POUR UN AUTRE RÔLE DE LA FRANCE EN EUROPE

wurtz-l-humanite-dimanche         Après ma dernière chronique , consacrée aux moyens à saisir pour tenter d’empêcher la réalisation d’un « grand marché » Europe-États-Unis, Jean-Paul C. m’a adressé un message qui commence ainsi:  « Bien!Mais mettons le paquet sur le scandale de la mort, immolée par le feu, d’une mère de famille de la précarité dans la petite localité nordiste de Haubourdin, ce 27 mai 2013. « Mon interlocuteur s’indignait du « black-out qui s’abat sur ce cri tragique et cruel » lié à des difficultés financières. « Agissons !  » Conclue Jean-Paul. En effet, il n’y a rien de pire que l’accoutumance à l’inacceptable . Quelle régression guetterait notre société si elle banalisait les gestes de désespoir qui tendent à se multiplier dans notre pays ! L’indignation et la mobilisation face aux scandales sociaux engendrés par un capitalisme de plus en plus échevelé, c’est bien la première des priorités. Sans elle, tout le reste est illusoire: l’humain d’abord !hd-606

Quand nous tentons de décrypter les ressorts d’une « Europe » devenue insupportable au plus grand nombre et de poser les jalons de sa refondation démocratique et solidaire, c’est précisément dans l’espoir de contribuer à l’action pour en finir avec toutes ces injustices, ces souffrances, ces humiliations héritées de l’ « économie de marché ouverte où la concurrence est libre ». Refuser, rassembler et reconstruire sont trois dimensions de l’action, aujourd’hui indissociables pour rendre possible tout changement notable en France et en Europe. Il y a, à cet égard , une idée qu’il faut aider nos concitoyens à s’approprier jusqu’à la rendre incontournable : on n’a pas le droit de gâcher la chance historique que pourrait représenter une authentique France de gauche pour ouvrir la voie à une transformation en profondeur de l’Union européenne!

Or, François Hollande est en train de s’éloigner à grands pas des nombreuses attentes de changement placées dans une « France de gauche », en particulier en Europe du sud, et jusque dans la gauche allemande. Ainsi, son ralliement spectaculaire aux thèses de l’ancien Chancelier Schröder, le fossoyeur de  » l’Etat-social  » allemand d’avant la réunification est-il à l’exact opposé de l’exigence populaire hyper-pressante de voir stoppées les politiques d’austérité et de « réformes » régressives. Quant à la publication de la fameuse « contribution commune » Merkel-Hollande en vue du sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement des 27 et 28 juin prochains, il faut en mesurer tous les dangers. Ne laissons pas détourner l’attention par la fausse fenêtre sur le thème sensible de l’emploi des jeunes! Prétendre désamorcer la bombe à retardement que représente le chômage de près de six millions d’Européens de moins de 25 ans (hors étudiants) en mobilisant six milliards d’euros sur sept ans (dont trois sont redéployés au détriment d’autres urgences sociales) dans le cadre d’un budget globalement en recul sur les sept dernières années , tout en poussant de plus en plus loin la course à la « compétitivité » par la réduction du « coût du travail » , relève d’une démagogie grossière!  Non, le vrai projet-phare contenu dans cette « contribution franco-allemande », c’est celui d’une « coordination des politiques économiques » plus étroite et d’un « renforcement de la gouvernance de la zone euro », tels que l’entend la Chancelière. Pour avoir une idée de la direction dans laquelle une telle « coordination » et une semblable « gouvernance » risquent d’orienter la politique de l’UE, il suffit de se reporter aux récentes « recommandations » de la Commission européenne à la France (comme aux autres États de la zone euro). Sans doute sont-elles jugées encore insuffisamment coercitives ? Vivement que le « peuple de gauche » revendique haut et fort un autre rôle pour la France en Europe !

