LA POLOGNE LIBERALE A LA TETE DE L’UE

Depuis le 1er juillet et jusqu’à la fin de cette année,c’est donc – et pour la première fois – la Pologne qui assure la présidence du Conseil européen.Certes,le traité de Lisbonne a créé une « présidence permanente » actuellement assurée par le Belge Van Rompuy,mais…sans supprimer le principe des présidences tournantes. Celles-ci ont, de fait, un poids variable selon leur titulaire. La Hongrie vient d’achever un mandat de six mois sans avoir compté pour grand chose dans les orientations adoptées. Il n’en ira pas tout à fait de même pour son successeur polonais. Non seulement parce qu’il s’agit du plus important des nouveaux pays membres de l’Union européenne ( près de 40 millions d’habitants; position stratégique entre l’Ouest et l’Est du continent; poids de l’Histoire de cette nation,etc), mais en raison du statut privilégié qu’il a acquis aux yeux des forces politiques qui dominent aujourd’hui les institutions européennes, depuis que la droite libérale de Donald Tusk a supplanté la droite nationaliste des frères Kaczynski .

Varsovie n’est pas loin de passer pour l’élève-modèle de la classe européenne, avec sa croissance économique de 4% et le zèle libéral de ses nouveaux dirigeants. Nous verrons dans une prochaine chronique quelques uns des « secrets » de ce développement  ainsi que certaines de ses limites.Contentons-nous à présent de mettre l’accent sur les « priorités » affichées de la présidence polonaise de l’UE. Elles sont d’autant mieux accueuillies par nombre de ses partenaires qu’elles s’inscrivent de façon volontariste dans la vision qui prévaut tant à Berlin qu’à Paris ou à Londres.

Ainsi la Pologne réclame -t-elle « plus de concurrence » et veut-elle « casser les entraves » au commerce transfrontalier là où il en demeurerait encore, notamment dans le domaine des transactions en ligne.Elle entend , dans le même esprit,agir pour davantage de « libéralisation du commerce international », la finalisation du « cycle de Doha » (OMC), toujours bloqué, l’accession de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce, la négociation de plus d’accords de libre-échange avec l’Asie et même d’un accord de libre-échange « approfondi » avec le voisin ukrainien,etc…Les étudiants et les enseignants-chercheurs du supérieur apprécieront ,en outre, qu’elle demande plus de « coopération des universités avec les milieux économiques » et, plus généralement,une « modernisation des universités » compatible avec la « priorité stratégique » du « renforcement du marché unique » européen…

Soyons justes: telle n’est pas la seule « priorité » avancée par les dirigeants polonais pour l’Europe, en 2011.Il s’y ajoute notamment…un renforcement de la « défense européenne », en particulier un accroissement des « groupements tactiques » (forces de projection de 1500 soldats chacun) et un « renforcement des relations Union européenne-OTAN ».

Pour Henri IV , labourage et paturage étaient « les deux mamelles de la France ». Pour Donald Tusk, libéralisme et militarisme sont manifestement les deux pis de l’Europe.

7 juillet 2011 at 5:28 Laisser un commentaire

AFGHANISTAN: LECON D’UN FIASCO

Une fois de plus – mais à quel prix! – l’histoire nous enseigne que « dès que vous créez une guerre, elle devient un sujet et acquiert sa dynamique propre; toute guerre dérive de ses buts », comme le souligne avec pertinence le Général Vincent Desportes, qui parle d’expérience puisqu’il a dirigé le « centre de Doctrine et d’Emploi des Forces » puis le « Collège interarmées de défense », avant d’être sanctionné par son ministre, Hervé Morin, pour des propos jugés iconoclastes  sur la stratégie américaine en Afghanistan…

 

Je ne doute pas, en effet, qu’aux yeux de nombre de personnes, et même de responsables politiques, en 2001, aux lendemains de l’attentat terroriste traumatisant de New York et de Washington, la guerre d’Afghanistan était forcément juste puisqu’elle visait à libérer le monde d’Al Qaeda et le peuple afghan de la dictature talibane.  Force est, cependant, de constater, dix ans plus tard, que….les Etats-Unis négocient avec les chefs talibans les conditions de leur retour au pouvoir tandis que le monde est sous la menace d’un « arc de crise du terrorisme » (Nicolas Sarkozy) allant du Pakistan et de l’Afghanistan au Yémen, à la Somalie et au Sahel!      A quoi adonc servi cette guerre, et pourquoi se poursuit-elle?  Si les buts poursuivis étaient au départ ceux qu’avaient affichés, à l’époque, ses initiateurs, alors on est en droit d’attendre de leur part – et de ceux de leurs successeurs qui ont  assumé sans état d’âme cet héritage – une évaluation rigoureuse des dérives qui ont conduit à la situation d’aujourd’hui.  Ils le doivent aux proches des 2500 soldats (occidentaux) morts au combat et à ceux des milliers de victimes afghanes innocentes.  Ils le doivent, plus généralement, aux citoyens de tous les pays engagés – dont 15 pays européens – dans une aventure qui se voulait libératrice et qu’a viré au fiasco.  Il ne suffit pas, après avoir suivi les Etats-Unis dans l’effort de guerre, de les suivre dans le retrait (partiel).  Il faut tirer les leçons de cette dramatique expérience, et d’abord en reconnaitre les réalités.

