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SELON QUE VOUS SEREZ CAMERONE OU TSIPRAS…
« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »…L’Union européenne vient encore d’illustrer la brûlante actualité de cette célèbre morale d’une fable de La Fontaine vieille de plus de trois siècles (1) ! On se rappelle tous l’intransigeance absolue des autorités européennes à l’encontre de la Grèce qui ne demandait qu’une chose : « que l’Europe revienne à ses principes fondateurs ( afin de permettre à notre peuple ) de vivre avec dignité en Europe, de travailler et de prospérer en Europe, d’être égaux en Europe ». (2) La réponse des usuriers de Bruxelles à cette profession de foi en faveur d’une Europe juste et solidaire fut l’ignoble chantage à la banqueroute et à l’expulsion de la Grèce de la zone euro !
A l’opposé , l’ultimatum adressé par le Premier Ministre britannique aux dirigeants européens -en substance : « ou vous renoncez à des principes fondamentaux de la construction européenne, tels que l’égalité de traitement entre citoyens nationaux et européens, ou je me prononcerai pour que la Grande Bretagne quitte l’UE »- a été accueilli avec bienveillance par le Président du Conseil européen : un pays de « l’Union » pourra couper les aides sociales aux résidents originaires d’autres pays membres ! D’un côté, la domination brutale contre un europhile constructif mais faible ; de l’autre, la capitulation servile face à un europhobe destructeur mais fort. Cette énormité mérite qu’on s’y arrête.
Pendant des mois, la plupart des voix « autorisées » annonçaient que ce type d’exigences du dirigeant britannique était irrecevable par l’Union européenne, tant il touchait à l’essence même du projet européen, aux yeux de la grande majorité des citoyens de l’UE. Ainsi, tel journaliste qui passe pour particulièrement « bien informé » sur les « coulisses de Bruxelles » jurait-il il y a un an que « Cameron sait parfaitement qu’il n’obtiendra rien » (3) Mieux : l’ex-Ministre français des finances, devenu entre-temps Commissaire européen, Pierre Moscovici, affirmait il y a trois ans déjà , de façon tout aussi péremptoire : « David Camerone n’obtiendra rien de ses tentatives de renégociation de la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne » (4) . Dès lors, qu’est-ce qui a poussé les caciques européens à accepter finalement ce que même leurs plus dévoués thuriféraires avaient longtemps cru totalement inacceptable ?
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(1) « Les animaux malades de la peste » de Jean de La Fontaine (1621-1695 )
(2) Discours d’Alexis Tsipras, Premier Ministre grec -4/7/2015
(3) Jean Quatremer ( Blog remis à jour le 16/2/2015 )
(4) Intervention devant la City de Londres le 25/2/2013 ( voir ambafrance-uk.org )
HARO SUR LA GRÈCE ! TROP, C’EST TROP !
Mais où va s’arrêter le harcèlement du peuple grec et de son gouvernement ! Depuis une quinzaine de jours, cet indécent hallali atteint des sommets insupportables ! Il y eut d’abord le clash du 18 janvier dernier : les représentants des créanciers décident de reporter le déblocage d’une nouvelle tranche des prêts promis en juillet 2015 et, à plus forte raison, l’ouverture de négociations pour l’allègement de la dette . En cause : l’amputation de 15% des pensions pour les futurs retraités ne suffit pas aux usuriers. Ils veulent que cette coupe drastique s’applique aussi aux retraités actuels ( qui touchent en moyenne 750 € par mois ). Une fois de plus, les dirigeants grecs sont sommés de « négocier » le couteau sous la gorge: ils doivent rembourser 1,5 milliard d’euros en février et 2,5 autres un mois plus tard. Ils ont donc besoin de l’argent promis, y compris pour boucler le budget courant. Et, comme l’a récemment rappelé le ministre grec du travail, Giorgos Katrougalos, à propos de la douloureuse décision prise le 13 juillet de céder au diktat de l’eurogroupe : « Quand nos créanciers ont organisé la fermeture des banques, nous avons bien recherché des appuis ailleurs (…) mais il n’y avait pas de financement alternatif à celui de l’Union européenne. C’était l’impasse ». La situation n’a pas changé à cet égard…
2016 : UNE ANNÉE QUI VA COMPTER POUR L’EUROPE !
