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LE « NOBEL DE LA PAIX »
En septembre 2011,le Président Mahmoud Abbas annonça sa décision de demander l’adhésion « à part entière » de la Palestine à l’ONU,en pleine conformité avec le droit international.Aussitôt,les Etats-Unis et l’Union européenne dépêchèrent des émissaires à Ramallah pour dissuader le leader palestinien de concrétiser son projet. Les premiers menacèrent d’user de leur droit de veto au Conseil de sécurité, si nécessaire ,pour bloquer la réalisation de la requête en question. La seconde argua de l’opposition de plusieurs de ses Etats membres -l’Italie,les Pays-Bas,la République tchèque,la Pologne…- et des lourdes hésitations de nombre d’autres,dont l’Allemagne et la France (qui,finalement,se ravisa) face à ce qui apparaitrait comme un grave camouflet diplomatique à l’encontre du gouvernement israélien pour arracher le renoncement du Président palestinien à sa démarche. Ce dernier ne céda pas.Les puissants champions des droits de l’homme repoussèrent donc majoritairement sa demande au Conseil de sécurité.
Un an -et une nouvelle offensive militaire meurtrière contre Gaza,un nouvel assassinat ciblé ainsi qu’une nouvelle poussée de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem Est- plus tard,Mahmoud Abbas relance son projet,mais en visant cette fois le statut d’ « Etat non membre » (dont dispose par exemple le Vatican) qui ne nécessite pas l’accord des 15 membres du Conseil de sécurité mais celui de la majorité des 193 Etats de l’Assemblée générale de l’ONU.Cette fois,pas de veto des « grands » possible.C’est toute la « communauté internationale » qui a le dernier mot.Certes,en cas de succès,l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) n’aura pas de droit de vote dans cette enceinte,mais elle pourra demander à siéger dans les nombreuses agences des Nations Unies (pour la santé,l’enfance,l’alimentation,le développement,la culture…).Elle aura même ,si elle le souhaite, la faculté de porter plainte contre des dirigeants de l’Etat occupant auprès de la Cour pénale internationale.La perspective de ce sérieux coup de canif dans le régime d’impunité absolue, dont bénéficie jusqu’à aujourd’hui tout responsable israélien de la part des Etats-Unis comme de l’Union européenne, alimente un vent de panique dans nombre de chancelleries occidentales.On imagine déjà les pressions préventives en cours sur l’Autorité palestinienne!
L’attitude des pays européens lors de ce vote et de ses suites est donc lourde de signification politique.Ce 29 novembre coïncide avec le 65ème anniversaire d’une décision historique des Nations Unies: l’adoption,en 1947, du Plan de partage de la Palestine en deux Etats,celui d’Israël,proclamé dans la foulée,et celui de Palestine…qui attend toujours de voir le jour,sur un territoire représentant 22% de la Palestine historique.
L’Union européenne a,pendant toute cette période d’intenses tractations, brillé par sa discrétion sur le sujet.Pourtant,dès le 24 octobre dernier,le très extremiste ministre israélien des Affaires étrangères,Lieberman,avait,lors d’une rencontre avec la « Haute Représentante de l’Union européennes pour les Affaires étrangères et la sécurité »,Catherine Ashton,prévenu que si la Palestine obtenait ce statut à l’ONU,Israël « ferait en sorte que l’Autorité palestinienne s’effondre ».Ces propos,aussi irresponsables qu’inadmissibles,il a fallu que les media israéliens les révèlent pour en avoir connaissance.Bruxelles n’y a pas réagi,encore moins assuré l’institution palestinienne de la pérénité de son soutien.Ce 29 novembre,journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien,offre à l’Union européenne une occasion de mériter un tant soit peu son « Prix Nobel de la Paix »,ou de perdre toute légitimité de s’en prévaloir.
SOS PALESTINE !
Deux événements consternants viennent,coup sur coup,de révéler au grand jour l’urgence d’une remobilisation des Français et des Européens en général ,attachés au droit international,sur le problème palestinien.Le premier est la visite officielle de Nétanyahou à Paris et les propos tenus par le Président de la République à cette occasion.Le second concerne le rapport circonstancié publié par 22 ONG et validé par un ancien commissaire européen -pourtant politiquement très modéré- qui apporte la preuve que l’Union européenne,loin de combattre la colonisation ,la renforce dans les faits,en important…quinze fois plus de produits des colonies israéliennes installées dans les territoires occupés que de marchandises vendues par les Palestiniens eux-mêmes!
Arrêtons-nous d’abord sur l’accueil de Nétanyahou.Quel sens donner à cet honneur,fait au plus réactionnaire des dirigeants de toute l’histoire de l’Etat d’Israël?Qui plus est,en pleine campagne électorale dans ce pays,provoquée par le Premier ministre pour asseoir son pouvoir! Ce cadeau royal à l’adversaire le plus impitoyable des Palestiniens a-t-il,à tout le moins,été accompagné d’une initiative marquante de la France en faveur du respect du droit international (qui,en l’occurence,renvoie notamment aux frontières de 1967 et à la restitution de Jérusalem-Est)?Au contraire.Au-delà de quelques phrases formelles sans la moindre portée,François Hollande a apporté sa caution à une thèse particulièrement perverse de la droite israélienne: « pour des négociations sans conditions ».Il s’agit de contraindre les dirigeants palestiniens -sous peine d’être accusés d’être responsables du blocage- de discuter « du processus de paix » (?) avec un pouvoir qui,fort de sa supériorité écrasante et de l’impunité absolue dont il bénéficie de toute part ,n’a cesse d’étendre la colonisation et jure qu’il ne rendra jamais Jérusalem!Et en prime,le Président français a fait la leçon à l’Autorité palestinienne,coupable,en désespoir de cause, »d’aller chercher devant l’Assemblée générale des Nations Unies ce qu’elle n’obtient pas dans la négociation ».Trop,c’est trop.Des initiatives s’imposent pour réaffirmer la primauté du droit sur la force en Palestine autant que n’importe où dans le monde.
