Posts filed under ‘Francis Wurtz’

 « SÉCURITÉ », QUELS MÉFAITS SONT COMMIS EN TON NOM !



Si la sécurité, dans toutes ses dimensions -individuelle, sociale, nationale, internationale, alimentaire, sanitaire, environnementale…- , est un droit à défendre , l’instrumentalisation du sentiment d’insécurité est, quant à elle, un crime à combattre. L’actualité européenne nous confirme l’étendue des méfaits commis au nom de la « sécurité ». 
L’important Sommet de l’OTAN, le 14 juin prochain, à Bruxelles, mérite, à ce égard, toute notre attention. Il y sera question d’une « mise à jour » des principales tâches de sécurité à l’horizon 2030. Joe Biden aura à cœur de rappeler à ses alliés que, lui à la Maison Blanche, l’Organisation militaire occidentale, loin d’être « en état de mort cérébrale », est  appelée à resserrer les rangs et à renforcer ses moyens pour « défendre la démocratie ». Il sera question, dans cet esprit, de verser plus d’argent dans le budget commun, car « Dépenser en commun est un multiplicateur de force », cela « envoie un message très clair à nos propres populations ainsi qu’à tout adversaire potentiel », et puis « c’est une façon d’investir dans le lien entre l’Europe et l’Amérique du Nord » -vient de souligner le Secrétaire général de l’Organisation, Jens Stoltenberg. Ce « budget commun » -qui s’ajouterait aux budgets de défense nationaux-  pourrait servir à financer le stationnement de troupes dans les pays baltes (à la frontière russe), les missions de surveillance aérienne, la modernisation des bases alliées, la défense antimissile, et plus si affinités…
Gageons que, pour justifier ce nouveau « concept stratégique », l’on invoquera les dépenses militaires chinoises et russes, en omettant de préciser qu’elles sont près de quatre fois  (pour la Chine) et  plus de dix fois (pour la Russie) inférieures à celles des seuls Etats-Unis ! Le pire est que cette gabegie obscène s’auto-alimente, chaque « camp » se sentant obligé de « rattraper son retard » sur celui d’en face…au nom de la sécurité.
Qui plus est, cette dérive sécuritaire nourrit  le détestable climat de néo-guerre froide. La ministre allemande de la défense, Annegret  Kramp-Karrenbauer, vient encore de le démontrer en brandissant la « menace » que représenterait la Russie et le « défi stratégique » qu’incarne la Chine.
En vertu de quoi, elle apporte aujourd’hui son soutien aux nouveaux plans de l’OTAN. Qui osera commencer à rompre avec cette logique diabolique mondiale ?
Une autre variante des horreurs commises dans « l’ Europe des droits de l’homme », au nom de la « sécurité » , vient d’être illustré par une initiative du gouvernement autrichien, qui dépasse l’entendement : la publication d’une « carte de l’islam » répertoriant les noms et adresses de plus de 600 associations musulmanes et mosquées du pays afin (dixit la ministre Susanne Raab) de débusquer « dans les arrière-cours » des « idéologies » opposées aux « valeurs de la démocratie libérale » ! Qu’est-ce sinon de l’ islamophobie? Si l’on ne sait pas toujours où commence la stigmatisation raciste, l’Histoire nous a appris où elle peut finir.  Est-ce donc si difficile de comprendre que la sécurité humaine est aux antipodes de toutes ces dérives ?

