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10 HEURES POUR LA SOLIDARITE ET LA PAIX

wurtz-l-humanite-dimanche« Merci ! Faites une réunion comme celle-là chaque mois ! » lança un invité africain à la fin de la « Conférence mondiale pour la paix et le progrès » organisé par le Parti communiste français le 1er juin dernier sous la coupole d’Oscar Niemeyer. A en juger par la réaction spontanée de tous ceux qui ont entendu ce cri du coeur en quittant la salle , le sentiment était largement partagé. C’est peu dire que nous-mêmes, comme les progressistes des cinq continents en général, nous avons tous un besoin vital de telles bouffées d’oxygène dans le moment difficile que traverse notre combat. En réussissant à faire se rencontrer aujourd’hui des acteurs au profil aussi divers et pourtant aux objectifs aussi convergents, ces 10 heures dédiées à la solidarité et à la paix constituent à mes yeux un acte politique exemplaire . Pour en mesurer l’intérêt, voici quelques brèves pépites de la mine d’expériences, de sensibilités et d’espoirs que nous ont offertes les 80 invités d’un jour.

« Le processus de paix (1) a transformé la société irlandaise. La réconciliation doit devenir la nouvelle dynamique, en prenant en compte l’héritage de souffrances de notre peuple » a déclaré l’éminent dirigeant du Sinn Fein, Pat Doherthy, précisant au passage sa position face au « Brexit » : « il faut changer l’Europe, pas en sortir ! » Retenu en Turquie, c’est par vidéo que Sélahattin Demirtas, le courageux leader progressiste du HDP, devenu la bête noire du tyran Erdogan, a exhorté les forces de paix à se rassembler : « être aussi unis que les tenants de la guerre est un défi primordial ! » nous a-t-il lancé. Côte à côte, la représentante du Parti du peuple palestinien et le Secrétaire général du Parti communiste israélien ont placé leur « confiance dans la solidarité internationale » (PPP) car, « sans pression internationale, le gouvernement Nétanyahou n’acceptera aucune solution de paix » (PCI). Militant de longue date de la cause des droits de l’homme en Syrie, Haytam Manna a fustigé le choix de la violence, tant de la part du régime de Damas que de celle de la Turquie, des pays du Golfe et de l’Iran. Il regretta que « la France (se soit) exclue d’elle-même » de tout règlement politique du conflit lorsque Laurent Fabius a déclaré que « les gens d’Al Nosra ( Al Qaeda ! ) font du bon boulot » sur le terrain ! Le même rejet de l’illusion des « solutions » militaires aux conflits fut exprimé par Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali et figure progressiste internationalement reconnue, pour qui « la crise au Mali est la conséquence de l’agression contre la Libye ». Elle attire l’attention sur la contradiction des dirigeants européens qui disent à Verdun : « Plus jamais ça ! », mais font la guerre en Afrique, tout en rejetant les migrants qui meurent par milliers en Méditerranée. »

Des convergences prometteuses se sont également faites entendre parmi les invités français : depuis Françoise Dumont, la Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, prônant « la solidarité contre la pratique des boucs-émissaires » jusqu’à Claire Fehrenbach, la Directrice générale d’OXFAM-France, mettant en cause « le capitalisme sauvage » responsable du « fossé qui se creuse » entre riches et pauvres, en passant par Paul Quilès, ancien ministre de La Défense devenu un militant acharné et convaincant du désarmement nucléaire , ou encore Nicolas Hulot, Président de la Fondation pour l’homme et la nature, appelant à « redonner du sens au progrès ».

Laissons néanmoins le mot de la fin à la porte-parole du Maire d’Hiroshima appelant à renforcer « le réseau des Maires pour la Paix » déjà riche de 7000 villes du monde. Au total, une belle illustration du nécessaire « travail entre courants progressistes de plus en plus divers » auquel appela Pierre Laurent car « le monde solidaire est notre combat à tous ».

