Posts filed under ‘Francis Wurtz’

L’ARCHET CONTRE LE « KARCHER » ou LA MUSIQUE AU SERVICE DE L’EMANCIPATION SOCIALE

Nous venons de célébrer la Fête de la musique.  A cette occasion, je voudrais m’arrêter sur le cas d’un concert hors du commun: celui que vient d’offrir à celles et ceux qui ont eu la chance de pouvoir y assister l’ « orchestre des jeunes DEMOS ».   Dans la mythologie grecque, Démos fut l’un des fils d’Aphrodite, la plus aimée des déesses.  Dans le cas présent, le sens du nom choisi est plus prosaïque: « Dispositif d’Education Musicale et Orchestrale à vocation Sociale ».  Mais l’expérience qu’il désigne suscite l’émerveillement.

Résumons: 450 jeunes Franciliens de 7 à 12 ans, habitant des quartiers souvent en difficultés, suivent depuis des mois un apprentissage intensif – quatre heures par semaine, en plus des exercices en famille – de pratique orchestrale.  Ils n’ont pas de connaissances musicales au départ et ne se destinent pas à une carrière musicale.  Et pourtant, il faut voir leur sérieux, leur discipline collective, leur  application, leur fierté!  Et quel répertoire! Haydn, Borodine, Moussorgski, Bizet, Gustav Mahler, Tchaïkovski, Stravinski, Bernstein, Haendel, Dvorak…  On reste sans voix en voyant, tour à tour, la centaine d’enfant de chacun des quatre orchestres qui se succèdent au cours de la soirée s’installer en bon ordre, prenant grand soin de leur instrument, puis se concentrer, chacune et chacun, sur son rôle, le tout sans stress apparent.  Ils s’appellent Yacine, Farah, Christian ou Youri; ils vivent à Aubervilliers, Stains, Colombes ou Ivry.

Et les voilà réunis à la Salle Pleyel, l’une des  plus prestigieuses salles de concert de la capitale – dont le Président, Monsieur Laurent Bayle, a beaucoup œuvré à la réussite de ce beau projet -, avec deux jeunes et brillantes chefs d’Orchestre, qui se succèdent au fil des quatre parties: Debora Waldmann et Zahia Ziouani (dont les lecteurs réguliers de cette tribune connaissent la personnalité attachante et le bilan déjà exceptionnel à seulement 33 ans).  On imagine la somme de travail mais aussi de plaisir que traduit un tel résultat!

Par dizaines, musiciens – de l’Orchestre de Zahia Ziouani, « Divertimento » ainsi que de l’Orchestre de Paris – et autres professionnels font partager leur expérience, semaine après semaine, à ces jeunes, par petits groupes de quinze, avant de les réunir tous ensemble, pour des répétitions ou des concerts.  La motivation que ces garçons et ces filles tirent de leur création commune, la confiance qui leur est témoignée et le respect qui les entoure dans ce lien social fabuleux font le reste.  Les familles de ces enfants, loin de se désintéresser de cette expérience, s’y investissent elles aussi.  C’est dire si celle-ci mérite d’obtenir les moyens publics de sa pérennisation, non seulement en Ile de France, mais à l’échelle du pays.  Souhaitons que l’effet « archet » remplace au plus vite l’effet « Karcher »…

 

Il serait intéressant de connaître les éventuelles expériences similaires ayant cours dans d’autres pays européens.  Dans un passé désormais lointain, la Hongrie, sous l’impulsion du grand compositeur Zoltan Kodaly, était à l’avant-garde à cet égard.  Dès la fin des années 60, on y enseignait quotidiennement la musique dans un grand nombre d’écoles et on croisait fréquemment des classes entières au concert ou à l’opéra.  Est-il permis d’espérer que la France donne bientôt l’exemple, à son tour?

24 juin 2011 at 3:00 Laisser un commentaire

2012 ET L’ALTERNATIVE EN EUROPE

Les résultats des récents scrutins chez nos voisins européens nous confortent en même temps qu’ils nous interpellent.  D’un côté, ils confirment la force de rejet des politiques de régression sociale et d’amputation de la démocratie érigées partout en nouveau modèle européen.  Mais, de l’autre, ils illustrent la profondeur du désarroi de millions de citoyens face à l’absence de toute perspective, jugée crédible, de changement.  Certes, en Espagne a eu lieu le riche et prometteur mouvement des « Indignés ».  Quant à la « Gauche Unie », elle y a amélioré son résultat, ce qui est encourageant.  Mais au final, le grand vainqueur est l’une des droites les plus dures du continent!  De même, au Portugal, si le Parti communiste a maintenu son influence (ce qui n’est pas le cas de l’autre parti progressiste, le Bloc de Gauche), il reste que, dans son ensemble, la gauche de transformation sociale est à un niveau qui n’empêche pas …le parti de M. Barroso, le Président de la Commission européenne, de triompher et d’annoncer une accentuation de la politique massivement contestée depuis des mois!  Il en va de même en Allemagne, où la victoire des verts (et le léger recul de la Linke) dans d’importantes élections locales ne laissent en rien présager des ruptures avec le fond de la politique de Madame Merkel (sauf sur…le nucléaire).  Dans tous les cas, des attentes seront déçues et l’idée terriblement pernicieuse qui risque de s’ancrer toujours plus dans les consciences sera que, décidément, quoiqu’on fasse dans chaque pays, la même politique, concoctée sur le plan européen, se poursuit inéluctablement.

