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Le dernier coup de Jarnac de l’indigne M. Schäuble contre la Grèce dépasse l’entendement ! Elle fait suite à bon nombre d’autres manifestations de la vision repoussante de « l’Europe » qu’incarne mieux que quiconque le ministre des finances du gouvernement Merkel.
Rappelons les faits en question . Le gouvernement Tsipras, ayant enregistré un excédent budgétaire (hors service de la dette) supérieur à ce qui était exigé par les créanciers, a décidé de piocher dans ce surplus pour alléger un peu le calvaire de deux catégories de la population particulièrement sinistrées : les retraités les plus modestes et les habitants des îles où se concentrent des milliers de réfugiés. Aussitôt, à la demande expresse du grand argentier de Berlin, Athènes a été puni pour cette « action unilatérale intolérable » : l’allègement -lilliputien- du coût de la dette grecque, décidé au début de ce mois par les créanciers après d’interminables tergiversations, a été suspendu jusqu’à nouvel ordre ! Par cette sanction symbolique, Schäuble entend signifier spectaculairement au peuple grec que son sort dépend jusque dans le moindre détail du bon vouloir de ses créanciers.
Le ministre allemand est, certes, loin d’être le seul responsable européen à nourrir une obsession maladive de la « discipline budgétaire », et à se montrer imperméable à toute forme de solidarité ! Mais il y ajoute, à un degré inédit, un esprit de domination et une volonté de briser, voire d’humilier tous les récalcitrants -surtout s’ils sont en situation de faiblesse .
On en avait eu une illustration fin 2012 puis à nouveau en janvier 2013, lorsque la République de Chypre (membre de la zone euro) avait demandé avec insistance une aide financière d’urgence, son système bancaire ayant été gravement déstabilisé du fait de son exposition à la Grèce. Schäuble s’y opposa chaque fois : « Il faut vérifier si Chypre constitue un danger pour la zone euro dans son ensemble » osa-t-il répondre à ce petit pays aux abois ! Ce n’est que, des mois plus tard, lorsque le risque de contagion à d’autres pays de la zone fut avéré, qu’il consentit une « aide »…moyennant des « contreparties » à la limite du supportable pour la population.
Même quand elles émanent de son propre camp, les critiques lui paraissent intolérables. Exemple : la Commission européenne tente-t-elle de se racheter auprès des opinions publiques en suggérant, le 5 décembre dernier, pour la première fois, de songer à sortir de la politique d’austérité à tout crin ? Elle est immédiatement remise en place par le bras financier d’Angela Merkel : « le rôle de la Commission est d’évaluer si les budgets de chacun des pays correspondent aux règles européennes ! » lance-t-il à l’adresse de Jean-Claude Juncker, pourtant peu suspect de transgression. De même, lorsque le Fonds Monétaire International (FMI) énonce, comme la plupart des économistes, cette évidence : « la dette grecque est à un niveau tout à fait insupportable et aucune réforme structurelle ne pourra la rendre supportable sans mesure d’allègement », Schäuble envisage de se passer du concours financier du FMI plutôt que de céder à ses pressions et renouvelle vis-à-vis de Tsipras son chantage au « Grexit » : « la Grèce doit faire des réformes ou quitter la zone euro ! » Ce à quoi de plus en plus de voix, y compris dans des milieux très favorables à l’amitié franco-allemande, rétorquent : « Ce n’est pas d’un « Grexit » que l’Europe a besoin, mais d’un « Schäubxit ». Wolfgang Schäuble est le fossoyeur de l’Europe ». (1)
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(1) « Eurojournalist », quotidien franco-allemand du Rhin supérieur (16/6/2015)
5 janvier 2017 at 7:04
Eh oui : il peut même se produire qu’une bonne surprise nous arrive de « Bruxelles » ! Ce fut le cas , fin août, lorsque la Commission européenne condamna le géant américain Apple à une amende d’un montant dix fois supérieur au précédent record en la matière -13 milliards d’euros !- pour ses pratiques fiscales ahurissantes en Irlande ( où ce groupe a transféré les bénéfices réalisés dans les pays voisins sans pratiquement y payer d’impôts depuis…1991 grâce à un arrangement avec l’Etat en question ). « Un signal fort contre l’évasion fiscale envoyé aux multinationales » salua aussitôt Oxfam-France, pourtant habituellement critique à l’égard de l’exécutif européen auquel elle reprochait encore, en avril dernier, avec raison, de chercher « davantage à sauver la face après le scandale des Panama Papers plutôt qu’à résoudre le problème de l’évasion fiscale ».
Cette mesure , atypique par son montant, fut, en effet, d’autant plus significative qu’elle intervint après celle qui avait déjà frappé d’autres grandes firmes adeptes de « l’optimisation fiscale » débridée, comme Starbucks ou Fiat Chrysler, et qu’elle marqua, avec Apple, une claire montée en gamme. D’autres grands groupes ont, entretemps, été l’objet de lourdes amendes pour des pratiques similaires ou sont en passe de subir le même sort : IKEA, Amazon, Mc Donald, Engie (ex-GDF Suez) ainsi que…35 multinationales indûment favorisées sur le plan fiscal par l’Etat belge, parmi lesquels BP, BASF, American Tabacco etc…Le plus surréaliste est que certains de ces Etats refusent d’encaisser les montants de ces redressements XXL de peur de perdre leur « attractivité » fiscale !
