Posts filed under ‘Francis Wurtz’

SORTIR DE L’ENGRENAGE DE LA GUERRE: DIFFICILE MAIS VITAL !

« Les habitants (des 4 territoires ukrainiens annexés) deviennent nos citoyens pour toujours ! », proclama Vladimir Poutine devant un public en extase, scandant « Russia ! Russia ! » En franchissant ce nouveau seuil de l’inacceptable, le Président russe vient de rendre encore plus difficile le chemin vers l’indispensable cessez-le-feu. Comme il fallait s’y attendre, Volodymyr Zelensky a aussitôt répliqué que « l’Ukraine ne négociera pas avec la Russie tant que Poutine en sera le Président », ajoutant qu’il allait signer une « demande d’adhésion accélérée à l’OTAN » -deux objectifs qui, à leur tour, compliquent sérieusement la donne. 

L’Ukraine dans l’OTAN ? Le seul fait d’en évoquer l’hypothèse apporte inutilement de l’eau au moulin du courant le plus belliciste en Russie. Quant à l’attente d’un autre Président de la Russie pour entamer des négociations, elle laisse plus que sceptiques maints observateurs des relations internationales en général et de la Russie en particulier. Ainsi, un responsable politique peu susceptible de faiblesse vis-à-vis de Moscou, rappelait-il récemment qu’« À chaque fois que l’Occident a voulu changer les régimes en place, ce fut une catastrophe » (1) Cela vaut pour la Russie, où, dans le contexte actuel, un éventuel remplaçant de Poutine n’apporterait pas la solution, car ce sont les nostalgiques de l’Empire, bien plus que les partisans de la paix, qui ont malheureusement le vent en poupe. 

Le Président français a, quant à lui, choisi ce moment pour réaffirmer que « la France se tient aux côtés de l’Ukraine pour (…) recouvrer sa pleine souveraineté sur l’ensemble de son territoire. » Disant cela, Emmanuel Macron a fait écho à l’ambition affichée il y a peu par son homologue ukrainien : « reconquérir tous les territoires occupés par la Russie en Ukraine », y compris la Crimée.  En droit, il n’y a rien de plus légitime . Dans les faits, faire de cet objectif le préalable à l’arrêt des combats et à l’ouverture de discussions revient à s’installer dans la perspective d’une guerre longue, extrêmement coûteuse en vies humaines, aux multiples ramifications mondiales et à l’épilogue incertain, le pire ne pouvant être exclu. 

À l’opposé de cette stratégie, il apparaît plus responsable de reconnaître que nous avons à faire face au problème le plus inextricable , mais néanmoins vital, d’un conflit dont la portée dépasse désormais largement le cadre russo-ukrainien : sortir coûte que coûte de  l’engrenage de la guerre avant que la situation ne devienne totalement immaîtrisable. Cette option maintiendrait intact l’ objectif de la défense de la souveraineté de l’Ukraine, dans un cadre global prenant en considération la sécurité de tous les pays du continent , mais par la voie politique et non militaire. Les grands perdants de cette stratégie seraient les ultra-nationalistes de tous bords, qui se nourrissent de la guerre pour assouvir leurs fantasmes . À l’inverse, on peut raisonnablement penser que le retour du politique pourrait progressivement rouvrir un espace à des forces progressistes aujourd’hui réduites au silence, à Moscou et ailleurs. « La paix a ses victoires, non moins célèbres que la guerre » (2).

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(1) Pierre Lelouche, ex-président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (Figaro, 27/9/2022)

(2) John Milton, poète anglais du 17ème siècle.

7 octobre 2022 at 8:41 Laisser un commentaire

FACE À LA FUITE EN AVANT DE POUTINE, QUELLE STRATÉGIE ?

La guerre menée par Poutine contre l’Ukraine vient de franchir un seuil extrêmement inquiétant -au demeurant prévisible . En  mobilisant plusieurs centaines de milliers de citoyens, le pouvoir affiche sa détermination à répondre aux pertes infligées à son armée par de nouveaux engagements militaires, laissant présager une escalade meurtrière. En organisant des referenda d’annexion dans des territoires conquis par les armes, il aggrave encore l‘agression contre un pays souverain, en cherchant à rendre ses conquêtes irréversibles. Mais surtout, en brandissant la menace, en cas d’attaque contre ces entités annexées, d’un recours à « tous les moyens disponibles » -y compris, donc, les armes nucléaires- pour les défendre, il réitère officiellement son irresponsable chantage !

Doit-on le croire ? « Plus rien n’est impossible désormais » juge un observateur politique russe, opposant de longue date au Kremlin (1). « Nous sommes dans une guerre sous menace nucléaire qui peut dégénérer extrêmement rapidement » alerte, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le Général Desportes, ancien directeur de l’Ecole de guerre . Plus l’armée russe s’enlise, plus cette hypothèse cataclysmique prend de la consistance. Dès lors, que faire ? Accepter de prendre le risque du pire en faisant le pari que l’ennemi n’osera pas aller jusque là ? 

