Posts filed under ‘UE’

UNE INITIATIVE SYNDICALE EUROPEENNE PROMETTEUSE

Les premiers dirigeants de huit des principales organisations syndicales d’Europe occidentale viennent de publier un texte commun consacré à ce qu’ils appellent fort justement « la très grave crise POLITIQUE (souligné par moi FW) de l’Union européenne. « Cette initiative exceptionnelle m’apparait significative de la politisation accélérée du débat public sur les enjeux européens dans nombre de sociétés en général et dans le monde du travail en particulier. Elle est, par là même,prometteuse pour le combat si crucial pour la transformation en profondeur de l’Union européenne.

Certes, individuellement,certains des signataires de ce document n’ont pas attendu cette occasion pour critiquer sévèrement le modèle libéral européen, à plus forte raison sa dérive actuelle.De même, la Confédération européenne des syndicats a parfois eu des mots légitimement durs à l’encontre de certaines « réformes » européennes, tel le sinistre « pacte pour l’euro plus ». Mais là, il s’agit d’autre chose,puisque des appréciations (très pertinentes) sur cette « crise politique »,tout comme des exigences de changements plus que bienvenues -notamment celle d’ « une nouvelle politique monétaire,économique et sociale » en Europe,incluant des transformations institutionnelles majeures, en particulier en ce qui concerne le coeur de l’actuelle zone euro,à savoir la Banque centrale européenne- engagent cette fois personnellement et ensemble des personnalités représentant un éventail syndical européen englobant la CGT et la CFDT, les syndicats laïques et chrétiens belges, les deux grandes centrales espagnoles, la CGIL italienne et la puissante fédération allemande DGB !

On trouvera certaines formulations trop générales ou telle proposition discutable. La belle affaire! L’important est ,à partir de la nouveauté que représente cette démarche, d’ouvrir un débat à la fois franc,respectueux et constructif avec les travailleurs qui se reconnaissent dans les grandes lignes de ce papier. Celui-ci comprend un grand nombre de sujets qui invitent à l’échange d’idées. Par exemples: « Comment a-t-on pu en arriver là? » s’interrogent les signataires,en pointant fort opportunément la « responsabilité des dirigeants politiques des institutions européennes et des principales nations ».Voilà qui mérite effectivement débat! Il en va de même avec le constat que font les auteurs de ce texte que les politiques menées (« réformes structurelles », »gouvernance économique »…) ont « échoué » et provoqué un « désenchantement profond », ou encore celui que les « institutions européennes » et les nations concernées sont « en train de briser le pacte social (qui était à la base du) projet commun qui a abouti à l’UE ». Voilà qui appelle de profonds changements! Rien de plus actuel que d’en discuter les contours et la portée.

Les auteurs du texte semblent inscrire leur démarche conjointe dans la perspective d’une révision du traité. Non pour y graver dans le marbre le super-pacte de stabilité programmé par les actuels dirigeants européens! Mais au contraire pour faire du social « le ciment de l’UE »,pour « en finir avec les mécanismes spéculatifs et garantir les capacités financières de tous les Etats »,ainsi que pour que la démocratie et la participation des citoyens « y prennent toute leur place ». Nous parlons,quant à nous,de « refondation »de la construction européenne. Quelles convergences?Quelles différences? Quelles questions encore ouvertes? Que le dialogue s’engage !

15 décembre 2011 at 10:11 1 commentaire

UE : Que voulons-nous faire ensemble ?

L’interview paru le  9 décembre 2011 dans l’Humanité

Francis Wurtz, ancien président du groupe de la Gauche unitaire européenne à Strasbourg, estime qu’une refondation de la construction européenne passe par l’intervention citoyenne et par un changement des finalités de l’UE.

