère que l’attitude polonaise sera contagieuse et améliorera l’humeur de l’Union européenne. » Le grand hebdomadaire de Varsovie, Polityka, nous avait du reste prévenus: »La Pologne se doit de montrer qu’elle est certes débutante,mais consciente de sa force et de sa valeur(…)Elle a le vent en poupe. »
Joignant le geste à la parole,les principaux responsables polonais n’ont pas tardé à exprimer des exigences sans précédent pour une présidence semestrielle de l’UE.Ainsi,le ministre des finances a-t-il insisté pour participer aux réunions de l' »Eurogroupe » (qui réunit ses collègues de la zone euro) pour « influer » sur ses travaux,alors même que son pays n’a pas,à ce jour,adopté la monnaie européenne.Quant au ministre des Affaires étrangères,il a demandé à être « l’adjoint » de la Haute Représentante de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune,Catherine Ashton,estimant,non sans condescendance,qu’il devait l’aider à gérer « un agenda intenable pour une seule personne ».Les dirigeants européens ont maugréé…puis ont donné satisfaction à leur sinon optimiste,du moins ambitieux partenaire.En outre,dès fin septembre,les 27 Chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront en Sommet à Varsovie pour consacrer la grande priorité internationale de la nouvelle présidence: le « Partenariat oriental »,autrement dit le pendant vers l’Est ( Ukraine, Géorgie, Bélarus…jusqu’au Caucase du sud) de l' »Union pour la Méditerranée ».
Mais d’où viennent donc cette assurance des représentants de ce pays et la complaisance dont ils bénéficient de la part des milieux dirigeants européens? Au statut de leader des nouveaux États membres conquis par la Pologne s’ajoute depuis quelques années ce que les « élites » occidentales appellent le « miracle économique » polonais. Pourtant,tout ce qui brille n’est pas or…Certes,le pays affiche un taux de croissance de près de 4%,auquel l’UE n’a pas peu contribué: de 2004 à 2014,elle aura versé à la Pologne plus de 80 milliards d’euros d’aides -qui ont dopé les investissements- et ouvert son grand marché aux produits « low costs » de ce pays à bas salaires.Et en retour,la multiplication des « partenariats publics-privés » polonais offre aux grands groupes étrangers les morceaux de choix du patrimoine économique de ce pays.. Mais le peuple polonais,lui,a profité de façon très inégale de ce « miracle »: le chômage touche 11% de la population active malgré l’expatriation …d’un million de travailleurs! Le sort des paysans (13% de la population active!) n’est guère enviable.D’une façon générale,le mécontentement social doit être conséquent pour que le syndicat Solidarnosc ait réussi à mobiliser une véritable marée humaine de dizaines de milliers de personnes à Varsovie, la veille de l’ouverture de la présidence polonaise de l’UE.
Cela ne renvoie-t-il pas précisément aux enjeux de fond de l’actuelle construction européenne? Apparemment non, aux yeux du chef de la diplomatie de la nouvelle présidence ,qui a tranché la question avec une hauteur de vues qui promet: »La Pologne a pour ambition de faire sortir l’Europe des problèmes psychologiques avec lesquels elle se débat actuellement. » La nation polonaise mérite décidément mieux que cela…




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