Posts filed under ‘Francis Wurtz’

ALLEMAGNE : APRES L’ALERTE BRUNE, LE SURSAUT ?

Revenons sur l’inquiétante alerte brune qui vient de secouer l’Allemagne : le 29 janvier dernier , Friedrich Merz, chef du principal parti de droite, la CDU, et grand favori des élections législatives allemandes du 23 février prochain, brise un tabou emblématique en faisant adopter au Bundestag une résolution scélérate contre l’immigration grâce aux voix de l’extrême-droite, deux jours après la commémoration du 80 ème anniversaire de la libération du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau ! Cette motion, certes non contraignante, précisait les mesures jusqu’au boutistes que le probable futur Chancelier entendait appliquer dès son élection : en particulier, le refoulement systématique de tous les arrivants en situation irrégulière, y compris les demandeurs d’asile -ce qui est contraire au droit tant européen qu’international. Il espérait, expliquera-t-il, se mettre ainsi à la hauteur de l’émotion suscitée dans l’opinion suite à trois drames impliquant des étrangers…Notons que pour parvenir à ce résultat, le leader de la droite avait rassemblé, outre les voix de son propre groupe, celles du parti libéral, le FDP. À ce bloc de droite s’est donc ajouté celui de l’AfD, le tout aboutissant à une majorité contre nature.

La suite mérite toute notre attention. A gauche, comme on s’attendait, cette compromission sans précédent en Allemagne (droite et extrême-droite mêlant leurs voix) a suscité un tollé et des manifestations de masse ont eu lieu dans plusieurs villes du pays pour dénoncer le « danger fasciste ». Mais des remous ont également secoué la droite,  y compris au sein de la CDU, où des voix se sont élevées contre l’irresponsabilité du candidat à la Chancellerie . Ainsi, Angela Merkel -que Merz a toujours jugée trop « centriste »- est sortie de sa retraite pour fustiger la « faute politique » du favori des élections, issu de son propre parti, en lui rappelant l’engagement qu’il avait pris en novembre dernier, de faire en sorte d’éviter « fût-ce une seule fois » qu’une majorité ne soit obtenue au Parlement avec les voix de l’AfD !  

Friedrich Merz ne tint aucun compte de cette admonestation inédite et tenta, dès le lendemain, de récidiver pour faire adopter non plus une simple résolution, mais carrément une proposition de loi prévoyant de restreindre immédiatement les rapprochements familiaux, de faciliter la mise en détention des étrangers sans papiers et de renforcer les pouvoirs de la police. Au Parlement, seule la gauche et les Verts appelèrent à voter contre. Des Présidents de région exprimèrent leur opposition. Par ailleurs -fait rarissime- les Églises catholique et évangélique dénoncèrent, dans une lettre commune adressée aux parlementaires, les mesures envisagées. Et, cette-fois ci, à la surprise générale, malgré le soutien explicite de la CDU, des Libéraux et, y compris, du groupe populiste de Sahra Wagenknecht, l’ex-coresponsable du groupe de « Die Linke » qui veut « dynamiter le système politique », le texte fut rejeté, marquant un sérieux revers pour son auteur et ses auxiliaires. 

Quels effets ce séisme politique et ses répliques auront-ils sur le débat citoyen et le vote du 23 février ? L’opinion publique allemande s’en saisira-t-elle en profondeur ? L’idée prévaudra-t-elle que la surenchère anti-migrants, d’où qu’elle vienne, ne fait que renforcer l’AfD ? Le terrible précédent autrichien -où, à force de collaboration de la droite avec l’extrême-droite, le représentant d’un parti fondé par d’anciens nazis est tout près de devenir Chancelier !- provoquera-t-il le sursaut espéré ? L’enjeu concerne toute l’Europe.

6 février 2025 at 5:35 Laisser un commentaire

TRUMP EST TOXIQUE ET DANGEREUX, MAIS PAS TOUT-PUISSANT !

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les dirigeants européens se cherchent. Certains jouent ouvertement, derrière Giorgia Melini, la carte du ralliement au nouveau maître. Les autres jurent de défendre l’Europe, mais en réalité, tétanisés face à cette nouvelle donne, plusieurs d’entre eux, et non des moindres, sont en train de céder aux injonctions de Washington. La Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’était d’emblée prononcée en faveur d’une augmentation significative des achats auprès des Etats-Unis, pour tenter de satisfaire à l’une des revendications du Président américain . Le Premier ministre polonais Donald Tusk, qui préside le Conseil européen durant le premier semestre 2025, fait du trumpisme-soft . À la stupéfaction d’observateurs même de droite, il vient de multiplier les sorties contre le Pacte vert -une des rares orientations positives de l’UE- , s’est lancé dans une surenchère caricaturale contre l’immigration -allant jusqu’à suspendre le droit d’asile dans son propre pays !- et demande à chacun de nos pays de porter les dépenses d’armement à…5% des richesses produites, soit une augmentation de 150%  par rapport aux normes envisagées par l’OTAN elle-même jusqu’ici : exactement ce que réclame Trump comme prix de son éventuel soutien en cas d’agression ! Quant à la Présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, elle compte carrément sur le retour de Trump pour faire sortir l’Europe de sa « paresse » et de sa « bureaucratie » !

