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DISCOURS DE MACRON SUR L’EUROPE : GARE AUX « FAKE NEWS » !
Le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe, à la Sorbonne, le 25 avril dernier, appelle beaucoup plus que quelques chiquenaudes politiciennes. Le Président français a évoqué des enjeux suffisamment importants pour mériter qu’on s’y arrête pour ouvrir à leur sujet un authentique débat de fond.
Ainsi, l’Union européenne risque-t-elle d’être « reléguée », peut-elle « mourir », comme l’a affirmé sur un ton délibérément dramatique le Chef de l’Etat ? Hélàs, oui ! Encore faut-il clarifier le diagnostic de ce déclin. Sommes-nous la citadelle assiégée qu’il décrit pour justifier « un nouveau paradigme de défense », autrement dit un saut inédit dans la re-militarisation de l’Europe ? Ou n’est-ce pas avant tout le modèle économique néolibéral -celui que la majorité des Françaises et des Français avait rejeté en 2005 en s’opposant au traité constitutionnel européen- qui est en cause ? A force de peser sur les moyens de vivre des ménages; de brider les dépenses d’éducation, de santé, de recherche ; de refuser de se servir des capacités phénoménales de financement de la Banque centrale européenne pour promouvoir les services publics ; de laisser libre cours aux capitaux à la recherche permanente des placements les plus lucratifs; de pratiquer jusqu’à l’overdose le libre-échange à l’échelle de la planète…, l’UE ne cesse de se fragiliser, notamment par rapport à son principal concurrent : les Etats-Unis. Forts du statut scandaleusement privilégié du dollar, ceux-ci font financer par leurs « alliés » une partie de leurs dépenses utiles comme de leurs gigantesques gabegies, en particulier militaires. En outre, si le conflit russo-ukrainien est, à tous égards, un désastre pour l’UE, il constitue une aubaine tant stratégique qu’économique pour les Etats-Unis. Et, en prime, Biden, « l’ami » des Européens, s’efforce d’attirer outre-Atlantique les entreprises de l’UE à coup de plusieurs centaines de milliards de dollars de subventions, au nom de …la lutte contre l’inflation !
Il en résulte que les remèdes au déclassement de l’Union européenne ne se situent ni dans l’émergence d’un « pilier européen au sein de l’OTAN » ni dans la constitution d’une « intimité stratégique » entre les armées des « 27 », qualifiée d’ « occasion extraordinaire de pousser nos standards » au profit de notre industrie de défense, encore moins dans le fait de voir dans l’armement nucléaire français « un élément incontournable de la défense du continent européen » ! Le salut de l’Europe ne passera pas davantage par la création d’un « Conseil de sécurité intérieure » chargé de la « maîtrise des frontières » de l’UE en vue de renforcer la lutte contre l’immigration. Toute cette partie du discours présidentiel témoigne d’une valorisation délibérée des thèmes chers à la droite et à l’extrême-droite.
L’autre partie mérite un examen plus détaillé. Si elle est dramatiquement faible sur la politique climatique, si elle comporte son lot de promesses démagogiques ou, pour le moins, ambiguës (« mettre fin à l’Europe compliquée »), elle évoque aussi des formules qui sonnent comme des remises en cause de poncifs Maastrichtiens : « politique industrielle » ; « doubler les investissements publics »; « dérogation à la libre concurrence »…et même -comme l’avaient déjà fait Sarkozy et Hollande avant des élections !- le changement du mandat de la Banque centrale européenne pour y inclure « des objectifs de croissance et de décarbonation ». Plutôt que de laisser le super-candidat de « Renaissance » s’approprier, au passage et dans le flou, ces idées, le temps d’une campagne électorale, ouvrons sans attendre le débat ! Non aux « fake news » !
L’ESCALADE, POISON DES RELATIONS INTERNATIONALES
« Il est grand temps d’arrêter le cycle dangereux de représailles au Moyen-Orient »insista opportunément Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations-unies, face au risque d’un « conflit régional généralisé » , lorsque tombèrent les premières dépêches sur « des explosions » près de la ville iranienne d’Ispahan, qui abrite des sites militaires, y compris nucléaires. « Empêcher toute escalade » : tel fut également l’objet de l’appel lancé ce même 19 avril à « toutes les parties » par les ministres des Affaires étrangères du « G7 » (Etats-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, , Grande-Bretagne, Italie). Manifestement, bien que plus limitée que ce qu’on redoutait, cette réplique (israélienne) à la réplique (iranienne) inquiétait en premier lieu -légitimement- Washington, ce qui ne l’empêcha pas de décider aussitôt de nouvelles livraisons d’armes à l’une des « parties »…Or, pour éviter une escalade, il faut que les deux protagonistes le veuillent. Si l’un des deux estime que c’est à l’autre de faire le premier pas, c’est l’engrenage ! Dans l’immédiat, il semble qu’on ait évité ce piège. Mais tant que subsisteront ces deux régimes, nous resteront loin d’une relation apaisée entre les deux pays : comme le notait le grand quotidien libanais « l’Orient-Le Jour » : « La guerre n’est pas évitée, elle est reportée ». Le Moyen-Orient manque cruellement d’une architecture de sécurité assurant à chaque peuple -et d’abord au peuple palestinien- des garanties solides de respect de ses droits fondamentaux et créant, par là même, les conditions d’une paix durable.