C’est , de fait, la stratégie des pays de l’OTAN, qui peut se résumer ainsi : se soucier de moins en moins de « lignes rouges » à ne pas franchir ; viser la défaite pure et simple de Poutine, voire de la Russie dans son ensemble  ; couvrir d’opprobre tout dirigeant occidental qui oserait (comme l’avait tenté Emmanuel Macron avant de revenir promptement « dans la ligne ») évoquer la nécessité de ménager à l’agresseur une porte de sortie pour tenter de créer à temps les conditions du passage à l’inévitable négociation d’ensemble, vraisemblablement sur le double volet : respect de la souveraineté de l’Ukraine contre garantie de la sécurité de la Russie. Washington a beau assurer prendre « très au sérieux la menace nucléaire » de Poutine, sa stratégie demeure inchangée. Quant à l’ex-« rebelle » Macron, ne vient-il pas de rassurer ses alliés en déclarant fièrement aux Nations unies que la fuite en avant de Poutine « ne donnerait lieu à aucune conséquence sur la position qui est la nôtre » ?

Plutôt que de faire la leçon aux pays qui, tout en refusant de soutenir la guerre russe, n’entendent pas se soumettre à l’hégémonie occidentale, le Chef de l’Etat serait mieux inspiré à prendre langue avec ceux d’entre eux qui viennent d’entrouvrir la voie à de possibles médiations : l’Inde , dont le leader a affirmé en face au Président russe que « l’heure n’était pas à la guerre » et , plus spectaculairement encore, la Chine , dont le ministre des Affaires étrangères -après avoir préconisé un « cessez-le-feu dans le dialogue »- vient de rencontrer son homologue ukrainien en insistant sur le fait que Pékin appelait à respecter « la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays », et en soulignant , dans le même temps , que « les préoccupations légitimes de toutes les parties en matière de sécurité doivent être prises au sérieux ». R.A.S ? Vraiment ?

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(1) Lev Shlosberg, chef du parti libéral Iabloko dans la région de Pskov (voir Figaro du 21/9/2022)

29 septembre 2022 at 5:38 Laisser un commentaire

L’ « OCS », FORUM ATYPIQUE ET ACTEUR INTERNATIONAL  DE POIDS !

La récente rencontre entre le Président chinois,  Xi Jinping, et son homologue russe, Vladimir Poutine, à Samarcande (Ouzbékistan), en marge du Sommet de l’ « l’Organisation de Coopération de Shanghai », a braqué les projecteurs sur cette structure, l’OCS, toujours mal connue malgré ses plus de 20 ans d’existence et le poids de ses protagonistes. Il est vrai que les caractéristiques originales de cette « organisation régionale de coopération sur la sécurité » sont de nature à désarçonner maints observateurs occidentaux, habitués au format classique d’une « alliance » politico-militaire comme l’OTAN, à son « leadership » central et au « devoir sacré » de ses États membres. Rien de tel dans l’OCS, et c’est ce qui fait tout son intérêt. 

Fondée en 2001 à l’initiative de la Chine, de la Russie et de quatre républiques d’Asie centrale ex-soviétiques (1), initialement pour lutter contre le terrorisme islamiste , l’extrémisme religieux, le séparatisme et le crime organisé, l’OCS n’a cessé, depuis lors, d’élargir ses missions (notamment vers la coopération dans les domaines économique, énergétique et des transports) et son assise. Elle fut rejointe par l’Inde et le Pakistan en 2017, par… l’Iran en 2021, auxquels s’ajoutent des pays « observateurs » et autres « partenaires de discussion » comme la Turquie ou l’Arabie saoudite ! Si  aucun de ces pays n’est connu pour être un parangon de vertu démocratique, le fait de pouvoir les réunir -y compris de traditionnels  « frères ennemis »- illustre la force d’attraction de l’OCS , désormais plus grande organisation régionale du monde (3 milliards d’habitants, près d’un quart du territoire de la planète et du PIB mondial), et confère à celle-ci un pouvoir de coopération et de négociation impressionnant. A cet égard, le caractère peu institutionnalisé de l’OCS s’est révélé être un atout, chaque partenaire conservant -par delà les intérêts économiques, diplomatiques ou sécuritaires communs- sa pleine souveraineté. Significatives furent ainsi, lors du Sommet de septembre de l’OCS, la réaffirmation de francs  désaccords avec la guerre de Poutine en Ukraine, notamment de la part de l’Inde, et l’expression plus diplomatique  de « questions » et d’ « inquiétudes » de la Chine à propos de ce même conflit provoqué par Moscou. 

Le choix du respect du pluralisme politique au sein de l’OCS fait que peuvent s’y côtoyer des États proches de la Chine ou de la Russie et certains autres qui ne rechignent pas à composer avec les Etats-Unis , leur double trait d’union étant leur refus unanime, non de « l’Occident » en lui-même mais de l’hégémonie occidentale,  et la conscience de leurs convergences d’intérêt sur des points essentiels , qui n’excluent pas des divergences voire des rivalités sur d’autres aspects : aussi les seules décisions au sein de l’OCS sont celles à même de faire consensus entre les membres. Nous sommes loin d’un modèle de multilatéralisme, mais , dans le monde chaotique et impitoyable que nous subissons présentement, l’OCS devrait faire sérieusement réfléchir les idéologues occidentaux qui ont une périlleuse propension à confondre leur monde avec le monde réel.

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(1) Le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbekistan.

22 septembre 2022 at 6:19 Laisser un commentaire

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