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(1) Accord de 1998 entre les Républicains et les « Unionistes » d’Irlande du Nord ainsi que la Grande-Bretagne et la République d’Irlande pour une solution politique du conflit.

9 juin 2016 at 6:26 Laisser un commentaire

« RÉINSTALLER L’HUMAIN AU CENTRE DE TOUT » ! (1)

wurtz-l-humanite-dimancheJ’étais plongé dans le dernier ouvrage de Bertrand Badie -« Nous ne sommes plus seuls au monde »- lorsque j’appris que Bruxelles était à son tour frappée par un monstrueux carnage. Le choc et l’effroi provoqués par ces images de mort et de désolation dans cette ville si proche donnèrent après coup à certains passages du livre de cet éminent expert progressiste des relations internationales un relief particulier (1).

C’est naturellement le cas du chapitre intitulé « Après le 13 novembre » . L’auteur y développe ce qu’il appelle « la double responsabilité » de la société française après cette tragédie. La première coule de source et a trait au comportement au quotidien : « Ne pas céder à la peur, aux stéréotypes, à la haine, à la simplification ». L’expérience montre qu’il est loin d’être superflu de rappeler ces principes de base. La seconde « responsabilité » évoquée est bien plus exigeante : elle vise à créer les conditions d’une « nouvelle politique étrangère de la France ». Pourquoi ? Badie juge que la politique française , depuis une bonne dizaine d’années au moins, est atteinte de « myopie » et de « conservatisme ». Il est grand temps, estime-t-il ( avec raison ), de « commencer à construire l’altérité ( la reconnaissance de l’autre dans sa différence ), ( de )vivre avec des flux de populations, d’idées, de croyances qui ne nous sont pas familières, ( de ) tenir compte de l’apport de l’autre, ( de ) savoir même en faire une part de notre héritage commun ». Et de plaider pour que soit stimulée la connaissance et favorisée la compréhension des autres cultures : « La seule façon d’affronter la mondialisation et d’abaisser le seuil de violence consiste précisément à créer du lien social à l’échelle du monde ». Dès lors, une réponse militaire aux attentats est inadaptée car « elle entretiendra des situations de violence croissante et de plus en plus intraitables ». Une thèse qui ne vaudra sans doute à Bertrand Badie ni les louanges de l’Elysée ni la mansuétude d’un Premier Ministre pour qui « expliquer, c’est excuser »… Gageons que l’indulgence des actuels -tout comme des précédents !- dirigeants du pays n’est pas, en l’occurrence, le but recherché.
Pour autant, ce livre n’a rien d’un pamphlet polémique. C’est d’abord une mine de références historiques destinées à rendre intelligibles la marche du monde , ses contradictions et ses ruptures à l’heure de la mondialisation. C’est ensuite, tel un fil rouge, un suivi de l’émergence des « exclus du système international », du Mouvement des Non-Alignés aux actuels BRICS ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud…) . C’est également une illustration magistrale de la place sans précédent prise par les citoyens, les acteurs non étatiques dans la vie internationale. La révolution de l’information et de la communication y a non seulement favorisé l’irruption des « sociétés civiles » mais développé de façon exponentielle les relations multiformes  entre elles, bousculant par là-même « l’ordre international ». Enfin, tout ce livre est un vibrant plaidoyer en faveur d’une « ouverture au monde », avec un focus sur « les insécurités humaines » qui affectent les pays du sud.
Sans nécessairement partager toutes les positions qui y sont développées, on y trouve des professions de foi qui ne dépareraient  pas notre journal . Qu’on en juge : »Si on ne réinstalle pas l’humain au centre de tout, au-dessus du profit, de la compétitivité , de la production, d’un identitarisme incontrôlé, de la promotion de telle idéologie ou de tel ou tel modèle, si on ne remet pas l’homme au centre de la vie, on risque d’être rongé par ces sursauts conservateurs , ignorants, obscurantistes, routiniers et conformistes « . Stimulant !

