Posts filed under ‘Europe’

LES CITOYENS, LES MARCHÉS ET LA GAUCHE

« Après avoir annoncé le 2 avril (2011) qu’il ne briguera pas un troisième mandat en 2012,le premier ministre (espagnol)Zapatero a maintenant les coudées franches pour prendre les mesures qui s’imposent. »Voilà ce qu’on pouvait lire il y a quelques semaines sur un site spécialisé destiné à l’ « éllite financière »…Les marchés applaudissaient à la décision du leader socialiste de s’être ainsi libéré de la pression de ses electeurs, car cela allait lui permettre d’ « accélerer les réformes ».Déjà deux mois plus tôt,le chef du gouvernement espagnol s’était attiré (de ce côté-là) tous les éloges lorsqu’il avait réussi à arracher aux dirigeants syndicaux « amis » un accord sur le passage à 67 ans de l’âge de départ à la retraite. Angela Merkel fit même le voyage de Madrid, le lendemain, pour féliciter son dévoué collègue. Ne venait-il pas de démontrer sa capacité à brider les velleités de révolte de son peuple contre les « réformes » nécessaires ?

L’on ne peut s’empêcher de repenser à ces épisodes peu glorieux en mesurant la portée historique de la défaite du PSOE lors des récentes élections locales et régionales et surtout de l’éclosion dans toutes les grandes villes espagnoles du mouvement des « indignés »,réclamant la fin de la « dictature des marchés » et une « démocratie réelle ».Au vu de la surdité du gouvernement socialiste aux attentes de son peuple et des limites des luttes syndicales -aussi indispensables soient-elles – ,voilà que sonne l’heure de la recherche de réponses politiques neuves. »L’intrusion du risque politique dans la crise de la zone Euro la rend inextricable » commenta un haut cadre d’une grande banque française!

Panique sur les marchés découvrant que même les gouvernements les plus dévoués ne parviendront peut-être pas à leur donner satisfaction. Aussitôt,les taux des obligations espagnoles se sont envolés; les agences de notation ont mêmes sanctionné l’Italie et la Belgique dont ils ont subitement mesuré l’inqiétante fragilité politique. Quant à la Grèce,si ni le Pasok socialiste ni la droite ne s’avéraient crédibles aux yeux des marchés,c’est à un « gouvernement d’experts » ou à une « Agence indépendante » que certains songeraient pour faire entendre raison au peuple révolté.

Que révèle en fait cette impasse ? L’entrée dans une période où tout à la fois les tenants du pouvoir s’arc-bouttent sur leurs certitudes, tandisqu’au coeur des sociétés les aménagements à la marge sont de plus en plus perçus pour ce qu’ils sont: une illusion,et la recherche de solutions de fond rompant avec les structures mêmes du système en place gagne spectaculèrement du terrain parmi de nombreux citoyens et citoyennes.

N’ayons crainte, dans ce contexte, en même temps que d’écouter et d’apprendre de ces nouveaux mouvements,de paraitre nous répéter en versant au débat des propositions déjà maintes fois avancées, telles celles qui touchent à une transformation des missions de la Banque centrale européenne et du rôle de l’Euro pour briser la dépendance à l’égard des marchés financiers.La BCE peut et doit user de son pouvoir de créer de la monnaie pour acheter des titres de dette publique et financer en priorité les projets axés sur le développement social et le service public. L’heure est aux débats de fond, au coeur des luttes, pour unir tous les « indignés » sur des solutions d’avenir.

6 juin 2011 at 9:26 Laisser un commentaire

« SORTIR DE L’EURO? » POUSSONS LE DEBAT!

Dans une récente chronique, j’ai amorcé le dialogue sur une interrogation compréhensible mais, à mes yeux, piègeante : faut-il « sortir de l’euro » pour nous libérer des politiques dévastatrices menées en son nom?  Poussons le débat, sans prétendre faire le tour de la question en quelques lignes.

Tout d’abord, une donnée doit être claire: le statu quo est incompatible avec une ambition sociale.  La conception actuelle de la monnaie européenne a ses fondements dans le traité de Maastricht.  La logique de ce traité est, en particulier, traduite par une Banque centrale européenne (BCE) conçue pour ignorer l’emploi et le social.  Elle ne doit s’intéresser qu’à la « stabilité » des coûts, c’est à dire à la pression sur les salaires et les dépenses sociales afin de séduire les « investisseurs » à  la recherche de rendements élevés.  Cette logique a produit le pacte de …stabilité, véritable machine de guerre contre les dépenses publiques, et favorisé la politique de « l’euro fort », mortelle pour l’emploi.  Depuis la crise financière de 2008, elle a conduit les principaux dirigeants européens à sophistiquer encore substantiellement leur arsenal antisocial – et antidémocratique – avec la « pacte pour l’euro ».  Celui-ci vise à instaurer un régime d’hyperaustérité durable et à imposer d’en haut des « réformes structurelles » visant à doper la « flexicurité », l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les privatisations…  La rupture avec cette logique est donc, plus que jamais, une exigence pour qui veut ouvrir la voie à un projet de gauche digne de ce nom.

