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6 JUIN 1944-6 JUIN 2024 : LA PAIX, URGENCE VITALE !
Les commémorations du 80ème anniversaire du Débarquement nous rappellent l’un des événements les plus glorieux de notre histoire contemporaine. Le souvenir du sacrifice inouï consenti par des milliers de soldats alliés sur les plages de Normandie pour la libération de notre pays mérite assurément un hommage renouvelé à ces héros et notre profond respect pour leur éminente contribution à la paix.
Pour cette raison même, ces cérémonies doivent se prolonger par une réflexion lucide et sans concession sur les raisons qui ont, peu à peu, conduit le monde dans une situation que les contemporains du 6 Juin 1944 espéraient définitivement révolue. En Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et jusqu’en Europe, la guerre est de retour et le droit international -symbolisé par les Nations unies et leur Charte, issues de la Libération- est bafoué au point d’être menacé dans son existence même.
La vérité oblige à dire que les principales puissances de l’après-guerre n’ont pas tardé à tourner la belle page de l’alliance anti-hitlérienne : 14 mois, jour pour jour, après le « D-day », ce fut l’horreur d’Hiroshima, suivi de celle de Nagasaki, avant tout conçues par le Président Truman comme l’affirmation de la suprématie de l’Amérique, au prix de plus de 200 000 morts ! Puis ce fut la « guerre froide », avec la remilitarisation forcenée des relations entre les anciens alliés : création de l’OTAN suivie de celle du Traité de Varsovie, course à l’armement nucléaire; crise des missiles de Cuba; crise des euromissiles; sans parler des multiples conflits indirects entre Ouest et Est, tels la guerre de Corée; l’expédition de Suez; la guerre du Vietnam ; la guerre d’Afghanistan…
La fin de la « guerre froide » a-t-elle mis fin aux méfaits du vertige de la « puissance », l’un des deux anciens ennemis ayant disparu ? C’est le contraire qui est vrai, comme l’illustre le choix stratégique de l’élargissement de l’OTAN jusqu’au quasi-encerclement de la Russie . Et ce malgré de nombreuses mises en garde lancées par de hauts responsables américains à l’adresse de leur Président. L’un d’entre eux, George Kennan -pourtant ancien théoricien de la « guerre froide »- fut, dès 1997, très explicite à cet égard : « L’élargissement de l’OTAN serait l’erreur la plus fatale de la politique américaine de toute l’ère de l’après-guerre froide. On peut s’attendre à ce qu’une telle décision enflamme les tendances nationalistes, anti-occidentales et militaristes de l’opinion russe (…), qu’elle rétablisse l’atmosphère de la guerre froide dans les relations Est-Ouest et qu’elle oriente la politique étrangère russe dans des directions qui ne nous conviennent pas » (1). À méditer par les va-t-en-guerre qui ne voient de salut, face à l’agression russe contre l’Ukraine, que dans l’escalade militaire et l’extension de l’OTAN…
Parallèlement à cette dangereuse fuite en avant, Washington et ses alliés jettent depuis une trentaine d’années de l’huile sur le feu au Moyen-Orient en garantissant aux dirigeants israéliens l’armement et l’impunité dont ils ont besoin pour poursuivre occupation, colonisation et guerres, jusqu’à l’apocalypse de Gaza.
Quant à l’insécurité humaine -alimentaire, sanitaire, climatique…- encore bien plus meurtrière que les guerres, elle passe, dans ce contexte, par pertes et profits. Après les discours de paix de ce 6 Juin, il est d’une urgence vitale de passer aux actes.
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(1) New-York Times, 5/2/1997
QU’ATTEND LA FRANCE POUR RECONNAÎTRE L’ÉTAT DE PALESTINE ?
Depuis le début de la guerre, d’une sauvagerie sans précédent, que livre l’armée israélienne à la population, en grande majorité civile, de Gaza, deux pays de l’Union européenne -l’Espagne et l’Irlande- se sont distingués par leur engagement en faveur d’une position de l’UE à l’égard d’Israël qui soit ni plus ni moins que conforme au droit international. Sans succès. Rappelons que les « 27 » avaient, bien entendu, unanimement condamné, en termes très clairs, les massacres et les prises d’otages du Hamas, le 7 octobre 2023. La suite fut, en revanche très chaotique : la Présidente de la Commission se précipita chez Netanyahu sans même mentionner l’exigence de respecter le droit humanitaire; un commissaire décida sans concertation de couper les aides à…l’Autorité palestinienne (pourtant frontalement opposée au Hamas) avant d’être rappelé à l’ordre par le Chef de la diplomatie européenne; la ministre de la défense de la République tchèque avait même proposé à son gouvernement de quitter l’ONU, qualifiée d’ « organisation qui soutient les terroristes » parce que son Assemblée générale avait appelé à une « trêve humanitaire immédiate », tandis que le Chancelier allemand, mettait en avant « le droit et même le devoir d’Israël de défendre ses habitants ».
Face à ce spectacle déplorable, qui s’est traduit, à chaque vote aux Nations unies sur cette guerre, par un éclatement de l’UE entre « pour », « contre » et « abstentions », l’Espagne et l’Irlande, rejoints par la Slovénie et Malte se sont rencontrés en marge d’un Sommet à Bruxelles, le 22 mars dernier, pour affirmer ensemble une position claire et juste sur la situation au Proche-Orient. « Nous sommes d’accord pour dire que le seul moyen de parvenir à une paix durable et à la stabilité dans la région est de mettre en œuvre une solution à deux Etats, israélien et palestinien vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité » ont-ils souligné, en annonçant leur décision de reconnaître l’Etat de Palestine.
