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NETANYAHOU : L’IMPUNITÉ ALIMENTE L’ESCALADE
Chaque année, le 30 mars, les Palestiniens commémorent la « Journée de la Terre ». Cette journée de lutte fait référence à une puissante grève des Palestiniens d’Israël qui eut lieu ce même jour en 1976 pour protester contre la confiscation de 2500 hectares de terre en Galilée par le gouvernement de l’époque. L’armée réprima dans le sang cet acte de résistance avec une violence inouïe : c’est cette tragédie, et la cause à laquelle elle est intimement liée -la défense de leur terre au sens le plus large- , qui réunissent en cette journée l’ensemble des Palestiniens.
C’est la proximité de ce moment emblématique -et du début du ramadan…- qu’a choisie la coalition d’extrême-droite au pouvoir en Israël pour voter, à la Knesset, le 21 mars dernier, l’annulation de la loi ordonnant en 2005 l’évacuation de quatre colonies de Cisjordanie. Cette décision est ouvertement provocatrice. Il s’agit, en effet, de revenir 18 ans en arrière, quand le pourtant très réactionnaire chef du gouvernement d’alors, Ariel Sharon, partisan du « Grand Israël », s’était senti contraint de faire un geste vis-à-vis de ses parrains occidentaux , dans un contexte de fortes pressions internationales contre la prolifération des colonies dites « sauvages », car établies sans autorisation préalable des autorités .
Parmi les rares ministres qui s’étaient alors opposés à Sharon figurait un certain Benjamin Netanyahou. Celui-ci entend signifier aujourd’hui qu’il se sent assez fort pour casser la timide concession de son lointain prédécesseur. Les colons évacués en 2005 pourront donc se réinstaller sur des terres privées palestiniennes. Parmi eux figure une députée proche du ministre suprémaciste Ben Gvir, en charge de…la Sécurité nationale et de la Cisjordanie ! Le ministre des finances, l’ultra-orthodoxe Smotrich, s’était, quant à lui, illustré deux jours plus tôt dans une « cérémonie » aux allures de meeting d’extrême-droite, à Paris, par son abjecte sortie raciste sur le thème : « Il n’y a pas de Palestiniens. Ils n’ont ni histoire, ni culture ». Pour avoir prouvé le contraire, près d’une centaine d’entre eux sont morts depuis le début de l’année…
L’impunité alimente l’escalade : Netanyahou -ce personnage massivement contesté dans la rue par la population israélienne, fut salué dès son investiture comme son « ami depuis des décennies » par Joe Biden , avant d’être reçu en grande pompe par Emmanuel Macron, une semaine après le funeste assaut de l’armée israélienne sur le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, en Cisjordanie, qui avait fait onze victimes.
Même le putsch judiciaire que tente Netanyahou en soumettant la Cour suprême -seul contrepoids institutionnel du pays- à sa majorité parlementaire ne suffit pas aux dirigeants occidentaux pour se décider enfin à réagir au danger : celui d’une immunité totale pour Netanyahou et d’une voie libre aux pires ambitions de sa coalition raciste et ultra-nationaliste en matière d’occupation, de colonisation et d’annexion. La France est, paraît-il, « extrêmement préoccupée » par la situation en Israël, exactement -au mot près- comme les Etats-Unis…Aveugles ou complices, jusqu’où ?
20 ANS APRÈS, L’AMER SOUVENIR DE LA GUERRE D’IRAK
Quiconque s’interroge encore sur les raisons du profond scepticisme, sinon de la défiance, qui traverse nombre de sociétés à travers le monde à l’égard des Etats-Unis et de leurs alliés, gagnerait à se rappeler les traits essentiels de l’une des aventures les plus désastreuses dans lesquelles ceux-ci se soient lancés : la guerre d’Irak il y a tout juste 20 ans. Pour aller vite, on peut en retenir cinq caractéristiques majeures : les contrevérités ; l’illégalité ; les complicités ; l’irresponsabilité et finalement l’impunité .
Les contrevérités au sujet des buts de guerre de Washington restent dans toutes les mémoires. Des instituts indépendants ont recensé 935 mensonges de toute l’équipe dirigeante des Etats-Unis !
L’illégalité de cette guerre au regard de la Charte des Nations-unies fut officiellement confirmée par le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Aucun résolution ne fut soumise au Conseil de sécurité, la France ayant menacé d’user de son droit de veto.
Les complicités avec les agresseurs furent, néanmoins , nombreuses. Le 30 janvier 2003, les dirigeants de huit pays européens -Grande-Bretagne, Danemark, Pologne, Hongrie, République tchèque, Italie, Espagne et Portugal- appellent à l’unité derrière les Etats-Unis, au nom de nos « valeurs communes ». Le 5 février, c’est autour de l’Albanie, de la Bulgarie, de la Croatie, des 3 pays baltes, de la Macédoine, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Slovénie (dits « Groupe de Vilnius ») de faire allégeance aux Etats-Unis. Le 16 mars, un Sommet réunit aux Açores, autour de George. W. Bush, l’Anglais Tony Blair, l’Espagnol Aznar et le Portugais Barroso pour annoncer leur engagement dans la guerre contre l’Irak.