Dès lors se pose la question: la meilleure rupture avec cette politique ne serait-elle pas la sortie pure et simple de l’euro?  Une fausse évidence, dramatiquement trompeuse!  Même un économiste comme Jacques Sapir, qui penche pourtant plus ou moins en faveur d’une telle issue, ne cache pas qu’ « il est évident qu’une sortie de l’euro est un basculement dans l’incertain », que le risque est que « la souveraineté monétaire soit captée par les marchés » et que la « nouvelle monnaie (soit menacée d’être) prise dans le tourbillon des spéculations financières ».  Les économistes communistes – non suspects de complaisance pour Maastricht ou la BCE! – estiment même pareille aventure bien plus dangereuse encore, avec, en particulier, les effets désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs et le poids de la dette, ainsi que l’explosion d’une mise en concurrence sans limite entre Européens.  Et surtout, ils mettent l’accent sur le besoin vital d’une construction monétaire européenne – mais profondément transformée – pour agir contre la domination du dollar et en faveur d’une monnaie commune de coopération à l’échelle du monde, au côté de pays du Sud et de grandes économies dites « émergentes ».

Naturellement, pour créer les conditions de tels changements, il ne faut pas se situer exclusivement au niveau des institutions européennes actuelles ou des négociations entre Etats, tels qu’ils sont sous nos yeux.  C’est précisément la responsabilité d’une gauche visant la transformation sociale d’offrir aux citoyens une grille de lecture plus dialectique des réalités et des potentialités.  Ainsi, la crise sans précédent des structures européennes et la montée partout d’aspirations au changement, elles aussi d’une ampleur sans équivalent depuis qu’existe l’UE, ouvrent-elles une « fenêtre d’opportunité » historique.  C’est le moment de faire valoir une vision alternative et d’avancer des propositions saisissables, crédibles et rassembleuses.  C’est dans cet esprit qu’on attend la gauche française en 2012.

19 Mai 2011 at 10:45 2 commentaires

Sortir de l’Euro ? Ma réponse à un lecteur

La publication du programme économique de la candidate du FN a relancé le débat sur la « sortie de l’Euro », voire « de l’Europe ». Un lecteur m’interpelle : « Changer l’Europe, c’est flou et lointain ; sortir de l’Euro, c’est clair et immédiat. Allons-nous laisser Marine Le Pen grimper dans les sondages ? Un pays comme la France n’est pas voué à dépendre du bon vouloir de Bruxelles. » Je suis d’accord sur un point : « changer l’Europe » ne doit en aucun cas rester un slogan « flou et lointain », mais devenir un objectif de luttes très concrètes, dès aujourd’hui ! Car s’ils laissaient s’accentuer la dérive populiste qui menace, les artisans du « non de gauche » à l’ex-traité constitutionnel européen se laisseraient voler un acquis essentiel de leur succès éclatant de 2005 : l’expression conjointe d’une opposition radicale à l’« Europe libérale » et d’un engagement résolu pour une « Europe sociale » –clouant au sol et les inconditionnels de l’UE et les anti-européens d’extrême droite. A l’opposé de tout repli nationaliste, illusoire et dangereux, les progressistes se doivent d’opter pour un combat solidaire, en convergence avec les millions d’Européennes et d’Européens confrontés aux mêmes problèmes et intéressés aux mêmes transformations. 

Mais je veux répondre aux deux remarques de mon interlocuteur. D’abord, il n’y a pas de lien mécanique entre la montée de l’extrême-droite et sa position sur l’Euro. Ainsi, la poussée récente des partis nationalistes en Europe touche des pays comme la France, les Pays-Bas, la Belgique, l’Italie, l’Autriche ou la Finlande – membres de la zone Euro. Mais ce phénomène se manifeste tout autant en Grande-Bretagne, au Danemark, en Suède, en Lettonie, en Hongrie, en Bulgarie – extérieurs à la zone Euro, ou en Norvège et en Suisse non membres de l’UE du tout. Quitter l’Euro ou l’UE ne « règlerait » donc pas les problèmes – réels et profonds !– qui poussent une grande partie de cet électorat dans la désespérance et le désarroi politique. Quels changements promouvoir dans et hors l’UE : voilà la question. 

Dans le cas de la France, est tout aussi inexacte l’idée selon laquelle « Bruxelles » nous dicterait la conduite à tenir, et que, dès lors, se libérer de cette tutelle nous ouvrirait en soi une perspective de changement dans notre pays. On ne le sait pas assez : la « classe dirigeante » française occupe des postes-clé dans l’actuelle construction européenne. C’est, symptomatiquement, à un ancien Président français, Valéry Giscard d’Estaing, que les dirigeants européens ont fait appel pour rédiger le projet de Constitution qui a conduit au traité de Lisbonne. L’actuel président du plus puissant groupe du Parlement européen, le PPE (droite) est un Français (Joseph Daul). Le Commissaire européen chargé du porte-feuille-vedette, le marché intérieur et les services, notamment financiers (Michel Barnier), est Français. Le Secrétaire général du Conseil, qui pilote les travaux des représentants des 27 gouvernements (Pierre de Boissieu) également, tout comme le Secrétaire général du Service d’Action Extérieur Européen, le « Quai d’Orsay » européen (Pierre Vimont). Sans oublier l’ineffable Jean-Claude Trichet, le très puissant Président de la Banque centrale européenne ! Et bien sûr Nicolas Sarkozy lui-même auprès de ses alliés privilégiés : Angela Merkel pour l’hyperaustérité et David Cameron pour la guerre humanitaire… Quelle meilleure illustration du lien indissociable des dimensions nationale et européenne (et internationale) de la lutte pour un vrai changement ? La question n’est donc pas de « sortir de l’Europe », mais bien de changer de structures et d’orientations tant à Bruxelles (et Frankfort) qu’à Paris.

29 avril 2011 at 1:08 1 commentaire

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