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« LES MAINS LIBRES » DE FRANÇOIS HOLLANDE

François Hollande devrait être comblé. Il a sa « majorité absolue » à l’Assemblée nationale.Celle qui « évite la contrainte des négociations permanentes et donne de la stabilité », comme l’avait souligné le secrétaire national aux élections du PS,Christophe Borgel.Le seul gêneur à éviter était en fait le Front de gauche,car porteur d’une autre vision de la société et tout particulièrement de l’Union européenne.Le Président de la République a donc,apparemment, »les mains libres » (du moins au Parlement) mais pour quoi faire? Pour ratifier le traité budgétaire ou pour le « renégocier »? Pour ramener à tout prix les « déficits publics » aux chiffres mythiques (et totalement arbitraires) de 3% des richesses produites en 2013 et à 0,5% en 2017,ou pour relancer prioritairement l’emploi,le développement social et la transition écologique? Pour céder des pans entiers de la souveraineté populaire à des instances européennes dominées par des libéraux inflexibles ou pour libérer l’intervention citoyenne et susciter les convergences entre peuples européens? Toutes ces questions vont se poser très concrètemenr et très vite. Certaines avant l’été.

Concernant le traité dit de « discipline budgétaire »,les deux principaux alliés sur lesquels semblait compter le nouveau locataire de l’Elysée pour gagner son « bras de fer » contre Angela Merkel étaient le chef de l’opposition social-démocrate allemande (SPD),Sigmar Gabriel -qui affirmait il y a quelques jours à Paris avoir « avec François Hollande des représentations très proches de la manière dont il faut sortir de la crise »- et le Président (libéral) du Conseil italien,Mario Monti,présenté comme le parfait « trait d’union » entre le Président français et la Chancelière allemande,puisqu’il est à la fois partisan de la discipline budgétaire chère à l’une et de la croissance dont se réclame l’autre…

La réalité s’est imposée plus rapidement que prévu.A peine rentré de Paris,le chef du SPD annonçait,samedi dernier,à Berlin…que son parti allait voter POUR le traité Merkel au Bundestag. La date de la ratification est déjà fixée au 29 juin,le jour même du Conseil européen.Quant à Mario Monti,s’il a eté jusqu’ici porté aux nues par les grands prêtres de la « rigueur » pour son soutien à la « règle d’or » (inscription de la discipline budgétaire durable dans la Constitution) et la sévère cure d’austérité infligée aux Italiens,il n’est plus en odeur de sainteté à Berlin depuis qu’il semble baisser les bras face au fiasco qui s’annonce pour l’économie de son pays: consommation en baisse,chômage en hausse,chute de la production industrielle et des rentrées fiscales,envol des taux d’intérêt de la dette…et crise politique.

A quoi risquent donc de ressembler les prochains sommets européens? François Hollande « aux mains libres » et ses « alliés » italien voire espagnol auront face à eux une Angela Merkel dont l’état d’esprit ne doit pas être très éloigné de la très symptômatique manchette de « Die Zeit » de dimanche dernier: »LE MONDE ENTIER VEUT NOTRE ARGENT »,suivie d’une mise en garde sans appel -« Sauvetage contre réforme;aide contre fermeté » (« Härte »).C’est ce que la Chancelière appelle « l’Union politique »…conçue pour regagner la confiance des marchés financiers.Pour changer l’Europe,mieux vaut décidément ne pas tenter d’éviter les mobilisations citoyennes et les convergences entre les peuples européens. Le Front de gauche a du pain sur la planche.

21 juin 2012 at 8:12 1 commentaire

Le gouvernement et « l’Europe solidaire »

« La culture de la solidarité se répand dans la zone euro » s’est félicité le ministre de l’économie, Pierre Moscovici, en saluant la décision de l’Eurogroupe d’accorder une « aide » de 100 milliards d’euros à l’Espagne pour sauver ses banques. « C’est la solidarité sans austérité » a-t-il même ajouté.  Le ton du PS a sensiblement changé depuis les promesses de son candidat de « réorienter l’Europe » en commençant par la « renégociation » du traité sur la discipline budgétaire! Solidaire,l’Europe de Merkel et de Draghi (BCE)? Vraiment?En vérité,la mariée est trop belle…

L’Espagne est la troisième économie de la zone euro. Elle « pèse » à elle seule le double des trois autres pays sous assistance financière (Grèce,Portugal,Irlande) réunis!Or, son secteur bancaire a accumulé 184 milliards(!) d’euros de créances vraisemblablement non recouvrables. Ces pertes représentent 60% de ses actifs. Le risque d’écroulement , avec des conséquences potentiellement ravageuses sur tout le système financier européen et au-delà, était donc pris très au sérieux.

Voilà pourquoi les dirigeants européens trépignaient d’impatience d’obtenir du Chef de gouvernement espagnol qu’il accepte de demander cette aide « solidaire »… dont il ne voulait à aucun prix. Comment comprendre que ce conservateur ,libéral à tout crin,ait tant résisté à ses amis européens avant de céder à ce que le quotidien madrilène a aussitôt qualifié de « coup dur »?

D’abord,il s’agit d’un prêt équivalant à 10% des richesses nationales.Il va donc falloir le rembourser rubis sur l’ongle .En attendant, il va alourdir d’autant la dette espagnole et,par voie de conséquence, les contraintes drastiques liées à l’obligation de réduire celle-ci dans des délais déjà intenables.Ensuite, l’Eurogroupe a,sans surprise,annoncé qu’elle « surveillerait de très près,et réguliérement,les réformes structurelles  » à réaliser.Enfin, les Espagnols,pour ces raisons même, sont légitimement meurtris de devoir se soumettre à cette tutelle, eux qui subissent déjà le coût social exorbitant des précédentes « réformes » que le très dur ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble,avait lui-même qualifiées d’ « impressionnantes ».Où Pierre Moscovici voit-il se répandre une culture de solidarité dans les sphères dirigeantes européennes?