L’irresponsabilité de cette invasion se mesure d’abord au nombre de victimes qu’elle aura provoquées : 655 000 morts selon la revue médicale « The Lancet » (2006) et même plus d’un million selon l’Institut britannique « IIACSS » (2007), en sachant que le conflit fit encore de nombreuses victimes les années suivantes. On se rappelle les exactions tant de l’armée américaine (Abou Graïb …) que des 160 000 mercenaires de Blackwater. S’y ajoutent l’exil de 2,5 millions d’Irakiens (chiffre de 2006), l’enlèvement de 10 000 femmes victimes de la traite (selon le « Minoritory Rights Group ») et, pour toute la population, l’enfer généré par l’implantation progressive d’Al-Qaeda puis de Daech, les violences endémiques, les luttes d’influence, l’instabilité, la corruption , la pauvreté.
Enfin, l’impunité est, en l’occurrence, un mot faible. Non seulement, aucun des fauteurs de guerre ne fut inquiété, mais beaucoup d’entre eux furent récompensés : le très dévoué Premier ministre danois, Fogh Rasmussen, qui se qualifia lui-même de « faucon », devint Secrétaire général de l’OTAN; le Premier ministre portugais, Barroso, initiateur du Sommet des Açores, fut nommé Président de la Commission européenne; le fidèle entre les fidèles Tony Blair obtint le titre d’envoyé spécial au Moyen Orient où il fit de juteuses affaires. Quant à Joe Biden, alors Président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat et « fervent partisan de l’invasion américaine de l’Irak » (Jean-Pierre Filiu), il poursuivit une brillante carrière…
QUI A PEUR DU PLAN DE PAIX DE LA CHINE ?
Joe Biden ne voyant dans le plan de paix de la Chine rien « qui puisse bénéficier à qui que ce soit d’autre que la Russie », ses alliés européens ont fidèlement repris la même antienne : pour M. Stoltenberg, Secrétaire général de l’OTAN, « la Chine n’est pas très crédible », tandis que pour Mme Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, il s’agit d’examiner les positions de Pékin « en tenant compte du fait que la Chine a pris parti » pour Moscou. Quant au Chancelier allemand, Scholz, il a conseillé à ses pairs de « nous faire aucune illusion sur la Chine »…Le porte-parole du Secrétaire général des Nations-Unies a eu beau souligner que le document publié par la Chine constituait une « importante contribution » en insistant notamment sur le fait que « l’appel sur la nécessité d’éviter l’utilisation de l’arme nucléaire (était) particulièrement important », rien n’y fit.
Même la tonalité inattendue de la réaction du Président Zelensky, jugeant « très positif que la Chine envoie certains signaux » et affirmant qu’il était « dans l’intérêt de l’Ukraine d’avoir une réunion avec la Chine » n’ a pas suffi à amener les dirigeants européens à déroger à leur docilité moutonnière à l’égard de Washington.
Au royaume des aveugles, les borgnes étant rois, Emmanuel Macron passerait presque , dans ce contexte affligeant, pour courageux ! Tout cela pour avoir « osé » convenir d’une évidence en soulignant que « le fait que la Chine s’engage dans des efforts de paix est tout à fait bon » et en annonçant un prochain voyage à Pékin pour amorcer « le temps de la reconnexion ». À suivre…
Rappelons quelques points forts de la Déclaration chinoise : « Respecter la souveraineté de tous les pays »; prendre au sérieux « les intérêts et préoccupations sécuritaires des différents pays »; « cesser les hostilités (et ) promouvoir progressivement la désescalade; lancer des pourparlers de paix »; « accroître les aides humanitaires »; « protéger effectivement les civils et les prisonniers de guerre »; « préserver la sécurité des centrales nucléaires »; « s’opposer à la menace ou à l’emploi d’armes nucléaires (comme) à la recherche, au développement et à l’utilisation des armes chimiques et biologiques par quelque pays que ce soit, dans quelques circonstances que ce soit »; « faciliter l’exportation des céréales »…
Beaucoup de ces positions rejoignent celles de l’Ukraine et pourraient s’avérer de précieux points d’appui pour faire pression sur la Russie -à commencer par l’exigence de « respect de la souveraineté » (La Chine n’a d’ailleurs jamais reconnu l’annexion de la Crimée par Moscou). D’autres propositions répondent aux demandes de longue date de la Russie -en particulier la prise en considération de ses enjeux de sécurité, autrement dit l’arrêt de l’extension de l’OTAN. N’est-ce pas le propre d’un règlement politique -et la condition sine qua non d’une paix durable- de chercher à répondre aux intérêts légitimes des différentes parties en conflit ?
Ceux qui attendent comme seule issue la capitulation sans condition de Moscou veulent-ils vraiment la paix ?
A l’inverse, qui veut vraiment arrêter -à temps- l’insupportable massacre devrait se saisir sérieusement de la chance que représenterait une médiation chinoise .




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