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EUROPE : SIX MOIS POUR CHANGER LA DONNE !

« Dans six mois, le 26 mai 2019, auront lieu les élections européennes. Vous être un très grand nombre à ne pas (ou à ne plus) vous reconnaître dans les politiques et le mode de fonctionnement de l’actuelle Union européenne. Un très grand nombre également à souhaiter agir pour de vrais changements dans les domaines du social, de l’écologie, de la solidarité en Europe. Vous allez avoir une carte à jouer pour changer la donne, et cette carte, la voici ! » Cette démarche toute simple pourrait être, à mes yeux, un excellent fil rouge de la campagne des soutiens de la liste de rassemblement annoncée par les communistes, avec Ian Brossat.

Alors, quelle est cette « carte à jouer »?  C’est la part -très sous-estimée- de pouvoir sur « l’Europe » de demain que chacune et chacun d’entre nous va avoir entre ses mains  le jour du vote. Autrement dit, le jour où nous aurons la possibilité de changer le rapport de force au Parlement européen. En effet, au risque de me répéter, je me permets d’insister : d’abord, la plupart des « directives » ou des « règlements » européens , souvent légitimement contestés,  n’existent que parce qu’une majorité de parlementaires européens les a adoptés. Ensuite, concernant le budget européen, dont les orientations suscitent également du mécontentement très compréhensible, par exemple en matière de politique agricole commune ou de « fonds structurels » (Fonds social européen, Fonds européen de développement régional, Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche…), il faut savoir ( et faire savoir ) que les parlementaires européens ont le dernier mot sur l’ensemble des dépenses de l’Union européenne. Enfin, si nous sommes de ceux ou celles qui estiment -là encore non sans raison-  que la Commission européenne pêche par arrogance et mériterait d’être davantage soumise à la volonté des peuples, nous avons, à nouveau, tout à gagner à nous intéresser de près à qui va nous représenter au Parlement de Strasbourg : les députés européens ont, en effet, le pouvoir de censurer -autrement dit de renverser- l’exécutif européen. À tout le moins peuvent-ils et elles jouer de cet ultime recours pour s’en faire entendre et respecter. Ils l’ont d’ailleurs fait une (seule) fois : en 1998, en poussant l’ensemble de la Commission à la démission. C’est sur chacun de ces terrains, et d’autres encore, que nous détenons, avec notre bulletin de vote, le moyen de faire bouger le rapport de force. Et quand cette « carte » est délaissée par plus de 20 millions d’électrices et d’électeurs (56,5% des inscrits et même 73% des moins de 35 ans !) abstentionnistes en 2014 par défaut d’information sur les vrais enjeux du scrutin, on mesure l’ampleur du cadeau involontaire ainsi fait aux promoteurs de l’Europe libérale (en économie) et autoritaire (sur le plan politique) . Corriger, même très partiellement, cette terrible anomalie peut « changer la donne ».
Or, s’il y a une liste dont on puisse être sûr.e qu’elle est prête à jouer pleinement son rôle sur tous ces terrains -parce qu’elle est l’héritière de plusieurs décennies de fidélité à cette orientation-, c’est celle que je viens de nommer. Nous avons six mois pour gagner cette manche.

29 novembre 2018 at 4:57 Laisser un commentaire

L’IRRESPONSABILITÉ DES PROMOTEURS DU BREXIT

Les promoteurs du « Brexit » ont décidément trompé le peuple britannique sur toute la ligne ! On se souvient de leurs promesses honteusement mensongères sur le bénéfice que le pays était censé tirer de la sortie de l’UE : 350 millions de Livres Sterling (445 millions d’euros) PAR SEMAINE -un chiffre totalement farfelu !- qui devaient, qui plus est,… aller au système de santé du Royaume-Uni ! Mais il n’y a pas que le recours à la caricature populiste qu’on puisse reprocher à ces ultra-conservateurs prêts à tout pour arriver à leurs fins. Leur nationalisme les a rendus, en outre, réellement incapables de prendre la mesure des interdépendances créées par 45 années d’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne, malgré les nombreuses spécificités et dérogations dont leur pays a bénéficié au sein de cette « Union ». C’est ainsi qu’on a récemment entendu le …ministre alors en charge des négociations du Brexit, Dominic Raab, reconnaître publiquement qu’il n’avait pas réalisé combien la voie maritime Calais-Douvre était importante pour le commerce britannique ! « Une telle ignorance de la part d’un ministre perturbe beaucoup de gens » avait légitimement commenté le leader travailliste, Jérémy Corbyn (1).