C’est cette idée qu’il nous faut vaincre, à tout prix, à l’occasion des échéances de 2012.  Et c’est possible.  Pour avoir une chance d’y parvenir, une bataille d’idées vivante, rigoureuse et mobilisatrice est naturellement nécessaire.  L’acquis de la campagne contre le traité constitutionnel de 2005 et nombre d’enrichissements qui y ont été apportés depuis constituent un argumentaire solide, à condition d’éviter la manie du slogan et tout glissement pseudo-radical vers le « y a qu’à », qui rendent tout projet inaudible.  Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Mais pour être crédible, un projet de réorientation de l’Europe, doit, en outre, être susceptible d’être fortement soutenu, au delà de la France, dans un certain nombre de pays européens.  Non par leur gouvernement, mais par ces mouvements sociaux divers et puissants qui se mobilisent pour un vrai changement sans entrevoir le moyen de le réaliser dans un seul pays.  Voilà le « secret » permettant de bousculer les rapports de force et d’ouvrir une crise salutaire dans les structures obsolètes du pouvoir européen.  Dans cet esprit, je me réjouis, pour ma part, de retrouver dans le projet de « programme partagé » du Front de Gauche, les grandes lignes d’une proposition développée ici-même dans une précédente chronique: en cas de victoire de la gauche, portée par un mouvement populaire large et conscient, « la France prendra l’initiative d’ Etats généraux de la refondation européenne, en faisant appel à toutes les forces politiques et sociales disponibles en Europe… »   Cette démarche d’ouverture – venant d’un pays vers lequel seront tournés tous les regards et beaucoup d’espoirs – vers les syndicats européens dans leur diversité, les mouvements associatifs, tous les mouvements sociaux, les initiatives citoyennes du type des « indignés », les élus progressistes, etc. pour dire ensemble ce qui ne peut plus durer ainsi que les deux ou trois changements majeurs qui nous rassemblent me parait capitale pour espérer casser le fatalisme et ouvrir les chantiers de l’avenir.

20 juin 2011 at 6:46 Laisser un commentaire

« L’EUROPE »!, C’EST DU CONCRET!

         La Conférence nationale du PCF, qui vient de se réunir le week-end dernier, n’a pas discuté que du candidat à l’élection présidentielle.  Le projet de programme élaboré en commun par les partenaires du Front de gauche, et qui va être, à présent, soumis à la discussion de nos concitoyens et enrichi par leurs observations, a également occupé une partie des débats.  C’est cet engagement très concret qui sera la colonne vertébrale de la campagne en vue de la double échéance de 2012: législative (élection des députés appelés à voter les futures lois) et présidentielle.

Pour approfondir les échanges à ce propos, une séance de travail a été organisée sous forme de « ruches »: entre 60 et 70 tables rondes regroupant chacune une dizaine de participants ont ainsi discuté de l’un ou de l’autre des thèmes centraux du projet de programme, pour en souligner tant les points forts que les lacunes.  J’ai moi-même pris part à l’une de ces « ruches », dont le sujet était « l’Europe », mais pas en général et dans l’abstrait!  Chacune et chacun de nous devait s’efforcer d’illustrer, à partir de son expérience et de sa réflexion personnelles, le type de questions que le programme du Front de gauche devait aborder pour avoir une chance de devenir « populaire », c’est à dire, « être partagé » non seulement par les trois partis du Front de gauche mais par de larges secteurs du « peuple de gauche » dans sa diversité.

Expérience concluante!  Jean-François, du Nord, évoqua d’emblée le « pacte pour l’euro+ », ce projet global lancé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en cours de finalisation dans les institutions européennes, et qui vise à installer durablement un régime de régression sociale au nom de la lutte contre les « déficits publics ».  Il montra pourquoi ce pacte a besoin d’être révélé, décrypté, combattu et mis en échec.  Avec raison a été souligné l’atout que représente pour cette contre-offensive la levée de bouclier contre cette lourde menace de tout le mouvement syndical européen. Un postier de Haute Savoie a, quant à lui, attiré l’attention sur l’enjeu des services publics, qui se pose, lui aussi, à l’échelle européenne.  Il cita l’exemple d’une conquête des postiers allemands – un salaire minimum pour ce secteur, en l’absence de tout SMIC national – menacé d' »illégalité » par la Cour européenne de Justice, car considéré comme un obstacle déguisé à la libre concurrence au détriment d’un groupe privé néerlandais qui envisageait de ravir une partie du marché postal allemand, mais en payant des salaires plus bas! Hervé, de Seine-Saint-Denis, mit l’accent, à partir de son expérience d’élu territorial, sur la nécessité de « réhabiliter les dépenses publiques utiles » face à la diabolisation de celles-ci au nom de la chasse indistincte aux « déficits »;  Jean-Noël, des Bouches du Rhône et Claire de l’Aude, insistèrent sur l’exigence de substituer à la mise en concurrence des universités « un processus solidaire d’échange des savoirs ».  Liliane, de l’Allier, aborda le sujet de la politique agricole commune et expliqua l’importance de « prix rémunérateurs » pour perpétuer l’agriculture paysanne.  Une nouvelle élue du Conseil régional des Pays de la Loire et Bernard, de l’Aisne illustrèrent le poids que prend l’enjeu d’une « autre utilisation de l’argent » et, en conséquence, la bataille pour « changer l’euro », sans tomber dans le piège de sortir de la monnaie européenne.etc… Une leçon de choses à méditer!

9 juin 2011 at 1:44 Laisser un commentaire

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