Francis Wurtz. Une démocratisation de l’UE passe par une refondation de la construction actuelle. Car celle-ci est conçue précisément pour dépolitiser les choix stratégiques, qui sont sortis du champ de la délibération démocratique. La doctrine libérale est ainsi imposée comme étant une loi naturelle. C’est la raison pour laquelle la Banque centrale européenne n’a le droit de recevoir aucune consigne émanant des institutions publiques – c’est-à-dire des citoyens – en matière de politique monétaire. C’est aussi pour cela que, selon les traités, la Commission européenne est toute-puissante sur les règles de concurrence. La Cour de justice, elle, a, par sa jurisprudence, mis en cause un certain nombre d’acquis majeurs du droit du travail, au nom de la libre circulation des capitaux et des services. Autrement dit, il y a un vice de construction dans ce modèle, qui exclut la possibilité d’une démocratie citoyenne moderne. La démocratisation de l’UE est inséparable d’un changement de finalité de la construction européenne afin que les citoyens aient à la fois l’envie et les moyens de s’impliquer dans les affaires européennes. Cette finalité nouvelle passe par trois choses. Premièrement, la promotion d’un modèle social avancé. Deuxièmement, l’aide au rattrapage de la productivité des pays en difficulté ; cela passe par la solidarité. Troisièmement, le jeu du poids de cette communauté pour faire émerger d’autres règles dans les relations internationales.

Mais comment parvenir à de tels changements ?

Francis Wurtz. Trois exigences fondamentales sont exprimées, qui reviennent dans tous les pays : le refus de la régression sociale, la volonté d’être libérés de la soumission aux marchés financiers, la soif de démocratie. Il faut faire converger le maximum de forces en Europe autour de ces exigences. Pour l’heure, si les dirigeants européens continuent d’exercer leur leadership, c’est qu’ils ont réussi à laisser en dehors de la délibération démocratique les grands choix stratégiques. En France, nous pouvons nous appuyer sur la mémoire collective de la période 2003 et 2005, celle de la bataille pour le référendum sur le traité constitutionnel européen. On trouve, dans le programme populaire partagé du Front de gauche, la proposition d’organiser des états généraux de la refondation européenne en cas de victoire en France d’une gauche portée par un mouvement populaire exigeant. Seraient conviés toutes les organisations syndicales, tous les mouvements associatifs qui le souhaitent et qui s’exprimeraient sur ce qu’ils ne veulent plus, et ce qu’ils souhaitent. Cela peut ouvrir une brèche, favoriser l’implication citoyenne, changer le rapport de forces.

Au niveau institutionnel, 
quels changements doit-il y avoir ?

Francis Wurtz. Le rapport de forces est la condition pour créer des ruptures économiques et politiques. Sur le plan économique, tout ce qui vise, dans les traités actuels, à transformer les règles libérales en règles naturelles intangibles doit changer. Sur le plan politique, la pyramide actuelle doit être inversée. Les citoyens doivent participer à l’élaboration des politiques avant que les décisions ne soient prises au niveau des institutions européennes. Ils doivent participer au contrôle de leur application, à l’évaluation de leurs effets. Mais la condition pour cela est que l’exercice en commun de certaines responsabilités au sein d’institutions communes, telles que le Parlement européen, réponde à une envie, et non pas à quelque chose de contraint. Il faut créer une volonté commune des peuples de s’associer entre Européens. Cela dépend largement de l’ambition que l’on fixe à la construction européenne. Une question doit être posée, qui ne l’est jamais par les dirigeants européens : que voulons-nous faire ensemble ?

Le rapport des mouvements sociaux à l’UE a-t-il changé ces dernières années ?

Francis Wurtz. Le mouvement syndical a fait d’énormes progrès dans le sens d’actions communes à l’échelle de l’Europe. C’est aussi vrai d’autres mouvements sociaux moins structurés, tel que celui des altermondialistes. Les jeunes générations sont nées avec la mondialisation, l’Internet, l’explosion des moyens de communication. Le risque est grand d’une immense déception, d’une tentation de repli. Il nous faut cultiver l’esprit d’ouverture aux autres, l’interaction entre les cultures. L’ambition commune aux Européens doit être tentante, répondre aux aspirations. Là est le noyau même du défi que nous avons à relever.