Deux ans et demi après le vote, voici les députés britanniques placés devant un sacré dilemme : ou opter pour le « No deal » (absence d’accord avec l’UE) et prendre le risque de plonger le pays dans le chaos (les scénarios des experts britanniques font frémir en cas d’annulation brutale de tous les accords de coopération noués dans le cadre de l’UE !) ou accepter le projet d’accord négocié par Theresa May avec les « 27 », qui tourne le dos aux promesses faites aux électeurs. Qu’on en juge ! Le « Brexit » devait rapporter beaucoup d’argent : en fait, il va coûter cher. En effet, le dû à l’UE en vertu des engagements financiers pris par Londres approche les 50 milliards d’euros auxquels vont s’ajouter deux années de cotisations supplémentaires car la Grande-Bretagne a demandé à pouvoir rester dans l’UE jusqu’à la fin de 2020 au moins pour amortir les conséquences de la sortie. Mais surtout, la promesse No 1 était que le « Brexit »permettrait à Londres de recouvrer la pleine souveraineté vis-à-vis de « Bruxelles ». Or, c’est l’exact contraire qui se produit aujourd’hui : après le 29 mars prochain, les Britanniques n’auront plus ni parlementaires européens, ni Commissaire européen, ni juge à la Cour européenne et leur gouvernement perdra sa place au Conseil européen ! En revanche, ils devront continuer d’appliquer intégralement les règles européennes , dépendront toujours de la Cour européenne et ne pourront pas conclure d’accord commercial bilatéral avec d’autres pays, tels les Etats-Unis, pour une durée indéterminée, c’est-à-dire tant qu’ils resteront dans « l’Union douanière » avec l’UE, afin de pouvoir continuer d’ importer sans entraves ce dont ils ont besoin et vendre leurs biens sans droit de douane dans toute l’UE -ce qui est vital pour le pays- tout en évitant de rétablir une frontière entre l’Irlande du Nord (sous contrôle britannique) et la République d’Irlande (membre de l’UE). Tout cela était parfaitement prévisible, sauf que l’obsession du « chacun pour soi » -ou la conviction que le chantage exercé sur l’UE allait faire céder celle-ci- l’a emporté sur tout le reste auprès des hérauts du « Brexit ». Mais c’est le peuple britannique -et, le cas échéant, les peuples de l’UE- qui risquent de payer le prix de leur irresponsabilité. À méditer.

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(1) « The Guardian » (14/11/2018)

23 novembre 2018 at 5:19 Laisser un commentaire

1918-2018 : TIRONS LES BONNES LEÇONS DE L’HISTOIRE.

A la veille de la commémoration du centenaire de l’Armistice de 1918, il n’est pas vain de rappeler quelques vérités élémentaires qui ne semblent toujours pas évidentes pour tous.

Ainsi entend-on certains vouloir « célébrer », y compris par un défilé militaire, la « Victoire » de 1918. Peut-on encore s’en glorifier, un siècle après cette barbarie, qui a fait près de 10 millions de morts et 21 millions de blessés, et fut « essentiellement l’oeuvre des hauts industriels des différents Etats de l’Europe, qui la voulurent, la rendirent nécessaire, la firent, la prolongèrent (et dans laquelle) on croit mourir pour la patrie; (mais) on meurt pour les industriels » (Anatole France dans « l’Humanité » du 18/7/1922) ?! A l’heure où s’émoussent nombre de repères et se rompent des digues vitales pour assurer une paix durable, il faut réagir contre ce type de re-formatage réactionnaire des esprits .

Cette nécessaire vigilance ne concerne pas seulement l’analyse du premier conflit mondial lui-même mais aussi la gestion irresponsable des suites de la « victoire » en question. Cela nous renvoie au traité de Versailles, dont le centenaire, en 1919, sera à surveiller de près. N’a-t-il pas servi de levier à Hitler pour créer les conditions de son accession au pouvoir en 1933 ? « La guerre 39-45 trouve son origine dans les dispositions du traité de Versailles » reconnait un ancien diplomate français , pourtant grand défenseur de Georges Clemenceau qui fut le négociateur le plus intransigeant de ce traité (1). Le thème de l’humiliation infligée à la nation allemande par le « Diktat » de Versailles a imprégné des générations d’Allemands.

En outre, avec les « traités annexes » (Saint-Germain-en-Laye, Trianon, Sèvres, Lausanne…) , Versailles et ses suites ont redessiné le continent européen dans un sens et dans des conditions qui se reflètent encore aujourd’hui -ou plutôt à nouveau- dans la montée des nationalismes , dans bien des pays européens . Dans la Hongrie d’Orban, par exemple, la référence au traité de Trianon , signé dans la foulée de celui de Versailles, est omniprésente pour entretenir la nostalgie revancharde des frontières de la Hongrie d’avant le « vol » , en particulier de la Transylvanie rattachée à la Roumanie en 2020 en guise de récompense pour son ralliement de dernière heure aux vainqueurs de la guerre de 14-18. D’ores et déjà, des manifestations commémoratives sont annoncées à Budapest pour le Centenaire de Trianon , qu’Orban souhaite « grandiose et tragique »…De l’autre côté de la frontière, les nationalistes s’apprêtent, au contraire, à célébrer le souvenir de la « Grande Roumanie » héritée de Trianon . C’est comme cela que se nourrissent mutuellement les nationalismes sans que l’on sache jusqu’où ils peuvent conduire des peuples désorientés.

Ces questions ont donc toute leur place dans le débat sur l’avenir de l’Europe, dans et au-delà de l’Union européenne. Répétons à ce propos , une fois encore, l’intérêt majeur que représenterait , dans ce contexte, le lancement d’un processus visant à réunir au plus vite une nouvelle « Conférence pan-européenne de sécurité et de coopération » associant tous les pays du continent et impliquant les sociétés civiles à sa préparation et à son déroulement.
————
(1) Jacques-Alain de Sédouy, dans un entretien accordé à la Mission du Centenaire .

8 novembre 2018 at 4:09 Laisser un commentaire

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