L’attitude offensive adoptée par la Commission dans toutes ces affaires mérite d’autant plus attention qu’en principe, en vertu des traités européens, les mesures touchant à la fiscalité doivent être décidées… à l’unanimité des Etats membres. Or, nombre de pays de l’UE -Luxembourg, Pays-Bas, Belgique, Irlande, Grande-Bretagne…-misent ouvertement sur le dumping fiscal pour attirer les entreprises au détriment de leurs « partenaires » européens.L’élément nouveau est le fait que la Commission européenne s’est enfin décidée à contourner cet obstacle en se servant -pour une fois à bon escient- d’une arme redoutable dont elle est seule dépositaire parmi les institutions européennes : la chasse aux « aides d’Etat illégales ». Chaque Etat membre est, certes, jusqu’ici, libre de fixer le taux de l’impôt sur les sociétés au niveau qu’il souhaite, mais les règles européennes interdisent de privilégier une entreprise par rapport à toutes les autres -ce qui est le cas avec tous ces arrangements fiscaux de certains Etats européens avec ces multinationales.
Pourquoi ce virage ? D’abord, les sommes gigantesques détournées par les plus grands groupes manquent cruellement aux Etats, dont certains -des deux côtés de l’Atlantique- sont à présent décidés à enrayer l’hémorragie . Ensuite, une partie des milieux dirigeants européens, sentant le sol se dérober sous leurs pas, est consciente de l’exigence vitale d’une reconquête de la confiance des Européens.
Est-il besoin de dire qu’on reste loin du compte ? Une récente directive « anti-abus » en matière d’évasion fiscale illustre cet entre-deux : elle vise à obliger ( à partir de 2018 ) les grandes entreprises à communiquer aux administrations fiscales les bénéfices réalisés dans chaque pays où elles sont implantées , afin d’éviter les transferts de profits vers des paradis fiscaux, mais elle garantit à ces groupes …la confidentialité de ces informations, retirant par là même l’effet dissuasif de la mesure. C’est le moment de faire monter les exigences : en particulier celle d’une harmonisation de l’impôt sur les sociétés sur la base d’un taux minimum le plus élevé possible.
20 octobre 2016 at 5:02
Le choix scandaleux et déshonorant de Manuel Barroso de se vendre à l’un de ses anciens « contacts », la banque d’affaires américaine, fauteuse de crises à la réputation sulfureuse, Goldman Sachs, après avoir présidé, dix ans durant, la Commission européenne, a suscité un vent d’indignation tant parmi les citoyens qu’au sein même des institutions européennes.
Cette affaire était encore sur toutes les lèvres qu’un nouveau scandale consternant éclaboussait l’ex-Commission Barroso : Neelie Kroes, qui fut, de 2004 à 2014, l’un des piliers de l’exécutif européen, chargée du tout-puissant portefeuille de la « concurrence » avant d’être promue à la vice-présidence de la Commission, avait « oublié » qu’elle exerçait une responsabilité de direction dans une très opaque société offshore du paradis fiscal des Bahamas . Des cas flagrants de conflit d’intérêt si ce n’est de corruption -ce que les enquêtes devront établir.
Comment réagir face à des comportements aussi indignes qu’inacceptables de la part d’anciens hauts responsables politiques ? Sanctionner durement tout ce qu’ils ont commis d’illégal et durcir sensiblement les règles qui leur ont permis , le cas échéant, d’enfreindre « légalement » le code de déontologie correspondant à de si hautes fonctions ? Certainement. Mais cela ne fera pas le compte. Pour une raison bien triste mais trop réelle : ces deux affaires ne constituent que la partie émergée de l’iceberg dans une « Europe des marchés » , où la connivence entre finance et politique est la chose la mieux partagée.
Je ne veux pas du tout insinuer par là que tous les commissaires européens, ni même la majorité d’entre eux, seraient assimilables aux deux individus en question. J’en ai côtoyé de nombreux -fussent-ils des adversaires politiques patentés- à qui personne n’a jamais eu à reprocher d’avoir mis leur mission au service d’intérêts personnels. Pour autant, Barroso et Kroes sont loin d’être les premiers ex-membres de la Commission à avoir pratiqué le « pantouflage » -c’est à dire avoir, sinon pendant leur mandat, du moins après leur départ de l’exécutif européen, chèrement valorisé leurs connaissances et leur carnet d’adresses dans une grosse multinationale, travaillant de préférence dans leur domaine de compétence. Une ONG spécialisée dans ce type d’investigation et réputée pour son sérieux avait ainsi révélé à la fin du premier mandat de Barroso, en 2010, que 6 des 13 commissaires de son équipe avaient quitté leur poste pour se placer au service de grandes entreprises privées (1). Devant le tollé que provoqua déjà cette divulgation, le Président de la Commission s’engagea par écrit à ce que dorénavant les règles seraient alignées sur « les meilleures pratiques en Europe » (2). Ce ferme engagement n’empêcha pas qu’à l’issue de son second mandat, en 2015, la Commission Barroso compta… 9 membres (sur 28) « recyclés » dans de grands groupes privés, pour y exercer des fonctions interférant avec leurs anciennes missions publiques ! S’agirait-il chaque fois de quelque mouton noir égaré qu’il suffirait de punir ? Evidemment non: rappelons que chacun(e) de ces commissaires a , auparavant , exercé d’importantes responsabilités dans son pays , avant d’être proposé à l’UE par son gouvernement. Le mal est donc plus profond.
Dès lors, où gît le lièvre ? Dans les rapports incestueux qu’entretient quotidiennement l’exécutif de cette « Europe des marchés » avec les plus grands groupes et leurs puissants lobbies . Les « portes tournantes »entre les instances publiques et les intérêts privés y sont considérées comme naturelles. Ce n’est qu’au prix de ruptures radicales avec cette vision frelatée de la construction européenne qu’on tarira la source des « affaires » pour se concentrer sur la recherche du bien commun.
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(1) Il s’agit de l’ONG « Corporate Europe Observatory ».
(2) Lettre de la Secrétaire générale de la Commission à ALTER-EU Steering Committee (9/6/2011)
29 septembre 2016 at 11:41
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