Posts filed under ‘Francis Wurtz’

 « DEVOIR DE VIGILANCE »: RETOUR SUR UN COMBAT DE CLASSE !

L’effondrement de l’usine textile Rana Plaza (Bangladesh), qui causa la mort de 1138 travailleuses et travailleurs et 2500 blessés (!) , il y a dix ans, reste dans toutes les mémoires. Cette catastrophe meurtrière, survenue après plusieurs autres désastres de même nature, suscita une indignation d’autant plus vive que les multinationales responsables se défaussaient systématiquement de leur négligence criminelle sur leurs innombrables filiales, leurs fournisseurs ou leurs lointains sous-traitants. C’est dans ce contexte que se multiplièrent des actions militantes visant à mobiliser les opinions publiques en faveur de lois imposant aux grands groupes industriels un « devoir de vigilance » protégeant les droits humains fondamentaux  et garantissant, le cas échéant, l’accès des victimes à la justice, et ce sur toute la chaîne de valeur. La gauche parlementaire française finit par réussir , non sans débats entre ses différentes composantes, à arracher au gouvernement Hollande, tout à la fin de son quinquennat, malgré la farouche opposition du Medef, la fameuse « loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre » de 2017. Critiquée légitimement pour son manque d’ambition (En février dernier, le tribunal de Paris a rejeté la plainte de six ONG contre TotalEnergies en soulignant l’imprécision de la loi), cette législation n’en fut pas moins la première, parmi les pays dits industrialisés (pays membres de l’OCDE), à s’attaquer à l’impunité des multinationales. Elle représentait par là même un utile point d’appui pour pousser plus loin ce type de conquête sociale et environnementale. 

C’est ce qui vient d’intervenir au Parlement européen. Après l’adoption de la loi de 2017 en France, suivie par un processus semblable en Allemagne puis aux Pays-Bas, la Commission s’était enfin résolue à présenter, en février 2022, un projet de directive censé responsabiliser les grandes entreprises européennes sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. Sur cette base, les Etats membres ont adopté, en décembre dernier, un texte de compromis au rabais : par exemple -à la demande de la France- l’inclusion du secteur financier dans la loi dépendrait du bon vouloir de chaque pays, et les obligations pour les banques resteraient en tout état de cause extrêmement limitées…En revanche, le Parlement européen vient de sauver l’honneur : malgré un lobbying des grands groupes industriels plus intense que jamais, relayé par une bonne partie de la droite, une large majorité de parlementaires européens vient de se prononcer, le 1er juin dernier, pour un contenu sensiblement plus avancé. Seraient concernées toutes les entreprises -européennes ou non- de plus de 250 salariés, dont le chiffre d’affaires dépasse 40 millions d’euros (150 à l’international). Les victimes de dommages auraient un accès garanti à la justice. Les entreprises en infraction encourraient de lourdes amendes. Les établissements financiers entreraient dans le champ d’application de la directive, etc…À présent commence un bras de fer de plusieurs mois entre les deux co-législateurs européens : le Parlement et le Conseil (les gouvernements). Mieux vaudrait que les citoyennes et citoyens ne restent pas spectateurs de ces méga-négociations !
Car, a l’évidence, nous sommes face à un vrai combat de classe à l’échelle européenne. 

15 juin 2023 at 5:57 Laisser un commentaire

MACRON EN CHINE : UN SILLON A CREUSER

Incontournable Chine ! On se souvient des nombreuses critiques qu’avait suscitées la visite -d’à peine onze heures !- du Chancelier allemand, Olaf Scholz, à Pékin, en novembre dernier -une « première » depuis 2019- : « Au sein de sa propre coalition, chez ses partenaires européens et à Washington, ce voyage est suivi avec scepticisme », notait alors le grand quotidien allemand, la « Frankfurter Allgemeine Zeitung » (FAZ). Notamment parce que le Président  Xi Jinping n’avait « toujours pas condamné la guerre d’agression russe en Ukraine », soulignait alors la FAZ. 

Entre-temps, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, s’est rendu à son tour dans « l’empire du Milieu » en insistant précisément sur le rôle potentiel de la Chine en tant que médiateur pour la paix : d’obstacle, la proximité sino-russe était devenue une opportunité, Pékin étant finalement reconnu comme l’un des rares sinon le seul État à même d’influer sur la stratégie de Poutine. C’était aller à l’encontre des observations du secrétaire général de l’OTAN, estimant que « la Chine n’est pas très crédible », ou des jusqu’au-boutistes de l’UE, tel le Président lituanien, pour qui « l’objectif de la Chine est de poursuivre cette guerre, de la rendre encore plus sanglante » (1).  

