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1000 A ATHENES AVEC LE PGE !
C’était la foule des grands jours, samedi dernier, à Athènes, où se tenait un meeting combatif et chaleureux du Parti de la Gauche européenne (PGE)! Mille personnes y sont venues écouter Pierre Laurent, nouveau président du PGE; Oskar Lafontaine, figure emblématique de la Linke d’Allemagne et Alexis Zipras, le jeune leader du parti Synaspismos de Grèce! En soi, cela représentait déjà un magnifique succès. Mais il ne s’agissait là que du « clou » final d’une Conférence internationale de deux jours organisée en coopération avec la Fondation « Transform » sur le thème de la dette publique, des politiques d’austérité en Europe et des réponses de la Gauche européenne. Deux jours durant lesquels plus de cinquante orateurs se sont succédé à la tribune: syndicalistes, économistes, sociologues, représentants d’ATTAC, personnalités progressistes de Grèce, d’Espagne, du Portugal, d’Italie, d’Allemagne, d’Irlande, de Grande Bretagne, d’Autriche, de Belgique, de France. Et même d’Amérique latine, avec notre ami Pedro Páez, ancien ministre des finances de l’Equateur, aujourd’hui engagé dans la mise sur pied d’une « Banque du Sud » et d’une monnaie commune aux nouvelles démocraties de la région.
La raison cet intérêt du public grec pour la réflexion et l’action sur les enjeux explosifs liés à la dette publique est aisé à comprendre. La Grèce est dans l’œil du cyclone des marchés financiers et elle est le premier pays à être passé sous les fourches candides du « Fonds européen de stabilité financière » piloté d’une main de fer par L’UE, la Banque centrale européenne et le Fonds Monétaire International. Mais l’actualité est venue rappeler à qui l’aurait oublié que ce sont tous les pays de la zone euro qui sont concernés par cette machine de guerre: cette conférence se tenait, en effet, alors même qu’à Bruxelles, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et leurs pairs, mettaient au point leur « pacte de compétitivité », rebaptisé « pacte pour l’euro », et qui mériterait plutôt le titre de « pacte pour les marchés », puisque le but de cette offensive de régression sociale et de négation de la souveraineté populaire est de « rassurer » les « investisseurs », grâce au blocage des salaires, au report de l’âge de la retraite, à l’augmentation des impôts sur la consommation, à l’ouverture des secteurs protégés, à l’inscription de cette politique de « stabilité financière » dans chaque Constitution nationale et à l’obligation faite à chaque gouvernement de soumettre chaque année les « réformes » accomplies à l’agrément du Conseil européen – autrement dit de la Chancelière qui tient les cordons de la bourse…
La bonne nouvelle, c’est que les peuples relèvent la tête. La Grèce en est à sa huitième grève générale; le Portugal connait ses plus gigantesques manifestations depuis le retour de la démocratie; l’Irlande vient de balayer du pouvoir les partis coresponsables de cette politique. Et on annonce des actions en France, en Allemagne et un rassemblement géant à Bruxelles quand les dirigeants de l’UE se réuniront, le 24 mars prochain, pour mettre la dernière main à leur « pacte ». Quant au PGE, après Porto et Athènes, il annonce de prochains meetings européens à Milan, à Paris, à Madrid, à Prague, à Sofia… La contre-offensive a commencé. Même si, au vu des enjeux, il en faudra davantage!
LE CAPITAL OU LE SOCIAL: LE CHOIX CRUCIAL
S’il avait encore fallu une preuve qu’il est décidément urgent de se donner les moyens de rompre avec la toute-puissance des marchés financiers en Europe, la lecture d’un éditorial de la presse économique de vendredi dernier nous l’aurait fournie. Tel Philippulus le Prophète qui, dans Tintin et l’ « Etoile mystérieuse », annonce à grand bruit que la fin du monde est proche, un chroniqueur-vedette nous prévient sans détour: si, par malheur, le 11 mars, les Chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro n’entérinent pas le projet de « pacte de compétitivité » tel que le veulent Madame Merkel et Nicolas Sarkozy, « des milliards de bombes spéculatives vont s’abattre sur le Portugal, l’Irlande, la Grèce. L’Espagne se retrouvera en première ligne », et derrière ce « verrou de l’euro », c’est tout le « continent de l’euro » qui risque Trafalgar! [1]
Pourquoi ce vent de panique et que se passe-t-il donc de si décisif le 11 mars prochain? Ce jour-là, les dirigeants de la zone euro doivent harmoniser leur position sur le projet démentiel du pacte Merkel-Sarkozy visant – prétention sans précédent dans toute l’histoire de la construction européenne – à mettre en place une police des salaires et un alignement sur le modèle allemand en matière de retraite (allongement progressif de l’âge de départ jusqu’à 67 ans), de fiscalité (pas d’ISF et hausse des impôts indirects sur la consommation), de « flexicurité »… Tout cet arsenal coercitif de répression sociale devant s’ajouter aux autres mesures déjà en préparation: la « consolidation budgétaire » (réduction des déficits publics, allègement de la dette…) et la « réforme de la gouvernance économique » (renforcement des sanctions du Pacte de Stabilité, soumission de chaque projet de budget annuel à Bruxelles avant son examen au parlement national; inscription dans la Constitution de l’obligation de limiter les déficits publics…). Les « marchés », donc, attendent des leaders de la zone euro qu’ils leur envoient le 11 mars, un « signal » clair montrant leur détermination à faire passer ces mesures sans les « édulcorer ». Sinon…
Or, cette « solution globale à la crise » – c’est la terminologie officielle – ne passe vraiment pas! Les syndicats européens la rejettent avec pertes et fracas. Y compris la Confédération européenne des syndicats au plus haut niveau. Des gouvernements s’indignent eux-mêmes. L’Autriche refuse carrément. Voilà pourquoi les serviteurs des marchés financiers s’étranglent et menacent! Ce chantage au chaos devrait à lui seul convaincre les hésitants qu’il devient absolument essentiel – parallèlement à l’opposition vents debout à ce « pacte » diabolique – de hisser la bataille jusqu’au niveau de la transformation des structures européennes elles-mêmes.
