« QUAND C’EST FLOU, IL Y A UN LOUP…

Dur ,dur de vendre au « peuple de gauche » un traité budgétaire visant à instituer un régime d’austérité durable et retirant au parlement comme aux citoyens un pan majeur de leur souveraineté! Les dirigeants socialistes     viennent d’en faire l’amère expérience lors de la récente « Université d’été » de leur parti où une sénatrice récalcitrante, Marie-Noëlle Lienemann,a été ovationnée en expliquant les raisons de son rejet de ce texte.

L’argument d’autorité de la direction du parti (la solidarité gouvernementale) est,certes, efficace vis-à-vis des ministres .La preuve: un certain nombre d’entre eux avaient milité pour le « NON de gauche » au traité constitutionnel en 2005 ( Fabius,Montebourg,Peillon,Hamon…jusqu’à l’actuel ministre des Affaires européennes,Cazeneuve !) .Aujourd’hui, ils assument  comme un seul homme le choix de leur Président. »Personne n’a été obligé d’entrer au gouvernement » avait prévenu Jean-Marc Ayrault.Imparable.

Par ailleurs,l’appel à la « responsabilité » (Ne pas affaiblir François Hollande face à Angela Merkel) n’est sans doute pas sans effet sur des parlementaires ,par ailleurs largement acquis à la stratégie européenne de l’Elysée.

Convaincre les adhérents ,à plus forte raison les électeurs, du PS que « le changement » passe par l’alignement sur les exigences des marchés financiers et sur la vision restrictive et autoritaire de la Chancelière allemande est une autre paire de manche.D’autant que la Confédération européenne des syndicats (longtemps réputée plutôt modérée sur les enjeux européens ) s’oppose,elle,frontalement à ce traité -ce qui ne s’était encore jamais produit dans le passé!

Face à ce problème politique non négligeable,la ligne adoptée par les dirigeants socialistes révèle de leur part un certain désarroi . Pour Moscovici,foin des états d’âme: « François Hollande s’était engagée à une réorientation de la construction européenne .Tout le monde,y compris à gauche, doit comprendre que celle-ci a eu lieu » affirme-t-il sans sourciller. Manifestement,hormis lui-même,personne ne s’en était aperçu! Pas même Jean-Marc Ayrault, pour qui « ce traité est une première étape(…) On ne doit pas s’en contenter. »

Mais une étape vers quoi,au juste? Vers un nouveau saut dans la centralisation (libérale) du pouvoir économique et financier destiné à verrouiller le système.?Un rapport en ce sens doit être discuté à Bruxelles dès octobre prochain? Qu’en pense le PS ?Vers quel autre avenir européen ce traité budgétaire est-il censé nous conduire? La réponse de la Première secrétaire est un peu vague… Elle  évoque « L’Europe dont nous rêvons » pour demain,à condition d’enterriner le traité budgétaire maintenant. : »C’est au nom des avancées que nous voulons pour le futur qu’il nous faut acter ce premier pas » ose-t-elle!Cela rappelera quelque chose à certains d’entre nous!. En 1992,face à la montée du NON au traité de Maastricht, Jacques Delors avait lancé son fameux « Votez oui et on se remettra au travail tout de suite sur l’Europe sociale! » Les choses ne se sont pas tout à fait passées ainsi…Faut-il être à court d’arguments pour oser resortir aujourd’hui  pareilles calembredaines! La gauche a besoin d’une clarté cristalline pour affronter les obstacles qui se dressen sur la voie du changement. Là où rêgne l’ambiguité se cache un piège. Comme disait,parait-il,la grand-mère de Martine Aubry : »Si c’est flou,c’est qu’il y a un loup! »Amis socialistes,qu’en pensez-vous?

7 septembre 2012 at 10:31 Laisser un commentaire

LA GAUCHE FACE A LA CRISE DE L’EURO

Plus un jour ne se passe sans que ne se produise un nouveau craquement annonciateur d’un possible éclatement de la zone euro.A la mi-août, un ministre finlandais révélait que son gouvernement, « au même titre que tous les autres »,avait « élaboré une sorte de plan opérationnel pour faire face à toute éventualité »,telle que « la possibilité d’un éclatement de l’euro ».Puis ce fut le tour du vice-Chancelier autrichien de demander que l’on trouve « les moyens nous permettant d’éjecter de la zone euro les pays qui ne respectent pas leurs engagements ».Il insinua même que les dirigeants allemands,luxembourgeois,finlandais et néerlandais pensaient comme lui.De son côté,le président de l’eurogroupe (qui réunit les 17 ministres des finances de la zone),a abondé dans le même sens,en déclarant que la Grèce,première cible des pays-modèles, »joue sa dernière chance » et que son éventuelle sortie de l’euro serait « gérable ».Bref,le navire prend l’eau de toutes parts.

Voilà qui confirme nos analyses  depuis le traité de Maastricht en 1992 et qui conforte notre volonté de mener le combat pour rompre avec les logiques et les structures malfaisantes qui sont au coeur de ce système.Nous ne saurions pourtant nous réjouir de cette situation!Car nous n’oublions pas que les peuples directement visés payeraient au prix fort le fait que leurs pays soient livrés  aux spéculateurs et qu’ils se lanceraient dans une surenchère de concurrence économique,de dévaluations « compétitives » et de dumping salarial, dans l’espoir de remonter la pente et de « regagner la confiance des marchés »,fût-ce en enfonçant le voisin.Nous sommes également conscients du fait qu’aucun peuple ne profiterait de cette déliquessence de l’euro.Les pays qui échapperaient à l’effet-domino des expulsions seraient poussés à s’intégrer dans une sorte de club des pays « vertueux » (au sens que donnent à ce mot les marchés financiers) sous la houlette de la classe dirigeante allemande.Enfin,il tombe sous le sens que ce contexte de crise aggravée serait un terreau fertile pour les nationalismes,les populismes,la xénophobie: un climat à l’évidence peu propice à la pensée critique,à l’intervention citoyenne ou à l’action solidaire!Miser sur cet échec retentissant d’une construction libérale dans l’espoir qu’il sonnerait l’heure de l’alternative progressiste serait donc,à mes yeux, une grave erreur.

