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JUSQU’OÙ LAISSERA-T-ON ALLER « L’ALLIÉ » ERDOGAN ?

wurtz-l-humanite-dimancheLa même complaisance manifestée il y a 25 ans par nos « élites » envers un tyran intouchable de l’époque -Hassan II du Maroc-, on l’observe à nouveau , de nos jours, à l’égard d’un autre autocrate ultra-conservateur , nationaliste et répressif, adepte lui aussi d’alliances inavouables : le Président turc, qui se rêve en nouveau sultan tout-puissant et craint , Recep tayyip Erdogan. Aussi, comme ce fut le cas, il y a un quart de siècle, avec les révélations sur « Notre ami le Roi » (1) , est-il grand temps de placer les laudateurs -en particulier français et européens- de ce dangereux personnage devant leurs responsabilités. Le temps presse, car sa haine anti-kurdes ne connaît plus aucune limite. Depuis samedi dernier, le fauteur de guerre d’Ankara a franchi un nouveau seuil de l’irresponsabilité en bombardant les forces kurdes des YPG de Syrie -fer de lance universellement reconnu du combat contre Daech- coupables, à ses yeux, d’avoir repris des positions stratégiques à des groupes djihadistes ( Ahrar Al-Cham ) financés et armés par la Turquie ! Et c’est de…Washington qu’est venue « l’exhortation à cesser ces tirs » ! Ce n’est qu’ après une deuxième journée de bombardement que, du côté français et européen , l’on se résigna à briser enfin un long silence gêné.

Il en va ainsi depuis le déclenchement, par Erdogan, l’été dernier, de la chasse aux Kurdes, d’une sauvagerie inouïe en Turquie même. Le quartier historique de Diyarbakir est un champ de ruines. Les principales villes du Sud-Est anatolien sont dévastées. Les couvre-feu imposés signifient pour les habitants l’obligation de se cloîtrer chez eux, sans accès à la nourriture ni aux soins, et le risque d’être pris pour cible par des troupes fanatisées par le nationalisme anti-kurde qui voit des « terroristes » partout ! D’où d’innombrables victimes civiles parmi lesquelles nombre d’enfants ! Quant au siège de la ville de Cizré ( 120 000 habitants ) depuis plus de deux mois, il entrera dans l’Histoire des grands crimes de guerre : en particulier le récent massacre de plus de 70 personnes réfugiées dans des caves, pilonnées jour et nuit par des tirs de tanks , et dont les corps ont, ensuite, été dispersés pour faire croire à des victimes isolées.

Et pourquoi ce déchaînement de fer et de feu ? « Pour mettre hors d’Etat de nuire les terroristes du PKK » -répondent les « autorités ». De fait, de jeunes combattants de cette organisation -contre l’avis du co-président du parti le plus représentatif des Kurdes, le HDP : Selahattin Demirtas- ont repris les armes contre les forces de répression turques, jusque dans les villes. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que l’origine de ces actes de désespoir est la rupture unilatérale , par Erdogan, des négociations de paix entre l’Etat turc et le leader historique kurde ( emprisonné ) , Abdullah Öcalan, qui se déroulaient depuis 2013 ! Öcalan avait, en effet, réussi à obtenir de la plupart des combattants du PKK qu’ils arrêtent la lutte armée et même qu’ils quittent le pays ! C’est cette chance historique qu’Erdogan a délibérément gâchée après les élections de juin 2015 marqué par le succès éclatant du HDP. Car ce résultat a ruiné l’ ambition du maître d’Ankara de s’octroyer les pleins-pouvoirs en changeant la Constitution. Erdogan a tiré de cet échec stratégique la conclusion qu’une lutte politique, démocratique et pacifique profiterait au HDP. C’est alors qu’il a décidé de relancer le cycle infernal de la violence et de la guerre contre les Kurdes . Un tel personnage ne peut être un allié de la France ni de l’Europe ! Une seule position doit prévaloir : il n’y a pas de solution militaire au problème kurde ! Il faut cesser le feu ! Il faut cesser les violences ! Il faut revenir aux pourparlers de paix !

