Posts filed under ‘Francis Wurtz Le Blog’

LE TOLLE!

Les dirigeants européens feraient bien de méditer sur les révolutions tunisienne et égyptienne.  Car, au-delà des dissemblances évidentes entre ces ex-régimes autocratiques et les systèmes politiquement beaucoup plus sophistiqués qui régissent nos Etats et l’Union européenne elle-même, il y a des aspects plus universels que certains voudraient bien le penser dans les événements historiques que nous vivons en direct, depuis quelques semaines.  Gare, par exemple, aux crises de légitimité qui minent peu à peu des pouvoirs coupés des citoyens.  Incapables de sentir le sol se dérober sous leurs pas, ils ne prennent pas la mesure du danger et continuent de foncer tête baissée…dans le mur. 

         Le comportement des principaux leaders européens – en premier lieu, Angela Merkel, et son zélé chevalier servant, Nicolas Sarkozy – s’apparente de plus en plus à ce type de schéma.  Obnubilés par la puissance grandissante des marchés financiers, ils semblent ne plus avoir qu’un seul objectif: leur donner des gages – toujours plus de gages – pour conserver leurs bonnes grâces (symbolisées par la fameuse note AAA des agences de notations), apparemment sans se soucier de l’acceptabilité de leurs mesures par les premiers concernés: les peuples!  Ainsi viennent-ils, coup sur coup, d’instaurer dans toute l’Union européenne un régime d’hyper-austérité sans précédent; d’imposer aux pays qui sont dans le collimateur des « marchés » une régression sociale féroce et une mise sous tutelle humiliante; d’annoncer une renégociation du pacte de stabilité dans un sens encore plus contraignant; de mettre en place le mécanisme dit du « semestre européen » qui force chaque pays membre à soumettre son projet de budget à Bruxelles avant son examen par son propre parlement…  Et voilà qu’ils nous préparent le bouquet: le « pacte de compétitivité » dont la mise en œuvre ferait voler en éclats ce qu’il reste du contrat social et toute une série d’acquis démocratiques sur lesquels nombre de nos sociétés se sont construites depuis la Libération! (voir chronique HD 3/2/2011)  

         Pas étonnant que ce projet provoque un tollé!  Y compris au niveau de certains gouvernements qui, plus lucides, craignent une déstabilisation intérieure.  Mais surtout parmi les acteurs sociaux et dans une partie de gauche européenne.  Ainsi, pour John Monks, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats – dont le ton employé est un bon baromètre du climat social en Europe -, il s’agit d’un « pacte pervers » qui vise à aller vers « un niveau de vie plus bas, davantage d’inégalités et un travail plus précaire. »  Dans une lettre publique, il a même comparé au Traité de Versailles ces nouvelles dispositions qui, à ses yeux, « réduisent les Etats membres à un statut quasi colonial ».  Bien vu! 

         Il n’étonnera personne que le patronat, lui, applaudisse à cette fuite en avant d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy: « C’est peut-être un moment décisif pour l’avenir économique de l’Europe » s’est extasiée Laurence Parisot.  Dans un certain sens, elle a raison: le moment est, en effet, décisif!  Nous voilà plus clairement informés que jamais sur ce vers quoi nous conduit l’actuelle « Europe » à moins d’un changement de cap fondamental tant au niveau des orientations politiques que sur le plan des structures institutionnelles européennes.  C’est le moment de favoriser l’implication des citoyennes et des citoyens dans ce débat; de mettre en lumière les transformations à imposer et de proposer dans cet esprit des actions concrètes et rassembleuses.  Tel est le sens de l’initiative lancée dans toute l’Europe par le Parti de la Gauche européenne (PGE) pour la création d’un « Fonds européen de développement social et de solidarité. »

17 février 2011 at 4:43 Laisser un commentaire

ALERTE ROUGE !

Prenons bien toute la mesure de ce qui est en train de se mettre en place au sommet de l’Union européenne -plus précisément autour d’Angela Merkel,fidèlement secondée par son faire-valoir français ! S’il était possible,sur le terrain politique comme cela se pratique sur le plan climatique,d’émettre un bulletin d’alerte à destination des Européens et des Européennes pour les mettre en garde et les inviter à se mobiliser,je choisirais,en l’occurence,l’alerte rouge!En effet,il suffit de mettre en cohérence les différentes pièces du puzzle annoncées dans la dernière période de divers côtés pour s’apercevoir qu’il s’agit non seulement d’un « saut qualitatif » de la zone euro vers son intégration,comme le reconnait l’Elysée,mais d’un projet de bouleversement des systèmes sociaux et des règles démocratiques en vigueur.L’approche choisie n’est pas loin de rappeler celle des « plans d’ajustements structurels » de sinistre mémoire,imposés naguère par le Fonds Monétaire International aux pays en voie de développement.

Ainsi,le « pacte de compétitivité » annoncé par la Chancelière allemande au Conseil européen du 4 février dernier n’a-t-il rien d’anodin! Il s’agit,ni plus ni moins, que de verrouiller au sommet les politiques nationales en matière de salaires,de temps de travail,de retraites,de fiscalité sur les entreprises, de traitement de la dette publique… C’est une caricature d’harmonisation. En effet, les objectifs avancés pour justifier une telle « coordination » -stimuler les « réformes »(libérales);accroitre la « compétitivité »;assurer la « stabilité » de la zone euro; »rassurer » les marchés financiers…- suffisent à nous indiquer dans quel sens on prétend « harmoniser » nos modèles sociaux: vers le moins disant, avec en prime la mise sous tutelle, le déni de souveraineté populaire.