 

Une récente conférence de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) réunissant de nombreux chercheurs et experts qualifiés sur le sujet, a apporté d’utiles éclairages à ce propos. Sur la « reconstruction »  de l’Afghanistan, tout d’abord: « 42% de la population vivent dans l’extrême pauvreté; 54% des enfants de moins de cinq ans souffrent  de malnutrition; seul un quart de  la population a accès à l’eau potable…  La communauté internationale a failli dans sa mission de reconstruction du pays. »  (Karim Pakzad, chercheur).  Sur le glissement progressif de l’image des libérateurs à celle d’occupant, ensuite: « Après un incident américain, en 2006, il y a eu un début d’insurrection, un soulèvement.  On a cru que la foule allait occuper le pouvoir et massacrer les étrangers. » (Jean de Ponton d’Amécourt, ancien ambassadeur de France à Kaboul).  Sur la situation des droits de l’homme, enfin: « La communauté internationale a acquiescé tacitement à l’alignement du gouvernement sur une politique quasi-talibane (…)  Aujourd’hui, elle tourne le dos aux droits de l’homme et aux droits des femmes. » (Mohammad Mahmodi, Directeur de la Commission des Droits de l’Homme d’Afghanistan).  Non, la guerre humanitaire n’existe pas.

30 juin 2011 at 9:23 Laisser un commentaire

L’ARCHET CONTRE LE « KARCHER » ou LA MUSIQUE AU SERVICE DE L’EMANCIPATION SOCIALE

Nous venons de célébrer la Fête de la musique.  A cette occasion, je voudrais m’arrêter sur le cas d’un concert hors du commun: celui que vient d’offrir à celles et ceux qui ont eu la chance de pouvoir y assister l’ « orchestre des jeunes DEMOS ».   Dans la mythologie grecque, Démos fut l’un des fils d’Aphrodite, la plus aimée des déesses.  Dans le cas présent, le sens du nom choisi est plus prosaïque: « Dispositif d’Education Musicale et Orchestrale à vocation Sociale ».  Mais l’expérience qu’il désigne suscite l’émerveillement.

Résumons: 450 jeunes Franciliens de 7 à 12 ans, habitant des quartiers souvent en difficultés, suivent depuis des mois un apprentissage intensif – quatre heures par semaine, en plus des exercices en famille – de pratique orchestrale.  Ils n’ont pas de connaissances musicales au départ et ne se destinent pas à une carrière musicale.  Et pourtant, il faut voir leur sérieux, leur discipline collective, leur  application, leur fierté!  Et quel répertoire! Haydn, Borodine, Moussorgski, Bizet, Gustav Mahler, Tchaïkovski, Stravinski, Bernstein, Haendel, Dvorak…  On reste sans voix en voyant, tour à tour, la centaine d’enfant de chacun des quatre orchestres qui se succèdent au cours de la soirée s’installer en bon ordre, prenant grand soin de leur instrument, puis se concentrer, chacune et chacun, sur son rôle, le tout sans stress apparent.  Ils s’appellent Yacine, Farah, Christian ou Youri; ils vivent à Aubervilliers, Stains, Colombes ou Ivry.

Et les voilà réunis à la Salle Pleyel, l’une des  plus prestigieuses salles de concert de la capitale – dont le Président, Monsieur Laurent Bayle, a beaucoup œuvré à la réussite de ce beau projet -, avec deux jeunes et brillantes chefs d’Orchestre, qui se succèdent au fil des quatre parties: Debora Waldmann et Zahia Ziouani (dont les lecteurs réguliers de cette tribune connaissent la personnalité attachante et le bilan déjà exceptionnel à seulement 33 ans).  On imagine la somme de travail mais aussi de plaisir que traduit un tel résultat!

Par dizaines, musiciens – de l’Orchestre de Zahia Ziouani, « Divertimento » ainsi que de l’Orchestre de Paris – et autres professionnels font partager leur expérience, semaine après semaine, à ces jeunes, par petits groupes de quinze, avant de les réunir tous ensemble, pour des répétitions ou des concerts.  La motivation que ces garçons et ces filles tirent de leur création commune, la confiance qui leur est témoignée et le respect qui les entoure dans ce lien social fabuleux font le reste.  Les familles de ces enfants, loin de se désintéresser de cette expérience, s’y investissent elles aussi.  C’est dire si celle-ci mérite d’obtenir les moyens publics de sa pérennisation, non seulement en Ile de France, mais à l’échelle du pays.  Souhaitons que l’effet « archet » remplace au plus vite l’effet « Karcher »…

 

Il serait intéressant de connaître les éventuelles expériences similaires ayant cours dans d’autres pays européens.  Dans un passé désormais lointain, la Hongrie, sous l’impulsion du grand compositeur Zoltan Kodaly, était à l’avant-garde à cet égard.  Dès la fin des années 60, on y enseignait quotidiennement la musique dans un grand nombre d’écoles et on croisait fréquemment des classes entières au concert ou à l’opéra.  Est-il permis d’espérer que la France donne bientôt l’exemple, à son tour?

24 juin 2011 at 3:00 Laisser un commentaire

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