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(1) Ce livre de Gilles Perrault (1990) révéla au grand public la nature réelle du régime marocain d’alors et mît au jour les complicités du « beau monde » français avec le monarque.

18 février 2016 at 9:50 2 commentaires

LA GAUCHE EUROPÉENNE SOLIDAIRE DU PEUPLE KURDE

wurtz-l-humanite-dimancheLe groupe de la « Gauche Unitaire Européenne » (GUE-NGL) du Parlement européen multiplie , ces jours-ci, les initiatives de solidarité avec le peuple kurde en général, et le grand parti progressiste de Turquie, le HDP, en particulier. D’abord, avec d’autres groupes, il avait demandé et obtenu la tenue d’un débat sur la situation alarmante dans ce pays , lors de la session du Parlement européen qui vient de s’achever. Ensuite, il a apporté son soutien aux intellectuels de Turquie interpellés pour avoir signé une pétition demandant « que l’Etat cesse son massacre délibéré » des Kurdes. Enfin, il s’apprête à accueillir -pour la 12ème année consécutive !- une Conférence internationale sur le thème : « L’Union européenne, la Turquie et les Kurdes », les 26 et 27 janvier prochains à Bruxelles.

Parrainée par plusieurs lauréats du Prix Nobel de la Paix, cette initiative sera notamment marquée par la présence et l’intervention de Selahattin Demirtas, co-Président du parti HDP de Turquie et de Salih Muslim, co-Président du PYD du Kurdistan syrien. Ces deux éminentes personnalités sont aujourd’hui les « bêtes noires » de l’autocrate nationaliste Erdogan. Au premier, le Chef de l’Etat turc ne pardonne pas l’autorité politique et morale acquise en 2015, qui l’ont empêché d’accomplir son rêve obsessionnel : obtenir la majorité nécessaire à l’établissement d’un régime ultra-présidentiel, sorte de néo-sultanat sans contre-pouvoir.  Quant au second, il a, aux yeux du maître d’Ankara, commis le crime rédhibitoire de construire , dans la région kurde de Syrie ( Le Rojava , frontalier avec la région kurde de Turquie ), une entité autonome. Pour torpiller cette expérience démocratique -menée à bien au prix d’un combat héroïque de tous les jours contre les terroristes de « Daech »-  Erdogan , paniqué à l’idée d’une contagion de l’exemple des Kurdes de Syrie parmi la minorité kurde de Turquie, a manifesté les complaisances ignobles que l’on sait à l’égard du groupe « Etat islamique ». C’est dire si nous suivrons avec un intérêt tout particulier les témoignages de ces deux invités de marque, et si notre soutien leur est acquis !

 Il est , en effet, inconcevable que, sous le prétexte -au demeurant aussi indigne qu’illusoire- que les « 28 » comptent sur le dictateur turc pour empêcher les réfugiés syriens  de tenter de rejoindre nos côtes, l’ « Europe des droits de l’homme » s’interdise toute action susceptible d’indisposer son irascible « allié » de circonstance !

Il nous appartient aussi de nous tourner vers les dirigeants de la France , qui, dans le même mouvement que ceux de l’Union européenne , apportent au régime Erdogan une caution devenue insupportable dans le contexte actuel. C’est une véritable guerre que ce tyran a relancé contre les Kurdes : avec ses morts et ses blessés par milliers, ses innombrables destructions jusque dans les quartiers historiques des villes, son climat de terreur, ses interminables couvre-feu, ses arrestations de masse , en particulier d’élus du HDP, ses menaces directes contre le leader de ce parti, Demirtas -ce défenseur infatigable d’une solution politique et non militaire du conflit- , et, à présent, sa chasse aux sorcières contre tous ceux qui osent critiquer cette fuite en avant vers le chaos, aussitôt assimilés à des « complices des terroristes » ! Cet homme est irresponsable et dangereux. Il ne peut en aucun cas être notre « allié » !