La responsabilité historique de la gauche dans de telles circonstances me parait être,au contraire,de parer sans attendre à l’énorme risque de division des victimes du système,de confusion dans les esprits et de desespérance que génèrent toutes les crises.Le devoir de la gauche n’est-il pas,dès lors,de viser coûte que coûte -parallèlement à une intense bataille d’idées faisant appel à l’intelligence- à rassembler,très au-delà de nos familles politiques,quiconque se reconnaisse dans quelques grands axes à portée transformatrice,tels que: « stop à l’austérité et priorité au développement social »; « stop à la toute-puissance des marchés financiers et changer les missions de la Banque centrale européenne pour financer le développement social et permettre le rattrappage des retards de productivité dans une optique de solidarité »; « stop à la mise à l’écart des citoyens et restauration de la démocratie et de la souveraineté populaire. »En un mot:il s’agit d’engager,au coeur de la vie des gens et avec les citoyens eux-mêmes,un combat constructif pour changer l’Europe.L’étape immédiate à franchir est celle de la clarification des enjeux explosifs liés au traité budgétaire européen que le gouvernement s’apprête à faire ratifier en catimini par des parlementaires scandaleusement dociles. Sans oublier l’indispensable dimension européenne de nos initiatives,en particulier la grande innovation du « Million d’Européens en campagne ».

30 août 2012 at 10:26 1 commentaire

LE TRAITE BUDGETAIRE, BOITE DE PANDORE

En organisant le passage en force de la ratification du traité budgétaire européen,François Hollande et le parti socialiste prennent une lourde responsabilité dont la gauche risque,tôt ou tard,de payer le prix.D’abord,en raison des effets directs de ce texte,qui sont,tant sur le plan social qu’en matière de démocratie,aux antipodes des espoirs de changement de la majorité des Françaises et des Français.Ensuite,parce que ce traité est une boîte de Pandore:sa ratification doperait des tendances lourdes dont nul ne sait jusqu’à quelles extrémités elles nous entraineraient.Enfin,du fait du caractère subreptice, »cachotier »,sinon manipulateur,de toute cette opération.Chacun de ces aspects mérite qu’on s’y arrête.

Le contenu du traité justifie en lui-même son rejet catégorique par toute la gauche.Alors que l’UE s’enfonce dans le chômage et la récession,le traité vise à instituer durablement la stratégie de l’austérité budgétaire.On le sait: il stipule,afin de garantir le respect de cette tajectoire restrictive,non seulement que le budget de la nation soit soumis au contrôle préalable de la Commission et du Conseil,mais qu’un  « mécanisme de correction sera déclenché automatiquement » pour remettre dans la bonne voie tout pays qui s’en écarterait.Un éventail de sanctions est prévu à cet effet.Enfin,la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire doit faire l’objet de « dispositions contraignantes » et « permanentes » dont « le plein respect et la stricte observance tout au long des processus budgétaires nationaux » doivent être dûment garantis sous le contrôle de la Cour de Justice européenne ! Ainsi,nos parlementaires sont-ils appelés à adopter un texte qui les privera de fait de leur prérogative essentielle:l’exercice de la souveraineté budgétaire.Quant aux parlementaires socialistes,il leur est demandé de céder à des instances européennes dominées par des intégristes du libéralisme le choix des orientations économiques et sociales de la France. Inouï !

Mais l’offensive des ultra qui ont inspiré ce traité ne s’arrêterait pas là.Une fois franchie cette étape sonnerait l’heure de la suivante.Leur feuille de route n’est pas un secret.Mario Draghi,le président de la Banque centrale européenne,avait annoncé la couleur dès février dernier: »Le traité budgétaire,c’est le début » avait-il déclaré au Wall Street Journal.Ironisant sur l’époque où certains considéraient que « les Européens pouvaient se permettre de payer tout le monde pour ne pas travailler »,il avait martelé: »Ce temps-là est révolu ». « Le modèle social européen est mort » avait-il souligné.C’est au nom de cette « vision » de l’Europe que le même Draghi juge « inévitable » une « union financière,budgétaire et politique (qui) conduira à la création de nouvelles entités supranationales »(Le Monde 22/7/2012).Ce processus de centralisation des leviers du pouvoir à l’abri des citoyens est naturellement promu au nom de la lutte contre la crise.Comme le dit non sans cynisme le président du Conseil européen,M.Van Rompuy: »La crise de la dette souveraine constitue une formidable opportunité pour un véritable bond en avant de l’intégration économique ».Un document traçant les grandes lignes de ce « bond » étalé sur une dizaine d’années sera même discuté avant la fin 2012…

De tout cela,nos dirigeants ne disent mot.Ce silence,tout comme la posture mystificatrice sur la « renégociation » du traité budgétaire et finalement la mise à l’écart des citoyens de choix aussi structurants appelle une sérieuse confrontation d’idées parmi celles et ceux pour qui « le changement » n’est pas qu’un slogan.

23 août 2012 at 9:05 Laisser un commentaire

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