C’est dans une optique semblable à celle de son homologue espagnol qu’Emmanuel Macron avait préparé son voyage, ce dont on ne pouvait que se réjouir. S’il existe un espoir, ténu, d’entrevoir, à terme, une chance de règlement politique de cet insupportable conflit, il passe, en effet, par une implication de la diplomatie chinoise aux côtés d’autres acteurs internationaux, notamment occidentaux, en plus des autorités ukrainiennes . Cependant, il y a encore loin de la coupe aux lèvres ! D’abord, on a du mal à comprendre l’intérêt qu’a vu le Président français à associer à son initiative la Présidente de la Commission européenne, qui épouse la ligne américaine, favorable à une « victoire militaire » du camp occidental et, en réalité, hostile à toute entremise de Pékin dans cette affaire. Ainsi, tandis que le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, lui-même, avait tenu à souligner que « la Chine n’a franchi aucune ligne rouge pour nous » et que le partenariat entre Pékin et Moscou « est diplomatique, mais (que les Chinois) n’ont jamais développé d’alliance militaire », et même qu’ils souhaitaient « minimiser le risque d’être associés aux activités militaires russes », Ursula von der Leyen a, quant à elle, critiqué violemment la Chine pour son soutien à la Russie. Pour entamer des discussions, on peut mieux faire.

En outre, s’ils souhaitent réellement œuvrer pour une médiation de la Chine, Emmanuel Macron et d’autres dirigeants européens ne pourront faire l’économie d’une sérieuse négociation avec Washington : ils ne peuvent espérer de Pékin qu’il fasse efficacement pression sur Moscou sans rien modifier, en retour, aux options occidentales. Une chose est de désigner clairement l’agresseur et l’agressé, autre chose de continuer à miser sur une reddition sans condition du premier et à une domination sans limite de l’OTAN. On le voit : il reste du chemin à faire. La « re-connexion » avec Pékin est une bonne chose. À présent, il s’agit de creuser le sillon.

———

(1) « Euronews » (14/3/2023)

13 avril 2023 at 4:06 Laisser un commentaire

« LE MONDE », « LES GAUCHES » ET LA GUERRE EN UKRAINE

Par antiaméricanisme, antimilitarisme ou détestation de l’OTAN, dans plusieurs pays, des courants situés à gauche de la tradition sociale-démocrate sont hostiles ou réticents à aider militairement Kiev » : c’est par cette enfilade de vocables délibérément négatifs que le journal « Le Monde » (2-3 avril 2023) a résumé les positions de partis de gauche -pour l’essentiel membres du groupe « The Left« (anciennement « Gauche unitaire européennne ») au Parlement européen- sur la guerre russo-ukrainienne, avant de les détailler dans un long article qui mérite quelques observations.

Soulignons tout d’abord le choix des auteurs de cette enquête de prendre insidieusement pour référence, à gauche, un courant présumé favorable à « la montée en puissance de l’OTAN », au « compagnonnage (sic) avec les Etats-Unis », à l’augmentation massive des dépenses militaires ou à l’envoi de chars en Ukraine, et, à tout le moins, sceptique et réservé sur le plan de paix de la Chine. Toute autre tradition de gauche est, dès lors, ramenée à une « mouvance politique » hors norme, dont le « credo » est un anti-impérialisme « inspiré du marxisme »; un antiaméricanisme « hérité de la guerre froide »et un antimilitarisme « viscéral ».

Parmi ces dissidents de la gauche de référence, sont citées d’authentiques formations progressistes, comme Podemos et la Gauche unie en Espagne; Syrisa en Grèce; Die Linke en Allemagne; le Parti du travail de Belgique; l’alliance Sinistra-Verdi en Italie; la LFI en France…mais aussi le « Mouvement 5 étoiles » italien (fondé jadis par Bepe Grillo), qui est à la gauche ce que le théâtre de boulevard est à la tragédie grecque !

Mais, foin de polémique ! Les valeurs de gauche appliquées à la situation actuelle appellent à mon sens une condamnation radicale de l’agression criminelle de la Russie de Poutine contre l’Ukraine et l’exigence du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La question est : quelle voie préconiser pour avancer dans les moins mauvaises conditions vers cet objectif ? Est-ce « de gauche » d’apporter son soutien à un affrontement militaire de fait entre l’OTAN et la Russie, au coût humain incommensurable et au prix d’une militarisation à outrance de tout l’Occident et d’un alignement complet sur la stratégie dominatrice de Washington ? Et surtout au nom d’une hypothétique « victoire » à la Pyrrhus de l’Ukraine face à une imprévisible puissance nucléaire en crise ? Je le pense d’autant moins qu’existent -de la part de la Chine, du Brésil de Lula et d’autres pays à même d’influer sur les deux protagonistes du conflit- des chances non explorées à ce jour d’ envisager un règlement politique global de ce conflit mondialisé. Un règlement « global » signifiant d’apporter, parallèlement aux garanties de souveraineté dues au peuple ukrainien, des garanties de sécurité à tous les peuples de la région -y compris le peuple russe, une donnée que les dirigeants occidentaux ont négligée depuis la chute de l’Union soviétique, malgré les mises en garde répétées d’anciens hauts responsables américains eux-mêmes. Avec Jaurès, travaillons à une « paix durable entre les nations, la paix definitive ».

6 avril 2023 at 6:08 Laisser un commentaire

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