21 janvier 2016 at 11:18 Laisser un commentaire

IL FAUT SAUVER LES EFFORTS DIPLOMATIQUES SUR LA SYRIE !

wurtz-l-humanite-dimancheAssiste-t-on au torpillage délibéré de la mince mais inespérée chance de construction d’une transition politique en Syrie , seule issue à cette guerre atroce dont se nourrit Daech ? En exécutant le dignitaire chiite Nimr Al-Nimr , opposant résolu mais pacifique au régime féodal d’Arabie saoudite, Ryad pouvait-il ignorer que sa provocation à l’encontre de la communauté chiite en général et de l’Iran en particulier allait jeter de l’huile sur le feu des lourds contentieux qui opposent les deux puissances rivales du Proche-Orient et , partant, les deux courants de l’Islam que celles-ci prétendent représenter ?

Tout se passe comme si le nouvel homme fort de la dynastie wahhabite , obsédé par le retour de l’Iran sur la scène internationale, redoutait qu’un règlement politique de la crise syrienne ne permette par trop à Téhéran de mettre le pied à l’étrier . Or, pour qui voulait enrayer la dynamique diplomatique en marche, le temps pressait : le 25 janvierprochain, le représentant spécial de l’ONU en Syrie, Staffan de Mitsura, devait réunir à Genève des émissaires du régime de Damas et de l’opposition pour explorer la possibilité d’aboutir à un gouvernement de transition !  La « communauté internationale » -en l’occurrence les États qui travaillent depuis des semaines à créer les conditions d’une négociation susceptible d’ouvrir la voie à une hypothétique solution politique au conflit syrien- ne peut laisser s’évanouir le timide espoir de paix qu’elle vient tout juste de faire naître !

Rappelons les progrès prometteurs enregistrés à cet égard au cours des dernières semaines . Le 30 octobre 2015, une première session de la Conférence de Vienne réunit , sous l’égide de l’ONU, 17 pays parmi lesquels  les pays occidentaux, la Russie, l’Iran ( une « première » ! ), l’Arabie saoudite et la Turquie ! Tous appellent à un cessez-le-feu ( sauf concernant le groupe « Etat islamique » !) dans toute la Syrie, à l’ouverture de négociations entre le pouvoir de Damas et l’opposition, et à la tenue d’élections. Il demeure évidemment de profondes divergences entre les protagonistes de cet accord, notamment sur le sort de Bachar Al-Assad, mais un cap majeur est franchi. Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry , a même déclaré qu’il n’insistait pas sur le changement de régime. Quant à la France, elle a renoncé à faire du départ d’Al-Assad un préalable. Ce sera, le moment venu, aux Syriens d’en décider.

Le 14 novembre, les mêmes se retrouvent dans la capitale autrichienne. Cette fois, ils s’accordent sur une feuille de route pour une transition politique en Syrie : « cessez-le-feu » ,  » processus mené par les Syriens » qui établira « d’ici six mois » un calendrier pour rédiger une nouvelle Constitution », « élections libres » dans les 18 mois…On imagine l’empressement de l’Arabie saoudite, « parrain » officieux des djihadistes « modérés » du Front al-Nosra, branche d’Al-Qaeda en Syrie, à s’engager dans ce processus…Enfin, le 18 décembre dernier, le Conseil de sécurité des Nations-Unies adopte à l’unanimité la résolution sur une sortie de crise en Syrie . Après quatre ans et demi de guerre sans merci, ce fut une avancée historique ! La véritable bataille pour la paix pouvait enfin commencer. C’est tout ce fragile édifice que la provocation de Ryad menace aujourd’hui .

On attend de Paris, qui s’est, jusqu’ici, suffisamment compromis avec le régime saoudien, devenu, au prix d’une escadrille de « Rafales », son allié privilégié dans la région, qu’il pèse de tout son poids, et sans perdre de temps, pour obtenir de Ryad la fin d’une escalade irresponsable et le retour à la table des négociations.

14 janvier 2016 at 12:58 Laisser un commentaire

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