La même exigence doit s’exprimer vis-à-vis de l’UE .Il est loin,le temps où un commissaire européen rappelait que « la communauté condamne l’occupation de la rive occidentale du Jourdain et de Gaza en violation du droit international », marquait « l’émotion de la Commission devant les souffrances infligées aux jeunes qui manifestent spontanément contre l’action des forces israéliennes de sécurité. » et « déplorait la gravité des mesures prises par les autorités d’occupation ». C’était en 1987 ,six ans avant les Accords d’Oslo,alors que débutait la première « révolution des pierres ». Le Commissaire en question,Claude Cheysson (qui nous a récemment quittés) était français et socialiste.
Cinq ans plus tôt,alors ministre des relations extérieures de François Mitterrand,le même rappelait déjà,au nom de la France,que « Le fait politique fondamental dont le Proche-Orient souffre depuis des dizaines d’années est qu’on ne reconnait pas au peuple palestinien les droits du peuple français,du peuple allemand,du peuple israélien,de tous les peuples du monde:le droit à un Etat. »C’était il y a tout juste 30 ans.A Paris comme à Bruxelles,les dirigeants de 2012 feraient bien d’en prendre de la graine.
LES « OUBLIS » DU COMITE NOBEL
Les membres du Comité du Prix Nobel de la Paix,qui ont décerné leur prestigieuse distinction à l’Union européenne ont délibérément ignoré le bilan des « 27 » dans le domaine qui les concernait.Trois exemples significatifs suffiront à illustrer combien la politique extérieure et de sécurité de l’UE et de ses Etats membres tourne le dos à un engagement en faveur d’une Europe et d’un monde de paix.
Premier exemple: la guerre d’Irak en mars 2003.La majorité du Conseil de sécurité des Nations-Unies;les inspecteurs de l’ONU sur le terrain;le Chef de l’Etat français et le Chancelier allemand ; ainsi que 10 millions de manifestants dans les rues le 15 février, s’opposent à la guerre.Huit autres Etats de l’UE se rangent derrière Washington en feignant de croire au mensonge d’Etat de Colin Powell à l’ONU. Ce sont eux qui donneront le ton ,par la suite,à l’UE.Ainsi,dès le mois de juin suivant ,l’UE dans sa totalité adoptera un texte fixant la « stratégie européenne de sécurité » (toujours en vigueur!) qui sera présentée à George W. Bush avant même son adoption définitive et qui empruntera au chef de guerre américain nombre de ses concepts dangereux,allant jusqu’à qualifier la coopération militaire USA-UE de « formidable force au service du bien dans le monde » ! On en aura une illustration en Afghanistan…
Deuxième exemple:le Proche-Orient où l’impunité accordée aux dirigeants israéliens et l’abandon politique du peuple palestinien constituent l’une des sources essentielles de l’insécurité du monde .En décembre 2005,les chefs des missions diplomatiques des Etats de l’UE à Jérusalem-Est adressent au Conseil européen un rapport circonstancié et alarmant sur toutes les pratiques illégales des autorités israéliennes visant à rendre impossible l’établissement futur d’un Etat palestinien.Ils recommandent toute une série d’initiatives politiques aux dirigeants européens,conformément aux résolutions pertinentes de l’ONU. Ce rapport ne sera ni publié ni suivi du moindre effet,tout comme les autres rapports qui suivront au fil des ans.Bien au contraire,l’UE vient de récompenser les fauteurs de guerre en renforçant spectaculairement les relations bilatérales UE-Israël dans 60 domaines,allant de l’énergie aux communications electroniques en passant par la coopération policière.La dimension symbolique,donc politique, de ces « gestes » n’échappe à personne. Elle ne sert pas la paix mais banalise l’occupation,la colonisation,l’humiliation,et la guerre.
Troisième exemple:la sécurité du continent européen lui-même. En juin 2008,le tout nouveau président russe Medvedev cherche à imprimer sa marque. Il propose aux Etats de l’UE et à l’Occident en général l’ouverture d’une négociation pour l’élaboration collective d’un « Traité paneuropéen de sécurité ».Celui-ci devait intégrer toutes les questions de sécurité du continent,le contrôle des armements et le désarmement.Seule condition:que l’OTAN arrête son élargissement vers l’Est . »La préoccupation de base qui anime M. Medvedev,celle d’une Europe coupée en deux (…) apparait pertinente » juge alors Fabio Liberti, de l’Institut des Relations internationales (IRIS), dans le « Monde Diplomatique ».L’Union européenne,elle,ne daignera même pas entamer des discussions exploratoires sur ce projet.Elle préfèrera donner le feu vert à l’installation du « bouclier antimissiles » sur le sol européen,quitte à accroitre les tensions,voire à relancer la course aux armements.
Voilà qui donne une idée des changements à opérer dans l’UE et ses Etats membres pour qu’ils puissent vraiment mériter un jour le Prix Nobel de la Paix.




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