Posts filed under ‘BCE’

Un véritable coup d’État financier

L’interview paru le  14 novembre 2011 dans l’Humanité

Dans deux pays de la zone euro, dont l’un est fondateur de la Communauté européenne, les marchés ont réussi à propulser leurs hommes. Les deux sont des anciens de Goldman Sachs, l’une des plus puissantes banques d’affaires américaines au cœur des manipulations financières colossales à l’origine de la crise du système. C’est un véritable coup d’État financier. Les marchés ont utilisé leur arme, à savoir la hausse vertigineuse des taux d’intérêt, pour menacer d’étranglement un pays qui ne répondrait pas à leurs injonctions. C’est extrêmement grave du point de vue démocratique. Aujourd’hui, Mario Monti et Lucas Papademos sont pressentis pour répondre aux exigences des marchés et ont exigé, pour y parvenir, d’avoir le soutien des principaux partis politiques. Les pires partis de droite vont utiliser le mécontentement qui naîtra de ces politiques pour dénoncer ces orientations, l’illégitimité de ces gouvernements non élus et les atteintes à la souveraineté. On imagine à partir de là ce que représenterait le fameux saut fédéral. Si l’on veut préparer une sortie par le haut de cette crise, il faut absolument se détacher de cette dépendance absolue aux maarchés. Ce qui ramène à nos propositions sur un tout autre rôle pour la Banque centrale européenne qui doit utiliser son pouvoir illimité de création monétaire pour financer les investissements publics de création sociale à l’opposé des mesures d’hyper-austérité qui sont aujourd’hui la condition de l’aide financière. Il faut enfin récuser cette violation énorme de la souveraineté populaire et travailler à l’implication des citoyens et à la conquête de pouvoirs d’intervention.

Propos recueillis par Lina Sankari

16 novembre 2011 at 2:32 Laisser un commentaire

UNE EUROPE DEMOCRATIQUE EST-ELLE POSSIBLE ?

Un quarteron de puissants s’attribuant le droit d’humilier toute une nation,de placer sous tutelle ses institutions,de sommer son peuple de « choisir » entre la soumission et l’exclusion : le spectacle hideux qu’offre l’ « Union » européenne,aux prises avec la plus grave crise de son histoire,met une fois encore,et plus vivement que jamais,à l’ordre du jour la question de sa légitimité démocratique.

Mais qui donc dirige aujourd’hui l’ « Europe »? Le Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement? Ce serait en soi le fruit d’une super-délégation de pouvoir fort contestable. Mais tel n’est même pas le cas! En réalité,les rênes sont tenus par la dirigeante de l’économie la plus riche -cautionnée par le soutien inconditionnel de son fidèle allié, flatté de jouer ainsi dans la cour des grands- auxquels s’ajoutent le président « indépendant » de la Banque centrale et le coordinateur des ministres des finances de la zone euro. Le fait que la seule évocation d’un référendum mette ce petit monde en transe en dit long sur une pierre angulaire de leur construction: la peur des peuples. Ce n’est pas chose nouvelle. Depuis qu’ont été posés les premiers jalons de ce projet, les affaires de l’Europe ont été jugées trop sérieuses pour être confiées aux Européens. Ceux-ci sont traités en « consommateurs » et, le moment venu, en électeurs,bien plus qu’en citoyens. La « méthode Monnet » (du nom du principal « père de l’Europe ») consistait dès le début à éluder tout débat politique,à tenir les peuples à l’écart des choix cruciaux,à mettre en place un « engrenage » (spill over) conduisant subrepticement d’une étape à l’autre,le tout étant gravé dans le marbre de traités réputés intangibles…

Alors,une Europe démocratique est-elle possible et à quelles conditions ?En accordant plus de prérogatives au Parlement européen? Il est déjà co-législateur et peut utilement voir encore élargir ses compétences.Mais il  ne saurait à lui seul combler la carence rhédibitoire de cette construction en matière de démocratie, d’autant qu’il est tenu de respecter les traités… En impliquant effectivement et non symboliquement les parlements nationaux dans les décisions essentielles? C’est indispensable mais tout aussi insuffisant pour changer la donne en profondeur.

