Posts filed under ‘Francis Wurtz’

QU’EST-CE QU’UN PROGRAMME DE CAUCHE « CREDIBLE »?

Divers commentateurs ont accueilli les « 30 engagements pour le changement » publiés par le Parti socialiste en soulignant qu’ils traduisaient la volonté de ce parti de « soigner sa crédibilité ».  Toute la question est de savoir ce qu’on entend par là.  Le texte du PS fournit une réponse: « les Français le savent, des efforts seront demandés pour rétablir la situation. »  Et de préciser, par exemple, que les dépenses publiques (budget national, sécurité sociale, collectivités territoriales) connaitraient une progression nettement… »inférieure à la croissance, CONFORMEMENT AUX SOUHAITS DU NOUVEAU PACTE EUROPEEN.« 

          La « crédibilité » d’un programme de gauche peut-elle être mesurée à son degré de soumission aux exigences européennes actuelles?  Cela mérite une discussion sérieuse et publique.  Pour ma part, cela me parait non seulement impensable d’un point de vue social, mais extrêmement dangereux sur le plan politique: accepter l’inacceptable, simplement parce que c’est « conforme aux souhaits » du pacte Merkel – Sarkozy reviendrait à ouvrir une voie royale au populisme antieuropéen de l’extrême droite.  Autant il ne s’agit pas de raisonner comme si la France était une île déserte, autant, en l’occurrence, la gauche française a les moyens – donc le devoir – de s’appuyer sur le véritable phénomène de rejet que suscite l’avalanche de mesures européennes visant à faire payer aux populations le coût exorbitant de la crise du système et de la dette publique qui en résulte.  Il est donc impératif que la gauche – toute la gauche! – s’élève, vent debout, contre le « pacte de compétitivité » rebaptisé « pacte pour l’euro ».  Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est tout le mouvement syndical européen.

          Rappelons, en effet, que ce fameux « pacte » vise à installer durablement un régime de régression sociale, d’allégeance aux marchés financiers et de centralisation des politiques économiques, budgétaires, et, pour une part, sociales, en violation des acquis les plus fondamentaux de la souveraineté populaire et de la démocratie parlementaire elle-même. C’est, en quelque sorte, une tentative de généraliser à tous les pays de l’Union européenne la logique d’ « ajustements structurels » chère au Fonds Monétaire International aujourd’hui imposée à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal. Construire un front commun européen contre cette immersion dans l’hyper austérité et la mise sous tutelle des assemblées élues, c’est le défi à relever par la gauche européenne.

          Voilà pourquoi un programme de gauche « crédible » doit, à mes yeux, accorder aujourd’hui une place de choix aux efforts pour réorienter en profondeur les orientations européennes.  Trois « engagements pour le changement » en Europe devraient notamment faire l’objet d’une large convergence à gauche.  D’abord, donner la priorité au développement social, ce qui passe par la mise en cause radicale du « pacte pour l’euro ».  Ensuite, s’attaquer à la toute-puissance des marchés financiers, ce qui nécessite une transformation des missions de la Banque centrale européenne (qui a les moyens de financer les investissements publics axés sur le développement social en évitant de subir les exigences folles de rentabilité des « investisseurs »).  Enfin, impliquer les peuples, les citoyens, les acteurs sociaux dans l’élaboration, l’évaluation et le contrôle des politiques européennes.

14 avril 2011 at 11:44 1 commentaire

EUROPE: QUE FERAIT LA GAUCHE?

Aujourd’hui, nous nous opposons frontalement à Nicolas Sarkozy sur sa politique européenne en général et son « pacte » diabolique avec Angela Merkel en particulier.  « Mais que ferait la gauche à ce sujet si elle était élue en 2012? » nous interroge-t-on parfois ces temps-ci?  Voilà, en effet, une grande question à mettre en débat parmi nos concitoyens et concitoyennes, en plaçant tous les partis et acteurs concernés face à leurs responsabilités.

Je ne vise pas, disant cela, une petite polémique politicienne facile, pour « marquer un point » (virtuel) contre un concurrent électoral.  Non: la question est beaucoup plus sérieuse!  On le sait: sous la houlette des plus puissants d’entre eux, les dirigeants européens ont mis sur les rails un programme d’hyper austérité, de régression sociale et d’atteinte grave à la souveraineté populaire, appelé « pacte pour l’euro » ou « gouvernance économique ».   Il faut absolument le mettre en échec!  La question est dès lors: comment faire pour que les échéances – présidentielle et législatives – de 2012 soient utiles pour atteindre cet objectif?  Ce défi interpelle TOUTES les forces de gauche.