Il faut d’autant plus se poser la question qu’au même moment vient de débuter au Parlement européen et au Conseil (les représentants des 27 gouvernements) l’examen,en séance pléinière,de deux nouveaux règlements (le « two-pack ») s’ajoutant à l’imposant arsenal « austéritaire » dont la clé de voûte est le traité budgétaire. Le premier de ces textes est destiné à renforcer encore « le suivi et l’évaluation des projets budgétaires » de tous les Etats de la zone euro.Le second texte vise,quant à lui, à placer « sous surveillance poussée » les Etats qui bénéficient de ces fameuses « aides »,ainsi que ceux… »risquant de connaitre de sérieuses difficultés »-étant précisé que « l’intensité de la surveillance (…) peut aller (jusqu’) à un programme complet d’ajustement macroéconomique assortie de conditions strictes en matière de politique économique. »

On le voit, « la culture de la solidarité se répand dans la zone euro » comme une trainée de poudre! Le nouveau langage du gouvernement français sur les enjeux européens prépare-t-il un recentrage post-électoral? Il devrait en tout cas inciter quiconque attaché à la réussite du changement à faire tout le possible pour permettre au Front de Gauche d’exercer son influence vigilante et constructive tant dans les assemblées élues que dans le pays.

14 juin 2012 at 1:36 Laisser un commentaire

« PLUS D’ EUROPE » ? LAQUELLE ?

« J’ai toujours dit que nous avons besoin de plus d’Europe et que cela signifie que plus de compétences doivent être attribuées à la Commission »,quitte à apporter des changements au traité de Lisbonne,vient de déclarer Angela Merkel, ajoutant qu’ « il ne faut pas qu’il y ait de tabous. » De quoi parle-t-on au juste?

On en a une petite idée avec les « recommandations » que l’institution bruxelloise vient d’adresser à la France (30/5/2012).D’abord,il faut,juge-t-elle,combler « l’écart considérable » qui sépare les économies budgétaires réalisées par Nicolas Sarkozy de celles qui sont réellement nécessaires pour atteindre l’objectif de 3% de déficits publics en 2013. Cela suppose selon elle « des efforts additionnels »,par exemple des coupes supplémentaires dans les dépenses de santé. Ensuite,la Commission somme la France de doper ses exportations « incapables de faire face à la demande mondiale » . Elle préconise pour ce faire des « réformes structurelles » telles que:la modération des salaires (dont « l’augmentation relativement rapide au cours de la dernière décennie » pose problème); le renforcement de la concurrence (en particulier dans les domaines de l’électricité et du transport ferroviaire); l’assouplissement du marché du travail (pour corriger sa « segmentation » dû au « haut degré de protection légale » des contrats de travail);la poursuite de l’allongement de l’âge de la retraite ( car la réforme-Sarkozy, »positive »,ne suffit pas pour équilibrer le régime des retraites à moyen terme); la possibilité pour les entreprises de procéder à des licenciements économiques (afin d’améliorer leur rentabilité et leur compétitivité),etc… Bref, Sarkozy est mort, vive Sarkozy-plus!

En jouant ainsi au maître d’école de la doctrine libérale, ignorant délibérément le message très clair que les citoyens viennent d’adresser à ses nouveaux dirigeants,la Commission européenne applique les pouvoirs accrus que les gouvernements et la majorité du Parlement européen lui ont attribués en décembre dernier – pouvoirs qui sont appelés à être encore complétés et aggravés ce mois-ci par deux règlements supplémentaires. Désormais,non contente d’être,depuis peu,habilitée à contrôler le budget des Etats, la Commission surveille leur politique économique et sociale,jusqu’à pouvoir les sanctionner financièrement s’ils ne respectent pas les objectifs fixés (chaque Etat conserve le choix des moyens,sauf si ceux-ci sont suspectés de représenter un risque pour la « stabilité de la zone euro »).

Et pourtant, tout cet arsenal législatif  a paru insuffisant à la Chancelière allemande puisqu’elle a exigé ,en plus,de graver ces dispositions (et d’autres)  dans le marbre d’un traité!C’est dire s’il est crucial de le rejeter pour réussir « le changement maintenant »!

Enfin,la vigilance est de mise par rapport aux nombreux ballons-sondes lancés (par la BCE, la Commission ou tel dirigeant national) pour tester,à la faveur de la crise,leur acceptabilité par les citoyens européens.Le dernier exemple en date est l’idée de transférer à l’échelon européen le contrôle des banques,ce qui viderait la souveraineté nationale et populaire de toute maîtrise du « nerf de la guerre ».

Comment réagira la France de gauche à cette fuite en avant vers un fédéralisme libéral ? Rappelons qu’il existe une alternative qui nous libèrerait de la dépendance des marchés financiers et permettrait de financer ensemble le développement commun: puisque Madame Merkel elle-même déclare qu’ « il ne faut pas de tabou » et n’exclut pas de changer le traité de Lisbonne,le moment n’est-il pas venu d’ouvrir en grand le débat sur la transformation des missions et des statuts de la Banque centrale européenne? Oui à « plus d’Europe »…sociale,écologique et solidaire!

7 juin 2012 at 10:55 Laisser un commentaire

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