Rappelons que la Banque centrale européenne a le pouvoir de financer des projets à taux très bas voire nuls en créant elle-même la monnaie nécessaire sans le moindre emprunt sur les marchés de capitaux. Que ne fait-on bénéficier de ces crédits bon marché les investissements publics créateurs d’emploi, orientés vers le développement social, l’environnement, le service publics? Court-circuiter les marchés financiers: c’est inacceptable pour le capital, mais c’est indispensable pour le social. Voilà le choix stratégique n°1 à faire en Europe aujourd’hui. Il faut ouvrir à ce sujet un grand débat citoyen.
[1] « Zone euro: le calme avant Trafalgar »: Eric Le Boucher, » Les Echos » (4/3/2011)
UN REVELATEUR ACCABLANT POUR L’UE
Il y a quelques années, notre groupe au Parlement européen organisait une visite au tristement fameux centre de rétention de Lampedusa, au large de la Sicile. Nous avons pu pénétrer dans cette enceinte et rencontrer les personnes qui y étaient retenues le temps, pour les autorités italiennes, de statuer sur leur sort. Nous avions été scandalisés par les conditions d' »accueil » de ces victimes de la pauvreté et de la répression, qui avaient traversé la Méditerranée dans des embarcations de fortune au péril de leur vie parce que, ne cessaient-ils pas de nous répéter, dans leur pays, il n’y avait plus d’espoir, plus d’avenir. Enfermés derrière des grilles et gardés par la police, ils étaient entassés dans des baraques, tels du bétail. Rationnés en eau potable par 42 degrés de chaleur, ils disposaient de quelques douches… alimentées en eau de mer ! Ils avaient beau avoir été traumatisés par leur périple durant lequel nombre d’entre eux avaient perdu des compagnons de route, ils disaient tous leur détermination à se relancer dans l’aventure en cas d’expulsion de l’Europe vers la rive Sud.
D’où venaient ces jeunes pour être aussi désespérés ? Un certain nombre arrivait… de Tunisie. Ce qu’ils nous décrivaient de leurs conditions de vie ne nous surprenait pas. Cela correspondait aux témoignages des nombreux militants et militantes des droits humains alors régulièrement accueillis au Parlement européen à l’initiative d’élus de gauche, mais dont les appels à l’aide laissaient de marbre les officiels européens. La Tunisie n’était-elle pas le « bon élève » de la classe des partenaires arabes de l’Union européenne ? Et que redoutaient le plus ces jeunes détenus innocents de Lampedusa ? D’être extradés… vers la Libye où, savaient-ils, régnait l’arbitraire le plus inhumain. Ce qui n’empêchait pas l’Union européenne, à l’instigation de Berlusconi, d’externaliser vers Tripoli l’organisation de la rétention des candidats du Maghreb à l’émigration vers la rive Nord de la Méditerranée ! Certes, en haut lieu, on ironisait sur les frasques du Colonel Kadhafi. Mais on savait apprécier -et dûment rémunérer- ses bons et loyaux services.
Telle fut la face cachée de la « vision » qui guida jusqu’à ces dernières semaines la politique européenne vis à vis des pays aujourd’hui en plein bouleversement : un soutien à des régimes honnis, au nom du rempart que ceux-ci étaient censés constituer contre l’immigration « illégale », « l’islamisme radical » et le « terrorisme »… Les soulèvements populaires en cours -en faisant apparaître au grand jour le caractère particulièrement oppressif de ces régimes et, à l’inverse, la dimension profondément démocratique des aspirations longtemps refoulées de ces sociétés, jusqu’ici qualifiées de « rue arabe »- sont autant d’accablants révélateurs de la vraie nature des rapports « euro-méditerranéens ». Le 13 juillet 2008, Nicolas Sarkozy inaugura la présidence française de l’UE en apportant sa propre touche à cette politique par la création de l' »Union pour la Méditerranée », co-présidée par lui-même et… Hosni Moubarak.
Autant dire qu’il faudra plus que les gesticulations verbales du type de celles de Catherine Ashton, Haute-Représentante de l’UE pour la politique extérieure et de sécurité commune, annonçant à la Tunisie un « nouveau partenariat » ou des promesses lyriques de Laurent Wauquiers d’un « statut plus qu’avancé, un statut privilégié », pour gagner la confiance des peuples qui viennent de se libérer. L’heure est à l’essor des solidarités progressistes entre les deux rives de la Méditerranée.




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