Dans un tout autre contexte, les mêmes questions de fond se posent face à la cruelle guerre russo-ukrainienne. Même si l’agresseur et l’agressé y sont clairement identifiés, l’escalade militaire n’y mène qu’à plus de guerre, avec la circonstance aggravante que se confrontent ici, indirectement, deux puissances nucléaires : l’OTAN et la Russie. C’est cette spécificité -sans précédent- qui avait fait dire dès novembre 2022 au Chef d’Etat-major des armées des Etats-Unis, le Général Milley : « L’une des choses que j’ai toujours en tête, c’est la maîtrise de l’escalade. Les Russes ont la capacité de détruire l’humanité. Tout mouvement doit être mûrement réfléchi. » Et il ajouta, quitte à tourner le dos à l’orientation de son Président : « Il peut y avoir une solution politique, où, politiquement, les Russes se retirent. C’est possible ! » 17 mois et des milliers de morts plus tard, on en est toujours, dans chaque camp -celui de l’agresseur comme celui de l’agressé et de ses alliés-, à s’engager à aller « jusqu’au bout » (?) pour « gagner la guerre »…Jusqu’où poussera-t-on cette fuite en avant -tels deux bolides fonçant l’un contre l’autre, chacun escomptant que l’autre cède en premier- au risque du pire ? Est-ce réellement la bonne et la seule voie de la solidarité avec le peuple ukrainien ?
En vérité, dans le monde d’aujourd’hui, plus interdépendant qu’il ne l’a jamais été, l’escalade est un poison des relations internationales. En plus de n’aboutir, dans le meilleur des cas, qu’à une « victoire » à la Pyrrhus de l’un des deux belligérants, elle rend de plus en plus difficile l’indispensable quête de stabilité durable des relations avec l’ancien ennemi, sitôt la guerre terminée. En Europe aussi, il nous faudra reconstruire une architecture de sécurité aujourd’hui effondrée. C’est, du reste, pour avoir négligé cette tâche, essentielle à une paix durable, dès les lendemains de la chute de l’Union soviétique -en préférant lancer l’irresponsable extension de l’OTAN, quitte à nourrir le nationalisme russe- que nous devons, 30 ans plus tard, gérer un désastre anachronique. Il est grand temps d’en tirer les leçons.
DÉJOUER LE STRATAGÈME MACHIAVÉLIQUE DE NETANYAHOU !
L’attaque aérienne de l’Iran sur Israël dans la nuit du 13 au 14 avril dernier relevait davantage du symbole politique que de l’agression militaire (*). Téhéran estimait devoir riposter à l’affront inouï qu’a représenté, le 1er avril dernier, le bombardement du consulat iranien dans la capitale syrienne, tuant 16 personnes dont d’éminents chefs militaires iraniens. Netanyahu en fut le dernier surpris et put se prémunir sans grande difficulté contre l’attaque en question. Le grand risque est désormais qu’il exploite, avec le machiavélisme qu’on lui connaît, la triple « opportunité » que lui offre cette nouvelle situation.
D’abord, il cherchait depuis des semaines le moyen de justifier auprès de son opinion publique, de plus en plus hostile à son action, une extension de la guerre qui lui permette de se maintenir au pouvoir : il espère l’avoir trouvé, en relançant le thème, passablement usé ces derniers temps, du « droit légitime d’Israël à se défendre » . Ensuite, frapper les installations nucléaires iraniennes est une vieille obsession du pouvoir israélien. Si l’allié américain l’a jusqu’ici dissuadé de pousser l’irresponsabilité jusqu’à cette extrémité, par crainte des bouleversements imprévisibles qui pourraient en résulter, le risque existe que les jusqu’au boutistes en place à Tel-Aviv jugent le moment propice à leur aventure. Enfin, les mêmes peuvent estimer que les peurs d’un embrasement régional détournent opportunément les regards internationaux de l’apocalypse en cours à Gaza.
Face à un tel risque d’engrenage, Washington serait avisé de tempérer son « soutien inébranlable » à Israël en le conditionnant à l’arrêt du cycle provocateur de son dangereux partenaire. Quant à Paris, après la publication de l’encourageante Déclaration conjointe avec la Jordanie et l’Egypte qui, il y a quelques jours, appelait « tous les acteurs à s’abstenir de toute attitude escalatoire », on est en droit d’en attendre des actes concrets conformes à cette juste demande.
Quant aux arguments à faire valoir pour ne pas laisser passer au second plan le sort des Gazaouis, laissons la parole à un acteur de premier plan du travail humanitaire international, qui vient de détailler les insoutenables réalités de cette catastrophe : « Le système alimentaire et les chaînes de valeur de l’agriculture se sont effondrés (…) L’activité de pêche est largement interrompue (…) Plus de 300 granges, 100 entrepôts agricoles, 119 abris pour animaux, 200 fermes ont été détruits (…) La coupure totale d’électricité commencée le 11 octobre 2023 se poursuit (…) Le nombre maximum de camions entrant quotidiennement (est tombé) de 500 avant l’escalade de la violence (…) à une moyenne de 65 (…) Les pathologies liées à la promiscuité, à la mauvaise qualité de l’eau, au manque d’hygiène corporelle et à la dégradation de l’environnement sont en forte augmentation (…) Le système de santé local (est) détruit (…) L’accès à l’eau pour la boisson, le bain et le nettoyage est estimé à 1,5 litre par personne et par jour, alors que la quantité minimale d’eau nécessaire à la survie est de 15 litres selon les normes internationales (…) Les enfants sont exposés à un risque majeur de déshydratation aiguë pouvant entraîner leur mort(…) C’est ce constat qui a amené la Cour internationale de Justice à ordonner à Israël d’empêcher la famine qui « s’installe » à Gaza ». (1) A chacune et à chacun de prendre ses responsabilités.
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(*) Ces lignes sont écrites le 14/4/2024
(1) Dr Pierre Micheletti, ancien président d’Action contre la faim, membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (Dans le media en ligne « The conversation »)




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