6 juin 2013 at 7:29 Laisser un commentaire

« PARTENARIAT TRANSATLANTIQUE « : COMMENT PESER ?

wurtz-l-humanite-dimanche           Le 14 Juin prochain, le « Conseil » de l’Union européenne (autrement dit les représentants des 27 gouvernements des États membres) est appelé à prendre l’une de ces décisions qui passent quasiment inaperçu lorsqu’elles interviennent, mais s’avèrent lourdes de conséquences à terme, quand il est devenu très difficile de les changer. En l’occurrence , il s’agit de l’adoption du mandat à confier à la Commission européenne pour négocier avec les États-Unis le contenu du plus important traité de libre-échange jamais conclu, puisque les deux ensembles représentent , cumulés, la moitié des richesses produites dans le monde. J’ai déjà évoqué dans ces colonnes, il y a tout juste trois mois, les enjeux de société , voire de civilisation , que recèle un « partenariat transatlantique » de cette nature.(1) Dès lors, il n’est pas superflu de voir où, quand et comment il est possible de peser sur les choix des instances européennes en la matière.fw30

Comment se prend ce type de décision? Le principe même de la constitution d’un grand marché euro-américain ouvrant la voie à une hyper-libéralisation du commerce et des investissements est un serpent de mer que l’UE et les USA ont relancé en commun en début d’année. Bruxelles a aussitôt enclenché un processus qu’il espère voir aboutir d’ici 2015 ou 2016. Premier acte:  la Commission Barroso a élaboré en mars un projet de « mandat de négociations  » qui laisserait les mains dangereusement libres au négociateur européen. Deuxième acte: le Parlement européen à émis ce 23 mai un avis (consultatif et donc non contraignant) sur ce projet. Troisième acte: le Conseil va modifier, adopter…ou rejeter , le 14 Juin, le mandat en question . A partir de là, si un mandat est adopté, le Commissaire européen au commerce, le très libéral Karel De Gucht, entamera sur cette base des pourparlers censés durer deux ou trois ans avec son homologue nord-américain. Enfin, Conseil et Parlement auront à se prononcer,  le moment venu , par oui ou par non sur le résultat final de ce bras de fer planétaire .

Il était et demeure donc nécessaire de se faire entendre au moins de trois manières. D’abord vis-à-vis du Parlement européen : c’est ce qu’ont fait les défenseurs de l’ « exception culturelle », en demandant avec force aux députés de se prononcer pour l’exclusion du cinéma et de l’audiovisuel des secteurs ouverts au libre-échange afin de garantir les protections dont bénéficient ces domaines en Europe. Ils ont été entendus. D’une part, 14 ministres de la culture ont, à l’initiative de la France, repris à leur compte cette exigence. D’autre part, une majorité de parlementaires européens a voté en ce sens la semaine dernière. C’est un sérieux camouflet pour la Commission Barroso , mais pas encore une défaite puisque ce vote n’était pas contraignant.

Un deuxième axe d’intervention est celui qui conduit dans les deux prochaines semaines au Conseil. C’est lui qui donnera ou non son feu vert à la Commission et fixera sa feuille de route. Il s’agit donc de placer chaque gouvernement face à ses responsabilités. Ainsi Paris lui-même se dit préoccupé, outre les menaces sur l’ « exception culturelle », par celles pesant sur les services publics, les normes sociales et environnementales, les règles d’origines, les marchés publics de la défense…Autant de raisons de dire NON, de chercher des alliés, de tout faire pour stopper le processus.

Le troisième champ d’intervention s’étend du14 Juin jusqu’à l’issue des négociations . Les contradictions explosives qui ne manqueront pas doivent être saisies pour arracher le rejet final de l’accord de libre-échange …si accord il y a, ce qui n’est absolument pas sûr au vu des précédentes tentatives avortées. Et puis, entretemps auront lieu des élections européennes, en 2014 !