10 juin 2021 at 6:08 Laisser un commentaire

RÉFORME DE LA  PAC : GOUVERNEMENTS CONTRE PARLEMENT

Des négociations cruciales entre les deux co-législateurs européens -les gouvernements et le Parlement- portant sur une importante réforme de la Politique agricole commune (PAC) viennent d’échouer à Bruxelles. Elles doivent reprendre courant juin. Les enjeux de ce bras de fer concernent naturellement au premier chef les agriculteurs et le monde rural, mais nous touchent indirectement toutes et tous. Bref rappel de quelques repères de ce grand dossier. A ce jour : si les positions de la majorité des députés ne sont nullement satisfaisantes, celles des Etats membres visent à les tirer encore en arrière dans plusieurs domaines.
La dimension sociale, tout d’abord. Le Parlement européen (PE) demande une réduction des aides en cas d’infraction à la réglementation sur le droit du travail. Le Conseil (les gouvernements) s’y refuse très majoritairement, certaines capitales proposant, à la place, que les Etats adressent à la Commission d’ici le 1er janvier 2025…une évaluation de la situation sociale dans le secteur agricole ! Les positions respectives en matière de réduction des inégalités mérite également une mention. La question à trancher est : quelle part des paiements directs faut-il réserver aux petites et moyennes exploitations -« ces petites fermes qui assurent de la production, de l’emploi, la préservation de l’environnement et un tissu rural dense, gage d’une activité sociale et économique intense »(Confédération paysanne) ? 12% demande le PE. 7,5 rétorque le Conseil.
Quant au plafonnement des aides, qui va dans le même sens, la présidence du Conseil en exercice suggère qu’il soit…facultatif, chaque gouvernement restant libre de l’appliquer ou non. Cette tendance à aller vers une « PAC à la carte » s’affirme d’ailleurs plus généralement dans le cadre de cette réforme, avec le risque d’une distorsion de concurrence entre pays membres. Le PE, là encore, y est opposé, tandis que les Etats les plus libéraux -par ailleurs également chauds partisans des accords de libre échange- y sont très favorables. 
Enfin, il y a les controverses sur le « verdissement » de l’agriculture européenne. Cette évolution vise à garantir une alimentation durable et de qualité, à protéger l’environnement, à préserver la biodiversité. Elle passe par la réduction drastique de l’utilisation de pesticides dangereux; la  diminution sensible du recours aux engrais et, d’une façon générale, le renforcement des pratiques agro-écologiques.
Dès lors, quel pourcentage des aides consacrer aux « éco-régimes », ces paiements couplés à des pratiques plus respectueuses de l’environnement ? 30% demandent les députés. 20 à 25, répliquent les représentants des gouvernements.
Par delà ces chiffres, l’on ne peut isoler cette question de toutes les autres dimensions des problèmes à résoudre pour sortir par le haut de la crise que subit le monde agricole. Un débat de société associant les premiers intéressés serait le bienvenu avant le compromis final  .

3 juin 2021 at 3:36 Laisser un commentaire

EUROPE-TURQUIE : AMBIGUÏTÉS À TOUS LES ÉTAGES 


Nous avons toutes et tous encore en mémoire la déplorable et humiliante prestation du Président du Conseil européen, Charles Michel, à Ankara, fin avril dernier.
Pour expliquer son absence de réaction à l’attitude grossière de l’hôte turc à l’égard de la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, privée de fauteuil, le responsable de l’UE se justifia en des termes révélateurs : « Tout en percevant le caractère regrettable de la situation, nous avons choisi de ne pas l’aggraver par un incident public ». C’est que la mission de l’UE auprès du maître de la Turquie visait -par delà les critiques d’usage- à favoriser une réconciliation qu’avait dûment préparée, lors d’un précédent voyage, la Chancelière allemande, soucieuse d’obtenir du tyran du Bosphore le renouvellement du pacte migratoire entre les deux parties. 
La semaine dernière, ce fut au tour de la majorité des députés européens de miner le relativement bon rapport annuel portant sur l’état des relations entre l’UE et la Turquie en y insérant des passages proprement scandaleux. Le rapport qui vient d’être adopté a, globalement, une tonalité nettement critique à l’égard d’Ankara.
En fustigeant tant le « recul de la démocratie à l’intérieur du pays » que les « manœuvres agressives de politique étrangère » de ce pouvoir; en invitant l’UE à « donner la priorité à la dynamique société turque et à ses efforts en faveur de la démocratie »; en mettant en lumière la politique « impitoyable et systématique qui s’applique à toute activité critique comme le militantisme politique pacifique (des) Kurdes et (des) Alévis, (ou)  les manifestations organisées par d’anciens travailleurs du secteur public et des militants des droits des femmes et des personnes LGBTI ainsi que des victimes de l’état d’urgence, voire même à des événements qui ont eu lieu avant la tentative de coup d’Etat, tels que les manifestations de Gezi »; en proposant à l’UE et aux Etats membres d’inscrire « le mouvement raciste d’extrême-droite (…)dit  Loups gris » sur la liste des organisations terroristes; en condamnant fermement la répression du parti progressiste HDP et la mise en détention de ses élus et de ses dirigeants, notamment Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag; en condamnant « fermement la décision du gouvernement turc de se retirer de la convention d’Istambul » ou en encourageant celui-ci à reconnaître le génocide arménien, etc…, le Parlement européen a, en quelque sorte, sauvé l’honneur de l’UE.
Malheureusement, il a, à son tour, entaché la clarté de ses positions en osant saluer dans la Turquie d’Erdogan « un partenaire essentiel pour la stabilité de la région » -Les Chypriotes et les Grecs apprécieront !- et un « allié » avec lequel « les Etats membres de l’Union continuent de coopérer sur des questions d’importance stratégique dans le cadre de l’OTAN »…
Est-ce en raison de ces liens « stratégiques » qu’en France, l’enquête sur le triple assassinat des trois militantes kurdes se heurte au « secret-défense »? En l’occurrence, ambiguïtés rime avec complicité.

27 Mai 2021 at 8:28 Laisser un commentaire

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