Le maillon manquant, ce sont les citoyens eux-mêmes, et il est décisif. La rupture radicale à opérer est bien de créer les conditions de leur intervention politique éclairée, comme en 2005,en France, mais de façon durable et non limitée à un seul pays. La profondeur de la crise du modèle libéral européen et la force des aspirations au changement dans toute l’Europe donnent à cette perspective une crédibilité absolument sans précédent. La question est:d’où peut partir l’impulsion d’un tel mouvement? Un gouvernement clairement de gauche, en France en 2012,pourrait prendre l’initiative de réunir des « Etats généraux de la refondation européenne » en y invitant toutes les forces politiques, syndicales et associatives disponibles en Europe pour dégager les axes majeurs d’un nouveau cours européen. Cette idée, familière aux lecteurs de cette chronique est désormais une proposition officielle du Front de gauche. Et un espoir de renouveau démocratique pour l’Europe.

10 novembre 2011 at 9:53 2 commentaires

GARE AU « GOUVERNEMENT ECONOMIQUE EUROPEEN »!

L’atmosphère est de plus en plus électrique dans les milieux dirigeants de la zone euro.  Intervenant après nombre d’expressions publiques contradictoires et même de violentes polémiques sur la conduite à tenir face à « la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale » (Jean-Claude Trichet), la démission surprise du numéro deux – allemand – de la Banque centrale européenne, la semaine dernière, illustre la profondeur du désarroi qui règne au sommet de l’ « Union ».  Il y a, cependant, trois points très cohérents sur lesquels toute cette « élite » se retrouve pleinement.  Un: hors du « désendettement » à marche forcée, quelqu’en soit le coût social (et le risque de récession), point de salut!  Deux: comme les reculs sociaux sont difficiles à imposer durablement aux peuples, les politiques  économique et budgétaire, voire sociale, ne peuvent plus être laissées entre les mains des parlements – trop influençables par les citoyens et les mouvements sociaux – ni même des gouvernements, fragilisés par… le suffrage universel.  Trois: pour « rassurer les investisseurs » sur le marché financier, il n’y a pas d’autre issue que de soustraire à leur tour ces politiques (comme c’est déjà le cas de la politique monétaire) aux aléas du débat public et des échéances électorales de chaque pays,  pour les confier à une autorité unique, européenne, tenue à des « règles » coercitives, chargée de veiller au respect de la « discipline » et dotée du pouvoir de « sanctionner » les contrevenants.

         Il s’agit là de la conception la plus autoritaire du fédéralisme, très éloignée de l’utopie d’apparence généreuse et solidaire propagée au début de la construction européenne.  Dans certains pays membres, les promoteurs de ce projet de « saut fédéral » qualifient celui-ci de grand pas vers « plus d’Europe », en misant sur la persistance supposée de l’attachement d’une large partie de l’opinion publique à cet « idéal ».  En France, où la perspective d’un tel renoncement au débat démocratique et à l’exercice de la souveraineté populaire est massivement rejetée, ses partisans évoquent plus volontiers le vocable très ambigu de « gouvernement économique ».  Nicolas Sarkozy en a fait son cheval de bataille, mais tant le PS qu’ Europe Écologie-les Verts s’y réfèrent également.  Or, tous sont forts discrets sur les implications concrètes de leur « solution ».

Il est grand temps de clarifier, aux yeux du plus grand nombre, les enjeux réels d’un tel basculement!  La campagne pour les élections présidentielles et législatives, en particulier ne saurait faire l’impasse sur un choix aussi fondamental, qui appelle, au contraire, des confrontations d’idées franches et précises.

        Certes, il y a loin de la coupe aux lèvres!  Ces bouleversements ont peu de chances de s’imposer en l’état, encore moins à court terme.  Cependant, l’impasse du système actuel est si explosive que le choix va, de plus en plus, se résumer à deux options ou la fuite en avant de type fédéral pour tenter de faire passer par la contrainte centralisée ce que la voie démocratique ne permet pas d’obtenir dans chaque pays, ou un changement de cap structurel de la politique européenne [1].  Dans l’imbroglio de la période que nous vivons, chaque initiative politique peut donner une impulsion décisive à l’une ou à l’autre des deux options.  Une opportunité à saisir par les forces de  gauche….

15 septembre 2011 at 2:19 1 commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 295 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

juin 2026
L M M J V S D
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  

Archives

Catégories

Pages

Pages