Avec ce concours d’ « approches pragmatiques »(Von der Leyen), on est loin, très loin d’une stratégie cohérente dictée par une claire conscience de la nature hyper-toxique et dangereuse de l’ère Trump qui s’annonce, mais non prisonnière du sentiment paralysant d’avoir à faire face à un pouvoir tout-puissant. Trump cherche à faire peur pour faire céder. Plus il aura l’impression de semer la panique ou d’arracher des concessions, plus il se sentira encouragé dans sa fuite en avant. Ainsi, les ahurissantes velléités impérialistes du Président américain -depuis le Groenland ou le canal du Panama qu’il entend s’approprier jusqu’à Gaza qu’il prétend vider de ses habitants !- devraient provoquer une levée de bouclier beaucoup plus radicale de la part de l’Europe, sans quoi, les pressions ne cesseront de s’accentuer. De même, la décision de sortir le principal  pays pollueur (par habitant) de l’Accord de Paris sur le climat devrait entraîner une contre-offensive résolue des pays européens, aux côtés de tous les Etats attachés à ce combat vital ainsi que des Etats fédérés des Etats-Unis opposés à la politique irresponsable de Washington. Quant à la guerre économique et technologique sans merci qui s’annonce de la part des États-Unis à l’heure de l’intelligence artificielle, elle ne devrait pas être vue comme une fatalité face à laquelle le monde serait démuni. A notre époque, les  interdépendances sont telles que même les Etats-Unis de Trump et de Musk ne font plus ce qu’ils veulent. Plutôt que de chercher l’issue à ce défi « existentiel » (Lagarde) dans la course à la « compétitivité », à l’ « Union des marchés de capitaux » et à la «débureaucratisation » (lisez : la déréglementation), ces enjeux de  civilisation appellent une mobilisation inédite et sans œillères des forces favorables  au multilatéralisme, conscientes qu’elles sont qu’une guerre économique ne fait que des perdants. L’Europe devrait ouvrir dans cet esprit des discussions stratégiques avec la Chine et d’autres cibles de la stratégie de Trump. Mais qui, dans l’UE actuelle, aura-t-il ou elle la lucidité et le courage de lancer , autrement qu’en parole, ce virage salutaire ?

3 février 2025 at 1:48 Laisser un commentaire

GAZA : DU CESSEZ-LE-FEU A LA PAIX, 10 ENJEUX À SUIVRE

À la joie des Gazaouis à l’annonce de la conclusion de l’accord entre Israël et le Hamas sur le cessez-le-feu, le 15 janvier dernier, s’était mêlée de la circonspection, tant cette trêve leur semblait inespérée. Désormais, les armes se sont enfin tues. Mais il y a loin du cessez-le-feu à une paix durable. Rappel sommaire de quelques enjeux cruciaux dont le bon règlement conditionne les avancées vers une paix véritable.

La première phase prévue par l’accord est « a priori » la moins problématique. Prévue pour durer six semaines, elle doit se traduire par le retour à un approvisionnement des Gazaouis en nourriture, en médicaments, en carburant…dix fois plus important que durant la guerre -ce qui en dit long sur le calvaire innommable imposé par l’occupant, durant tous ces mois, à la population civile de ce territoire ! Avec le retrait des troupes israéliennes des « zones densément peuplées », les Gazaouis sont à présent libres de circuler pour rejoindre leur ancien lieu d’habitation. Enfin, à la libération de 33 otages israéliens doit répondre celle, selon la presse israélienne, de 1904 prisonniers palestiniens, dont 737 condamnés à de lourdes peines (1). 

Seulement voilà : comment les populations déplacées vont-elles pouvoir se « réinstaller » en plein hiver dans un territoire où le niveau de destruction est « sans précédent dans l’histoire récente » (ONU) ? Et quid de l’UNRWA, l’agence de l’ONU au service des réfugiés palestiniens, bannie de tous les territoires occupés par une loi scélérate, adoptée en octobre dernier par le Parlement israélien et censée entrer en vigueur ces jours-ci ? Des questions jusqu’ici sans réponse.

Mais ce n’est rien en comparaison des incertitudes liées à la deuxième phase de l’accord. Celle-ci prévoit en principe -outre la libération des derniers otages- le retrait complet des troupes israéliennes et « la fin définitive de la guerre » (Biden). La mise en œuvre rapide et complète ou, à l’opposé, la violation de tout ou partie de ce double engagement israélien constitue un enjeu colossal ! Ces  deux mesures sont, en effet,  diamétralement opposées à l’objectif martelé par Netanyahou depuis des mois :  sa guerre ne s’arrêterait pas « tant que le Hamas ne sera pas éliminé sur le plan militaire et organisationnel » -ce qui est loin d’être le cas, le sort réservé par Israël au peuple de Gaza depuis 15 mois n’ayant pu que pousser à la radicalisation un nombre toujours plus grand de Palestiniens . Dès lors, Netanyahou acceptera-t-il, jusqu’au bout, d’acter l’échec de sa stratégie à Gaza, ou cherchera-t-il des prétextes pour contourner, retarder, voire torpiller l’application de l’accord ?

La troisième phase de l’accord est celle de la « reconstruction » de Gaza ! Une affaire de 15 ans selon l’ONU ! Qui paiera ? Comment vivront les habitants en attendant ? Qu’en est-il de l’ « administration internationale intérimaire » envisagée pour gérer le territoire pendant cette période ? Quel avenir pour l’Autorité palestinienne ? Toutes ces questions de grande portée restent à discuter. Enfin, demeurera l’essentiel : quel chemin vers une solution politique d’ensemble, englobant, outre Gaza, la Cisjordanie -que le pouvoir israélien rêve de ré-annexer dans sa totalité- et Jérusalem Est, pour constituer l’indispensable État palestinien ? On le voit: plus que jamais, la plus large solidarité internationale avec le peuple palestinien est requise .

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(1) i24 NEWS (18/1/2025)

23 janvier 2025 at 7:12 Laisser un commentaire

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