L’ année qui débute interpelle fortement le « peuple de gauche » dans toute l’Europe ! Nombre de défis vont s’exacerber dans les prochains mois . Petit rappel de l’état des lieux.
A tout seigneur tout honneur : commençons par la bonne surprise que nous ont réservée les forces démocratiques du Portugal et de l’Espagne ! Dans le premier cas, une chance existe que l’alliance inattendue entre le Parti socialiste, le Parti communiste et le Bloc de gauche enraye la logique « austéritaire » dont ce pays était l’un des laboratoires européens. Dans le second, l’irruption de Podémos dans le paysage politique est la preuve que le coup de force européen contre la Grèce n’a pas tué la volonté de changement dans les pays voisins. L’Europe du sud fait renaître l’espoir !
Il n’en va pas de même de l’autre défi majeur de la prochaine période : celui de l’accueil des réfugiés, chassés de leur pays par la misère, l’oppression et les ravages de la guerre. Tandis qu’un peu partout, les frontières se referment et des murs s’érigent ( Adieu Schengen ?) les dirigeants européens recherchent le salut dans le marché indigne passé avec le dictateur turc et massacreur du peuple kurde : argent et caution politique contre rétention des réfugiés ! De dures batailles en perspective !
Par ailleurs, la question de l’euro et de son utilisation restera au cœur du débat européen. La Banque centrale européenne (BCE) a beau créer de toutes pièces 60 milliards d’euros par mois (!) et prêter ces sommes colossales aux banques quasi gratuitement ( à…0,05% ! ), cela ne relance ni l’économie ni l’emploi, mais nourrit au contraire les opérations financières. Même des observateurs peu axés sur la critique des politiques européennes sont conduits à le reconnaître : « Les liquidités injectées par la BCE alimentent la hausse des Bourses et des marchés financiers » (1) Et pour cause : l’idéologie libérale qui guide l’euro depuis sa création s’oppose radicalement à ce que l’argent crée par la BCE aille aux Etats pour les libérer des pressions des marchés de capitaux et que ses taux quasi-nuls soient strictement réservés à des investissements créateurs d’emplois de qualité et de richesses utiles à la société -en particulier des services publics. Faire de ce type de transformation un objectif de luttes populaires massives : voilà qui ouvrirait des perspectives !
Mais il y a encore nombre d’autres questions d’envergure qui vont se poser avec force et qui appellent des débats de fond et des interventions citoyennes. Ainsi : gare aux concessions de Bruxelles à l’ultra-conservateur Cameron pour tenter de retenir les Britanniques dans l’UE ! Attention à la dérive à la fois sécuritaire et militariste en cours en Europe -France en tête- au nom de la « guerre au terrorisme »! Quelles suites vont-elles être réservées à la COP 21pour concrétiser les ambitions affichées à Paris ? N’oublions pas le TAFTA , dont les négociations entrent dans une phase cruciale . Et que dire de ce cri d’alarme pas banal : plusieurs Commissaires européens évoquent depuis peu le risque de « désintégration » de l’UE (2) ! De fait, la libre circulation des personnes est remise en cause; les pays d’Europe centrale et orientale se replient sur eux-mêmes; les courants d’extrême droite progressent partout…Quelles leçons tirer de cette crise existentielle de l’actuel modèle européen ? Quant aux relations de l’UE avec ses voisins, outre le pacte diabolique passé avec l’actuel pouvoir turc, la prolongation des sanctions économiques contre la Russie , sans régler aucun problème, bride les indispensables coopérations politiques avec ce partenaire incontournable. Or, fin juin prochain se redécidera la politique des dites sanctions. 2016 : une année qui va compter !
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(1) Le Monde (3/12/2015)
(2) Federica Mogherini, Günther Öttinger ainsi que l’ex-Commissaire Michel Barnier. Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a tenu des propos semblables.




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