Madame Merkel n’a pas caché son souhait de voir les pays de la zone euro aligner leur régime de retraite sur celui en vigueur en Allemagne (67 ans)! C’est ce que vient de faire,en Espagne, M Zapatero, aussitôt félicité par la Chancelière pour avoir « fait ses devoirs »! M Sarkozy attend sans doute ses propres lauriers s’il réussit à imiter Berlin en inscrivant dans la Constitution française l’obligation de lutter contre les déficits publics…La nouvelle « Dame de fer » a, en revanche, fustigé la Belgique coupable d’indéxer les salaires sur les prix. Les vannes étant grandes ouvertes, les idées les plus saugrenues sont déclarées « pertinentes » et promises à un examen attentif pourvu qu’elles soient orientées dans le « bon » sens – y compris celle de neuf gouvernements, principalement d’Europe centrale et orientale,réclamant un assouplissement des critères concernant la dette des Etats pour les pays appliquant… »les systèmes de retraites par capitalisation (si) cruciaux pour renforcer la stabilité à long terme des finances publiques en Europe »!

Un « plan global » d’ « Union économique » nous étant annoncé pour le Conseil européen des 24 et 25 mars prochains, nous reviendrons abondamment sur ce défi de classe, sur les premières -et encourageantes- réactions qu’il suscite et les choix politiques de fond qu’il impose à la gauche européenne.

10 février 2011 at 12:00 1 commentaire

SOMMET « ENERGIE » L’URGENCE D’UN DEBAT

Ce 4 février, pour la première fois de son histoire, l’Union européenne réunit un sommet de ses Chefs d’Etat et de gouvernement sur la question de l’énergie.  Cela mérite qu’on s’y arrête.  D’abord parce qu’il s’agit d’enjeux absolument colossaux à tous égards.  Ensuite parce que le sujet illustre bien la nécessaire articulation entre ce qui relève de la souveraineté de chaque nation et ce qui appelle une étroite coopération européenne et internationale.  Enfin parce que la simple évocation des choix à effectuer en la matière donne à voir l’ampleur et la gravité des carences démocratiques de cette construction européenne – les premiers responsables de ces carences étant, en l’occurrence, les Etats membres qui ne font strictement rien pour impliquer les citoyennes et les citoyens dans les débats de portée stratégique qui sont à l’ordre du jour.  Exemples. 

         Les enjeux. Trois chiffres suffisent à en prendre la mesure: les chercheurs de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) évaluent à…25 000 milliards de dollars (soit environ 10 fois les richesses produites en France chaque année!) la somme d’argent à investir d’ici 2030 dans les infrastructures d’offre d’énergie dans le monde.  La Fondation Gabriel Péri rappelait récemment, quant à elle, que deux milliards (!) d’êtres humains n’ont aujourd’hui accès à l’énergie que par…le bois de chauffe.  Rappelons enfin l’engagement pris par l’Union européenne – d’ici 2020 – de diminuer de 20 à 30% les émissions de gaz à effet de serre; de porter à 20% la part des énergies renouvelables et de gagner 20% en matière d’efficacité énergétique (dans les transports et le bâtiment: on est très loin du compte!) 

         Souveraineté et coopérations.  En France, la mise en place d’un pôle public de l’énergie nous paraît indispensable au vu de l’importance des enjeux, encore renforcée par le poids du nucléaire.  Un bilan des déréglementations dans ce secteur devrait être établi et tous les enseignements devraient en être tirés dans une optique de service public.  Les représentants français n’en seraient que plus forts pour intervenir dans le même esprit dans le cadre européen.  En mars, ils auront à déterminer la stratégie européenne pour les dix ans à venir; puis en mai à fixer une « Feuille de route » d’ici 2050 pour assurer la transition vers une économie à très faible teneur en carbone.  Dès ce 4 février, ils traitent des coopérations à mettre en place avec les pays producteurs et les pays de transit.  Hyperdépendants des approvisionnements étrangers, les principaux Etats de l’UE se livrent à de grandes manœuvres plus concurrentes que coopératives: L’Allemagne construit avec la Russie le pipe-line dit « corridor Nord » sous la Baltique (en contournant la Pologne), tandis qu’un autre projet dit « corridor Sud » doit acheminer le gaz de Russie vers l’Italie (en contournant l’Ukraine), lui même concurrent du gazoduc Nabucco, soutenu par l’Union européenne et les Etats-Unis (mais excluant de fait…la France).  D’une façon générale, d’immenses chantiers vont être ouverts, à propos desquels des décisions communes ou du moins convergentes et cohérentes devront être prises dans les mois et les années à venir. 

         Démocratie: la simple lecture de ce qui précède montre l’urgence d’un débat citoyen sur le sujet, dans toutes ces dimensions!  Les occasions ne vont pas manquer pour en créer les conditions.

3 février 2011 at 4:31 Laisser un commentaire

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