Pour quelle raison la France n’en fait-elle pas autant, elle qui fut, dans le passé, le fer de lance de la solidarité avec le peuple palestinien en Europe? Serait-ce parce qu’ « aucune grande puissance occidentale ou membre du G7 ne l’a fait » (Le Monde) ? Aujourd’hui que l’Espagne, l’Irlande et la Norvège (non membre de l’UE) ont franchi le pas et que la Slovénie et Malte s’apprêtent à faire de même, la France est dans le carré de queue de la communauté internationale (aux côtés des Etats-Unis, du Canada, du Japon, de l’Australie, de la Grande Bretagne et de la majorité des membres de l’UE) sur ce dossier ô combien emblématique !
Alors que « la solution à deux Etats » (qui n’a officiellement jamais cessé d’être la position de Paris) fait son retour sur le devant de la scène internationale; alors que l’Assemblée générale de l’ONU vient de constater (à 143 voix pour -dont la France !- contre 9 et 25 abstentions) que « l’Etat de Palestine remplit les conditions requises pour devenir membre »de l’ONU et « devrait donc être admis à l’Organisation »; et alors que le Procureur de la Cour pénale internationale a déposé des requêtes aux fins de délivrance de mandats d’arrêts « concernant l’Etat de Palestine », la France privilégie son allégeance à la « famille occidentale » sur sa fidélité à la cause d’une paix juste et durable au Proche Orient, qui passe aujourd’hui par un engagement concret, fort et immédiat pour un État palestinien. Ce « Jupiter » est décidément petit.
UKRAINE : QUESTIONS SUR UNE « CONFÉRENCE DE PAIX »
Les 15 et 16 juin prochains doit se tenir en Suisse une « Conférence de haut niveau sur la paix en Ukraine ». L’annonce en fut faite par le chef de la diplomatie helvétique devant l’Assemblée générale des Nations unies, en février dernier. Cette initiative fait suite à une demande insistante en ce sens du Président Zelensky. Quoiqu’il en soit, dans le contexte que l’on sait, voilà une nouvelle qui, à première vue, ne laisse pas indifférent. Pourtant, plus on se rapproche de l’échéance, plus le doute s’installe sur la portée réelle de l’événement.
D’abord, qu’en est-il de la Russie ? A-t-elle été conviée ? Pas « à ce stade » répondent les autorités suisses, qui reconnaissent pourtant qu’« un processus de paix sans la Russie est inconcevable »… La Conférence en question ne constituerait donc qu’une première étape destinée à « stimuler un futur processus de paix ». Parmi les 160 pays invités figure, en revanche, la Chine, dont « le rôle actif peut certainement accélérer nos progrès sur la voie (…) vers une paix juste pour l’Ukraine » déclarait même…Volodymyr Zelensky, le 11 avril dernier ! Si, en effet, Pékin est aujourd’hui le principal allié de Moscou, il n’en demeure pas moins que, comme le « Sud global » en général, la Chine n’a qu’une hâte: « que la paix et la stabilité (soient) rapidement rétablies sur le continent européen », comme ie rappelait le Président Xi Jinping le 15 mai dernier. Le contenu de la réponse de la Chine à l’invitation de la Suisse devenait dès lors un élément décisif de la crédibilité de la Conférence de paix.
Pékin fit connaître sa position le 18 mars dernier en ces termes : « La Chine soutient la tenue en temps voulu d’une conférence de paix internationale reconnue par la Russie et l’Ukraine, qui garantisse la participation égale de toutes les parties et des discussions équitables sur tous les plans de paix ». Or, dans le projet suisse, la conférence annoncée doit se réunir sans la Russie et discuter d’un seul plan de paix : celui du Président Zelensky. La participation de la Chine semble donc compromise. Comment faut-il, dès lors, comprendre l’annonce du Chancelier Scholz, à son retour de Pékin, à la mi-avril, déclarant à la presse internationale que « la Chine et l’Allemagne veulent se concerter de manière intensive et positive sur la promotion de l’organisation d’une conférence de haut niveau en Suisse et de futures conférences internationales pour la paix » ? Le dirigeant allemand est-il prêt -lui qui souligne volontiers que « la parole de la Chine a du poids en Russie »- à tenter d’obtenir des organisateurs de ladite Conférence qu’ils adaptent sa composition et son ordre du jour pour permettre une participation fructueuse de Pékin à cet événement ? Ou espérait -t-il rallier la Chine aux conditions occidentales ? Dans ce cas, le dirigeant allemand dut déchanter en prenant connaissance de la réaction, sereine mais dénuée d’ambiguïté, de Pékin à sa déclaration : « Cette réunion est encore en préparation et il reste encore beaucoup de travail avant la tenue de la Conférence de paix », une déclaration à mettre en rapport avec une position maintes fois rappelée par les autorités de ce pays : « le respect de la souveraineté territoriale de tous les pays » (donc également de l’Ukraine) -ce à quoi s’oppose Moscou- mais aussi la nécessité de prendre en considération les préoccupations de sécurité de la Russie -ce que refuse l’OTAN- . Entendre l’un de ces éléments en ignorant l’autre reviendrait à se priver du concours, manifestement reconnu comme précieux, de la Chine dans la recherche d’une issue politique au désastre humain et politique dans lequel s’enfonce l’Europe. A suivre…




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