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(1) Bertand Badie : « Nous ne sommes plus seuls au monde » ( Édition La Découverte – 2016 )

31 mars 2016 at 8:59 Laisser un commentaire

A PROPOS DE « L’EUROPE DIFFÉRENCIÉE » CHÈRE A J-M AYRAULT

wurtz-l-humanite-dimancheNotre nouveau Ministre des Affaires Étrangères, Jean-Marc Ayrault, vient de s’expliquer sur sa conception de l’Europe (1) . C’était au lendemain de la capitulation déplorable des dirigeants européens face au chantage du Premier Ministre britannique . Comment réagit-il au droit accordé à Londres de violer l’un des rares principes égalitaires de l’union européenne en privant les résidents européens à faibles revenus des aides sociales accordées aux Britanniques de même condition ? « David Cameron avait demandé à l’Europe qu’elle l’aide à gagner son référendum. C’est ce que nous avons fait » , plaida-t-il. Plus généralement, selon le Ministre : « Chacun doit accepter une Europe différenciée dans laquelle ceux qui veulent plus d’Europe pourront avancer et ceux qui ne veulent pas aller plus loin n’y feront pas obstacle » . Voilà une formule trompeuse par excellence.

Une « Europe différenciée » ? En soi, pas de problème . Non seulement, à gauche, nous l’acceptons, mais nous la revendiquons ! Pour une double raison . D’abord, parce que « l’Europe » procède de nations au parcours historique et aux références culturelles spécifiques. Ensuite et surtout, parce qu’il n’y a, en démocratie, rien de plus légitime que le droit de chaque peuple de choisir son destin . Or, les options politiques d’un peuple à un moment donné ne correspondent pas nécessairement aux aspirations, tout aussi légitimes, de la majorité de ses voisins. Ces différences-là ne doivent , en effet, nullement empêcher les pays concernés de coopérer le plus étroitement possible. Mieux : face à l’interdépendance qui se manifeste dans les domaines de plus en plus nombreux -financiers, économiques, environnementaux, culturels, politiques- il est hautement souhaitable que puissent être élaborées , le plus souvent possible, des réponses communes aux enjeux communs. C’est ce que les communistes appellent « une Union de nations et de peuples souverains et associés » (2) . Et ils ajoutent : « Une Union à géométrie choisie » . Cela veut dire : chaque société a le droit de décider dans quels domaines elle accepte d’exercer sa souveraineté en commun avec d’autres sociétés.

Est-ce cela que préconise Jean-Marc Ayrault ? Evidemment non ! Avec ce projet de gauche, il s’agirait d’une union émanant des peuples, réalisée autour d’objectifs et sur des bases librement choisis et clairement assumés à chaque étape par les citoyens de chaque pays membre . Cela s’appelle la souveraineté populaire . C’est précisément parce qu’elle ignore ce droit imprescriptible que l’Union européenne suscite un véritable phénomène de rejet auprès de tant de citoyens qui ne sont pourtant ni nationalistes ni europhobes. « L’Europe différenciée » chère à notre ministre, c’est en quelque sorte la juxtaposition d’une Europe libérale de type fédéral ( à la Merkel ) et d’une Europe libérale de conception souverainiste ( à la Cameron ) !

A aucun moment, il n’aborde la question de base : « que voulons-nous faire ensemble ? Si la finalité principale est « l’économie de marché où la concurrence est libre » et ses traductions concrètes l’austérité, la dérèglementation, et le torpillage du code du travail, comment s’étonner de la révolte des peuples -dramatiquement instrumentalisée, faute d’alternative visible, par les populismes bruns !

Depuis quelques temps, des dirigeants européens eux-mêmes disent craindre une « désintégration » de l’Union européenne. Ce n’est pas à souhaiter. Raison de plus pour rouvrir sans délai le débat sur sa « refondation ».

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(1) Journal du Dimanche ( 21/2/2016 )
(2) PCF : « Refonder l’Europe » ( Convention du 15/11/2013 )

25 février 2016 at 12:21 Laisser un commentaire

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