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UE-CHINE : LES DROITS DE L’HOMME ONT BON DOS
« Si ce n’est pas encore la guerre froide, ça commence à y ressembler sérieusement » : « France Inter » résumait par ces mots, le 23 mars dernier, le sentiment général suscité par la décision de l’Union européenne -dans une opération concertée avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada- d’édicter des sanctions contre des officiels chinois.
La raison invoquée pour justifier le déclenchement de la crise diplomatique la plus grave depuis 30 ans avec Pékin fut la succession de graves violations des droits de l’homme reprochées au pouvoir chinois.
Parlons clair : certains de ces faits, en particulier ceux relatifs au traitement réservé à une partie importante de la population ouïghoure du Xinjiang, interpellent légitimement quiconque a à cœur le respect des droits humains fondamentaux, notamment dans un grand pays, par ailleurs fascinant, comme la Chine.
Le problème est ailleurs.
Il est d’abord dans le choix de la réaction : ce type de mesures a pour effet de crisper les Chinois (et pas seulement leurs dirigeants) bien plus qu’il ne les incline à un examen bienveillant des préoccupations exprimées. En outre, « quand on monte au mât de cocagne, il faut s’assurer d’être propre » : pour pouvoir s’ériger en mètre-étalon universel des droits de l’homme, il convient d’être soi-même irréprochable.
Ce n’est apparemment pas le cas des dirigeants européens, à en juger par l’appréciation que vient de porter sur eux, non pas tel ou tel trublion de gauche, mais la…Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe ! « Depuis des années, les pays d’Europe se sont engagés dans une course vers l’abîme, pour maintenir hors de nos frontières les personnes ayant besoin de nos protections, avec des conséquences désastreuses »déplorait-elle, le 9 mars dernier, ajoutant : « Leur réponse est l’un des exemples les plus flagrants de la façon dont les mauvaises politiques migratoires portent atteinte aux droits humains et coûtent la vie à des milliers d’êtres humains ». A ce cri de vérité, on pourrait, hélas, ajouter -depuis l’inertie ou la complaisance face aux occupants des territoires palestiniens jusqu’à la compromission de fait avec la dictature en Turquie, en passant par les ventes massives d’armes à des pays en guerre- bien d’autres griefs en matière , tantôt de manquements graves aux droits humains, tantôt de tolérance coupable envers leurs auteurs.
En vérité, dans la véritable croisade entamée par les principaux dirigeants occidentaux contre la Chine, les droits de l’homme ont bon dos.
Bien plus que par la cause des droits humains, elle est motivée par la panique qui s’est emparée de l’establishment américain face au cauchemar d’une perte prochaine du leadership mondial du fait de l’émergence fulgurante de la Chine .
Mais est-ce bien le rôle de l’Europe de se laisser embarquer dans ce remake de la politique de blocs au nom de l’appartenance au « camp occidental » ?
Le « multilatéralisme » dont elle aime tant se réclamer n’est compatible avec aucune domination du monde, mais réclame d’œuvrer à la prise en compte collective de la communauté de destin de toute l’humanité.
LIBYE : L’UE FACE A LA MENACE D’UNE « SECONDE SYRIE »
« L’ingérence extérieure persistante nourrit la crise »; « Une cessation immédiate des hostilités est cruciale »; « La décision turque d’intervenir avec des troupes en Libye accroît nos inquiétudes sur la situation. Nous la rejetons. » On ne peut que souscrire aux paroles des cinq représentants de l’Union européenne qui s’exprimaient en ces termes le 7 janvier dernier, à Bruxelles. Une réunion d’urgence venait d’avoir lieu, consacrée au dangereux chaos libyen, qu’une intervention militaire turque menaçait de transformer en « prochain champ de bataille entre Turquie et Russie » sinon en « seconde Syrie » (1) en raison de leurs intérêts économiques et stratégiques divergents dans la région. Mais qui étaient, au fait, ces cinq apôtres de la non ingérence en Libye ? Outre Josep Borrell, le nouveau responsable de la diplomatie de l’UE, il s’agissait des ministres des Affaires étrangères de quatre pays : la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne. Arrêtons-nous sur le rapport à la Libye de chacun de ces pays.
La France, tout d’abord. Impossible de laisser tomber dans l’oubli la responsabilité historique de l’un de ses anciens Présidents, Nicolas Sarkozy, qui, inspiré par l’illustre maître à penser ès droits de l’homme, Bernard-Henri Lévy, a pris l’initiative de la guerre, censée apporter « la paix », « la liberté » et « le progrès économique » au peuple libyen en 2011. Avec le concours de l’OTAN, il a livré un pays privé de toute structure étatique aux factions rivales et à leurs parrains. Neuf années plus tard, deux forces militaires s’y affrontent toujours. L’une relève d’un gouvernement peu représentatif bien que reconnu par l’ONU et soutenue par le Qatar et par la Turquie, décidée à contrôler les gisements de gaz naturel en Méditerranée orientale. L’autre est aux ordres d’un « homme fort » sans légitimité autre que celle du rapport de force, le Maréchal Haftar, allié à l’Egypte et aux Émirats arabes unis, loué par Donald Trump, aidé par des mercenaires russes …et appuyé de longue date par Paris, qui, en plus de compter sur lui pour juguler les flux migratoires vers l’Europe, est alléché comme les autres par l’odeur du pétrole libyen.
La Grande-Bretagne, ensuite, dont on rappellera qu’elle seconda la France dans son aventure de 2011…L’Italie, enfin, qui, comme ancienne puissance coloniale, n’entend pas renoncer à sa part du gâteau au profit de la France. Reste l’Allemagne, qui est peut-être en passe de récolter les fruits de son refus de s’ingérer comme ses voisins dans les affaires de la Libye. « Ce pays n’a pas d’accointance avec toutes les parties libyennes. Il s’est même abstenu lors du vote de la Motion de mars 2011, autorisant l’utilisation de la violence contre les forces de Kadhafi. Cette neutralité serait positive pour tranquilliser tous les intervenants, locaux et internationaux » déclarait récemment le Chef de la Mission d’appui des Nations Unies pour la Libye, Ghassen Salamé (2). Aussi a-t-il choisi Berlin pour la tenue prochaine d’une Conférence internationale pour la recherche d’une issue à la guerre qui déchire la Libye depuis neuf ans. Une leçon à méditer.
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(1) La première expression est celle du grand quotidien espagnol « El Païs »; la seconde celle de la radio allemande « Deutsche Welle ».
(2) Interview à la chaîne « Libya 218 » (cité par « El Wattan »du 2/11/2019)




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