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(1) Humanité Dimanche : 21/2/2013

30 Mai 2013 at 8:15 Laisser un commentaire

Y-A-T-IL UNE ALTERNATIVE AU « PROJET EUROPEEN » ?

wurtz-l-humanite-dimanche          « Il y a une alternative au projet européen, c’est le repli national, préconisé à droite de la droite et à gauche de la gauche par tous ceux qui vantent le mot d’ordre: seuls, nous seront plus forts. »  Cette -grosse- sottise sort de la bouche du président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz. D’abord, sa formule à l’emporte-pièce conduit de fait , pour la France, à amalgamer les traditionnels adeptes du nationalisme lepeniste et les internationalistes de toujours qui se reconnaissent dans le Front de gauche. J’ai connu Martin Schulz plus perspicace. Je lui conseille de laisser à d’autres ce genre d’ignominie. Mais je veux m’arrêter sur l’autre message que véhicule son propos: derrière tout opposant à l’ Europe de la « troïka » se cache un tenant du « repli national » – ce qui n’est vraiment pas sérieux- et, plus généralement, « hors de l’Europe libérale, point de salut pour l’Europe » en quelque sorte. Si c’était vrai, tous ceux que révulse le nationalisme – dont je suis- n’auraient plus que les yeux pour pleurer, tant l’actuelle « Europe » provoque désormais le rejet, jusque dans les pays les plus profondément « européïstes » comme l’étaient jusqu’à ces tout derniers temps l’Italie ou l’Espagne. « La popularité de l’Union européenne est à son niveau le plus bas dans la plupart des pays européens » peut-on lire dans la dernière étude annuelle d’un institut de recherche qui fait autorité (1). Et pour cause! On ne tombe pas amoureux d’une construction devenue symbôle non de solidarité et de paix mais d’austérité et d’arrogance, et dont le bilan est sans appel: 12% de chômage; un citoyen sur quatre en situation de pauvreté; une économie plongée dans la récession; une écrasante domination « nord »-« sud » au sein même de la zone euro, qui a, par aileurs, besoin de recourir au Fonds monétaire international pour « régler » ses problèmes!…fw23

Mais, fort heureusement, Martin Schulz a tort: il y a une vie pour l’Europe après celle du fric et du père fouêtard ! Mieux: il est absolument nécessaire de s’opposer à cette caricature d’ « Union » et de rompre avec la logique « austéritaire » et les structures autoritaires qui l’accompagnent si on veut donner ses chances à un projet européen alternatif. C’était déjà ce qu’avaient entrepris,en 2005, des millions de Françaises et de Français favorables au non de gauche au traité constitutionnel. Aujourd’hui, il est vital pour la démocratie sur tout le continent que le légitime désenchantement que suscite le projet Merkel-Barroso-Draghi (Banque centrale européenne) se transforme en une force solidaire et constructive autour d’une nouvelle ambition européenne dans laquelle les peuples puissent se reconnaitre et s’investir. On imagine aisément autour de quel type d’axes fondamentaux il est aujourd’hui possible de se rassembler largement, de Paris à Rome et d’Athènes à Madrid et…jusqu’à Berlin:  « Non à l’austérité – priorité au développement social et à la transition écologique »;  « Non à la soumission aux marchés financiers – changer les missions de la Banque centrale européenne pour que ses prêts quasi-gratuits permettent de financer la création d’emplois et l’essor des services publics »;  « Non à la centralisation des pouvoirs et à l’opacité des lieux de décisions – restaurer la démocratie, promouvoir l’intervention des citoyens,respecter la souveraineté populaire et la dignité des nations »…

Hélàs, le Président français ne prend pas ce chemin!  « Sa ligne est européo-socialo-libérale » reconnait Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand, qui précise: « Mais ces faits ne peuvent pas être dits aussi franchement, car la pire des choses qui puisse lui arriver, c’est de perdre sa gauche sur un malentendu idéologique ».(2)
Et si on s’appliquait à clarifier ce « malentendu »?

(1) Pew Research Center (14/5/2013)
(2) « Les Echos » (16/5/2013)

23 Mai 2013 at 7:47 1 commentaire

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