C’est le cas du PS, puisque tous les partis socialistes au pouvoir en Europe acceptent jusqu’ici les politiques d’austérité comme un choix inéluctable.  Mais au-delà du PS, le problème essentiel posé à toute la gauche est qu’une majorité d’Européens – pourtant profondément hostiles à ces mesures – ne voient pas comment faire pour faire changer de cap à cette satanée Union européenne.  Voilà le premier obstacle à lever.  Et c’est possible.  Dans le contexte actuel – huit grèves générales en Grèce; mobilisations sans précédent depuis l’instauration de la démocratie au Portugal; défaite historique de l’ex-gouvernement « modèle » en Irlande; manifestation monstre à Londres, inconnue depuis l’ère Thatcher; reconnaissance officielle, à la Commission européenne, que « jamais le marché unique n’a été aussi impopulaire »; annonce inimaginable jusqu’ici, que la Confédération européenne des syndicats ne soutiendrait pas un traité européen intégrant cette « gouvernance européenne » qu’elle compare à une politique « coloniale »; publication d’un Manifeste signé par 3000 économistes français se déclarant « atterrés » par l’actuelle politique européenne… – imaginons l’effet qu’aurait dans nombre de pays l’initiative d’une gauche française victorieuse d’ouvrir le débat de fond sur ce qui ne peut plus durer en Europe et sur les changements à promouvoir!  Que les bouches s’ouvrent d’Athènes à Dublin et de Paris à Berlin!

Pourquoi ne pas tenter de faire grandir l’idée – jusqu’à la rendre très difficile à récuser y compris par la partie la plus timorée de la gauche – de la tenue d’une sorte d’ « Etats généraux du renouveau européen »  auxquels seraient conviés organisations syndicales, mouvement associatif, représentants d’élus et de réseaux citoyens de toute l’Union européenne -le tout préparé, relayé et popularisé par l’internet et les réseaux sociaux?  Créer, en pleine crise de confiance vis à vis de l’actuelle « Europe », les conditions d’un « tous ensemble » européen, à partir des puissantes luttes en cours et des multiples recherches de réponses progressistes aux problèmes de notre époque: une idée à creuser, à gauche!

 

9 avril 2011 at 8:56 Laisser un commentaire

EUROPE: POUR UNE CONTRE-OFFENSIVE DE GAUCHE!

La gravité de la situation internationale a quelque peu occulté le sommet des Chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne des 24 et 25 mars derniers.  Il serait pourtant irresponsable de banaliser le « changement profond du projet européen » qu’il a entériné.  Philippe Ashkenazi, économiste de renom, à qui j’emprunte cette appréciation, n’hésite pas à établir un parallèle qui ne manque pas de pertinence, en affirmant qu’il est « étrange de retenir pour l’Europe la même priorité économique que le régime de Ben Ali, qui s’enorgueillissait tant d’avoir fait de la Tunisie, à coups d’injustices sociales et de chômage massif des jeunes, le pays le plus compétitif du continent africain, si l’on en croit le classement du Forum de Davos, tout aussi « inspiré » que la diplomatie française. »  De fait, si l’Union européenne n’a jamais manifesté de passion pour le progrès social, c’est la première fois qu’elle installe explicitement – et dans une optique durable – un régime structuré et centralisé de régression sociale au nom de l’impératif de la « compétitivité », au sens le plus étroit du terme.  Les nouvelles valeurs européennes s’appellent : »surveillance des politiques budgétaires »; « renforcement de la discipline »; « durcissement du pacte de stabilité »; « pacte pour l’euro »; « maitrise des coûts salariaux »; « diminution des dépenses publiques »; « relèvement de l’âge de la retraite »; « incitation à la flexicurité »…  Son mécanisme d' »aide » aux pays en difficultés est si généreux que le Premier Ministre portugais – qui a pourtant imposé trois plans d’austérité insoutenables à son peuple en moins d’un an – a préféré démissionner plutôt que d’endosser la responsabilité d’y avoir recours.

Cette « réforme de la gouvernance économique », fièrement portée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, puis saluée avec lyrisme par le Président de la Commission à Bruxelles, M. Barroso, comme « le plus grand changement accompli par l’Union européenne depuis des lustres », constitue un acte d’allégeance aux marchés financiers qu’il est vital de mettre en échec.  Il faut se réjouir de la riposte syndicale à cette déclaration de guerre, tant dans chacun des pays les plus directement frappés qu’à l’échelle européenne.

Mais c’est au niveau politique que la contre-offensive reste à construire!  C’est, en effet, un problème de nature politique que pose l’acceptation des Etats membres de s’engager, comme ils le font dans la pacte Merkel-Sarkozy, à soumettre, chacun à ses pairs – c’est à dire, en fait, au plus puissants d’entre eux – une fois par an, les « réformes » qu’il a accomplies en matière de finances publiques, de système social, de marché du travail, de politique fiscale! Où serait la différence entre un gouvernement de droite et de gauche si celui-ci devait, en tout état de cause, accepter de « surveiller le coût du travail unitaire pour vérifier que sa hausse ne conduise pas à une érosion de la compétitivité » – comme on peut le lire dans le fameux « Pacte »? A quoi servirait-il de s’alarmer de la montée en puissance des courants populistes et des démagogues d’extrême droite dans toute l’Europe si, dans le même temps, la gauche européenne s’avérait incapable de prendre le taureau par les cornes pour opposer à cette descente aux enfers un front résolu et rassembleur, porteur d’un projet européen axé sur le développement social, une politique monétaire permettant de nous libérer progressivement de la toute-puissance des marchés financiers, et une authentique démocratie citoyenne.  Ce débat est lancé au sein des forces du Parti de la Gauche européenne.  Il gagnerait à entrer dans la vie.

1 avril 2011 at 8:46 Laisser un commentaire

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