UE-RUSSIE : NI BISES NI SANCTIONS, COOPÉRATION !
Les langues se délient peu à peu à propos de l’impasse et même du danger que représente pour tout le continent la poursuite infinie de la stratégie des « sanctions » de l’Union européenne à l’encontre de la Russie. La semaine dernière, par exemple, Hubert Védrine , ancien Ministre des Affaires Etrangères, ironisait à ce propos sur la diplomatie européenne en s’exclamant : « On ne peut pas avoir pour seule politique russe pour les cinquante prochaines années une surenchère de sanctions » . Il exprima même le souhait que la France, « tout en restant ferme et net par rapport à Poutine », propose « une vision sur la relation à long terme Europe-Russie » (1).
Mais le témoignage le plus percutant sur le sujet depuis longtemps est celui livré le même jour par Jean-Marie Guéhenno , ancien Secrétaire général adjoint des Nations-Unies en charge des opérations de maintien de la paix . Celui-ci n’est , certes, pas tendre avec Vladimir Poutine qu’il s’agit, selon lui, de « persuader que le recours unilatéral à la force est une stratégie à risque » : un conseil qu’il se garde malheureusement de prodiguer ni à Washington ni à l’OTAN ! En porte-parole des Occidentaux, il les appelle à « se faire respecter de la Russie », y compris sur le plan militaire -un terrain glissant sur lequel nous ne le suivrons pas, même s’il tempère aussitôt son propos en insistant sur le fait que « la fermeté » vis-à-vis de Moscou doit s’exercer « sans fermer la porte à une relation plus apaisée ».
On ne peut , en revanche, qu’être frappé par les termes extrêmement forts avec lesquels le diplomate fustige la logique des sanctions : « leur accumulation conduit à l’exclusion progressive de la Russie des circuits de l’économie globale , qui, poussée à bout, serait désastreuse pour tous (…) Aujourd’hui, une Russie autarcique glisserait presque inévitablement vers l’ultranationalisme . L’enjeu est donc lourd », alerte-t-il. Et ce d’autant que les traités qui encadraient, naguère, la relation stratégique Est-Ouest n’existent plus vraiment. Désormais, les « puissances globales » sont impliquées dans des conflits locaux ou régionaux qui risquent de les entraîner dans des engrenages qu’elles ne contrôlent pas : « C’est une configuration qui ressemble aux années qui précédèrent la guerre de 1914 -n’hésite pas à rappeler Guéhenno !- la restauration de règles encadrant la relation avec la Russie devrait donc être la priorité » (2).
Nous ne disons pas autre chose en appelant de nos voeux depuis plusieurs années la mise en chantier , tant au niveau des gouvernements qu’au sein de nos sociétés elles-mêmes, d’un processus de dialogues débouchant sur un traité paneuropéen de sécurité collective et de coopération : une sorte de Conférence d’Helsinki (1975) revisitée et enrichie . Loin de la séquence croquignolesque de l’échange de bises entre le Chef de l’Etat français et le Président des Etats-Unis, il est plus qu’urgent de se hisser à la hauteur des nouveaux enjeux de la guerre ou de la paix en Europe. Entre l’Union européenne et la Russie : ni bises ni sanctions, coopération !
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(1) « Le Figaro » (26/4/2018)
(2) « Le Monde » (26/4/2018)
MACRON GALVAUDE UNE PROPOSITION DU PCF SUR L’EUROPE
« Jupiter » a inauguré, la semaine dernière à Epinal dans les Vosges, les fameuses « consultations citoyennes sur l’Europe » qu’il a prévu d’organiser dans toute la France jusqu’au mois d’octobre prochain. Objectif affiché : intégrer les attentes et les propositions des citoyens à son projet de « refondation » de l’Union européenne ! Mieux : le Président de la République dit avoir convaincu la plupart de ses homologues européens de faire de même. Aussi, une restitution globale des contributions recueillies est-elle prévue au Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement des « 27 » en décembre prochain. Emmanuel Macron nous l’assure : « les priorités, les préoccupations, les idées » ainsi identifiées « nourriront notre feuille de route pour l’Europe de demain » ! (1)
L’hôte de l’Elysée aurait-il fait sienne une proposition portée par le Parti communiste depuis 2012 , selon laquelle « La France prendra l’initiative d’Etats généraux de la refondation européenne » ? Pas vraiment ! Pour les communistes, il s’agissait, à l’instar de l’expérience de démocratie citoyenne de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen, de permettre à la profonde volonté de changement vis-à-vis des politiques et du fonctionnement de l’UE de s’exprimer en toute clarté. Et ce à l’échelle européenne, en donnant la parole à des forces politiques, à des organisations syndicales, à des mouvements associatifs, à des réseaux citoyens du plus grand nombre possible de pays européens. Gageons que les aspirations au développement social, à la défense de l’environnement, à une réorientation de l’argent vers « l’humain d’abord », à une extension des possibilités d’échanges internationaux à l’ensemble des jeunes, à une implication effective des citoyens et des parlements nationaux dans les grandes décisions européennes, à de grandes initiatives diplomatiques européennes en faveur d’un monde de paix etc…auraient littéralement inondé ces débats ! Le but était d’éviter tout dévoiement du débat européen tant par les nationalistes que par les néolibéraux.
Au lieu de cela, le questionnaire-Macron suggère d’emblée comme priorités « la lutte contre le terrorisme » ou « la défense européenne ». Et, de toutes façons, aux yeux d’Emmanuel Macron -les cheminots en savent quelque chose !- les « consultations » visent ni plus ni moins qu’à faire entériner « démocratiquement » les choix faits à l’avance en haut lieu. Cela vaut d’autant plus sur le plan européen : même un électeur moyen de la « République en marche » devrait pouvoir comprendre que le fait de compter sur les gouvernements en place dans l’UE pour évaluer les attentes des Européens lors de leur sommet de fin 2018 laisse peu de suspens sur le contenu de la « refondation européenne » en question…Retenons néanmoins une leçon positive de l’opération électorale que représentent ces « débats-Macron » : la reconnaissance qu’ « On ne construit pas l’Europe à l’écart des peuples »(2). Alors, on fait mine de les associer. C’est une sorte d’hommage du vice à la vertu ! Et un vrai défi aux forces de progrès .
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(1) Discours de la Sorbonne (26/9/2017)
(2) Nathalie Loiseau, ministre chargée des Affaires européennes




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