Entretien réalisé par G. D. S.

14 décembre 2011 at 2:06 Laisser un commentaire

MERCI ZAHIA ZIOUANI !

Les soulèvements populaires en Tunisie puis en Egypte ont suscité en nous toutes et tous émerveillement,respect et espoir.Qui,après cette (re)découverte,n’a pas envie de faire quelque chose pour le rapprochement des peuples des deux rives de la Méditerranée, dans toute leur diversité? Là où l’Union européenne a lamentablement gâché cette chance en menant dans l’impasse du libre-échange et de la chasse aux migrants aussi bien son projet « Euromed » lancé en grande pompe en 1995 que l' »Union pour la Méditerranée » portée sur les fonds baptismaux par Nicolas Sarkosy en 2008,de simples citoyens ou citoyennes,sans moyens mais riches de leur générosité et de leur passion, réussissent des prodiges sous nos yeux.

J’ai la chance de connaitre l’une de ces batisseuses de passerelles et je brûle de la présenter à qui ignore l’étonnante saga qu’elle est en train de faire naitre. »Elle »? C’est Zahia Ziouani,jeune et talentueuse Chef d’orchestre à qui une réalisatrice,Valérie Brégaint,a eu l’idée lumineuse de consacrer un film, à voir absolument. ARTE a eu l’heureuse initiative de le diffuser lundi dernier,malheureusement à une heure où beaucoup de téléspectateurs ont tendance à tourner le bouton.(1)Espérons que d’autres occasions seront créées pour offrir à un plus large public l’occasion de s’imprêgner de ce message d’humanité.

Qui est Zahia? Fille de parents algériens vivant en France, musicienne depuis l’âge de huit ans,elle dirige le Conservatoire de Stains, en Seine-Saint-Denis-une ville et un département où elle s’épanouit, comme le révèlent les images saisissantes d’une Fête de la Musique particulièrement conviviale sur la place de la Mairie. C’est dans cette ville qu’elle fait découvrir la beauté de la musique symphonique à d’adorables petits apprentis-instrumentistes de toutes origines,subjugués tant par le charme de leur cuivre ou de leur violon que par la gentillesse et le tempérament de leur « Chef ». Et c’est également là qu’avec une souriante autorité naturelle elle dirige la centaine de musiciens confirmés -dont son inséparable soeur jumelle Fettouma- de son propre orchestre symphonique (« Divertimento »). Mais le film nous transporte aussi au coeur d’Alger où Zahia,qui n’oublie pas sa double culture,tient au bout de sa baguette…l’Orchestre Symphonique National ,avant de se faire aduler par les gens de la rue, trop heureux de reconnaitre « leur » Chef d’Orchestre.Emouvant moment de bonheur,aussi,quand trois générations de cette famille si attachante se retrouvent dans la fascinante capitale algérienne, savourant le plaisir simple d’être ensemble.

Magnifique parcours que celui de Zahia! Comme l’a fait remarquer le Directeur de la Cité de la Musique, à Paris, il s’agit d’une profession « où l’on est considéré jeune jusqu’à 60 ans » et « en pleine maturité » au-delà, mais où des Chefs déjà reconnus sont rares à l’âge de Zahia…et les femmes quasi-inexistantes.C’est dire la perspective qui attend la brillante et modeste « Chef d’Orchestre entre Paris et Alger ». Merci Zahia: que votre exemple serve de leçon à qui veut unir vraiment les peuples et les cultures des deux rives de « Notre Mer ».

——–
(1) »Zahia Ziouani:une Chef d’Orchestre entre Paris et Alger ».

24 février 2011 at 10:42 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

avril 2026
L M M J V S D
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Archives

Catégories

Pages

Pages