Posts filed under ‘Francis Wurtz’

La « force tranquille et le candidat anti-Giscard »

La campagne de George Marchais

Formellement,la campagne du Parti communiste pour l’élection présidentielle de 1981 n’a commencé qu’au mois d’octobre précédent. En réalité,Georges Marchais, à l’époque seul candidat envisageable, n’a pas attendu sa désignation pour engager un marathon politique qui a peu d’équivalents dans l’histoire de la Vème République. D’une certaine manière, il s’agissait de l’épilogue d’une longue période de mobilisation croissante du parti, de radicalisation croissante de son discours, et de politisation croissante de son électorat, consécutive à la rupture du programme commun de la gauche intervenue en septembre 1977.

A peine trois mois avant ce clash historique,Georges Marchais avait effectué

en Alsace un séjour exceptionnel dont les enseignements dépassaient de loin le

cadre spécifique de cette région.Durant huit jours,il avait sillonné cette

« terre de mission » en allant à la rencontre des publics réputés les plus

rétifs aux idées communistes : chrétiens; »malgré nous »;syndicats

« réformistes »;militants antinucléaires;travailleurs attachés à leur identité

régionale…S’il s’agissait d’un test de notre stratégie d’alors,il s’avéra

concluant!En tout cas, Georges Marchais excella dans cet exercice,fort qu’il

était à ce moment-là tout à la fois de notre politique d’ouverture fixée un an

auparavant lors de l’emblématique « 22ème Congrès »;de notre stratégie d’union

de la gauche censée annoncer des changements prometteurs;et aussi d’un

optimisme conquérant nourri par toute une série d’événements encourageants qui

s’étaient succédés ,tant sur le plan intérieur (comme les succès

spectaculaires enregistrés aux elections municipales de mars 1977) que dans

l’actualité internationale (tels la chute du fascisme en Espagne et au

Portugal,la libération de l’Angola et du Mozambique et surtout la victoire du

peuple viet-namien).

L’échec de la stratégie d’union en France ,en cassant ce climat de confiance,a

ouvert la voie à la radicalisation du discours communiste.Puisque la

perspective unitaire s’éloignait,il importait de bander les muscles et de

faire front.Les quatre années qui nous séparaient de l’election présidentielle

n’allaient cesser de voir s’exacerber cette nouvelle athmosphère.Toute la

campagne de 1981 en fut imprégnée,avec le double effet d’une mobilisation sans

pareil du « peuple communiste »…et d’un isolement de ce dernier au sein du

« peuple de gauche » en général.

Ce n’est qu’en ayant en vue cette contradiction qu’on peut comprendre que la

campagne à bien des égards la plus réussie de l’histoire récente du PCF ait

débouché sur un échec retentissant de son candidat.Campagne la plus réussie?

En effet!Soir après soir,d’immenses salles combles sinon des stades entiers

ovationnaient Georges Marchais!Un enthousiasme époustouflant!Un courant de

sympathie et même d’affection enflammé! Il fallait mesurer le souffle que

libérait le fameux « au-dessus de 4 millions,je prends tout! » ou bien voir

l’accueil réservé par les publics féminins au traditionnel passage sur « les

femmes passives;les femmes soumises; les femmes craintives,c’est bien fini et

c’est tant mieux! » (Pour la petite histoire,lors du premier de ses deux

discours en Corse,Georges Marchais céda aux amicales pressions de quelques

dirigeants locaux en supprimant cette phrase de son discours.Il se le reprocha

vivement et tint bon le lendemain.Avec un égal succès…)

Le jour fatidique approchant et les sondages annonçant avec constance un score

de 15% pour un parti alors habitué à dépasser la barre symbolique des 20% ,une

évidente et compréhensible nervosité habitat le candidat,son entourage et la

direction du parti.Georges Marchais,conscient de la cruelle déception qui

allait étreindre ces hommes et ces femmes scandant tous les soirs « Marchais

Président » (non parce qu’ils voyaient leur candidat à l’Elysée, mais parce

qu’ils puisaient leur dignité dans son succès),fut très affecté de ce

douloureux hiatus. Le soir du 26 avril,ce ne fut donc pas une surprise,mais la

confirmation dramatique d’un échec qu’on pressentait sans se l’avouer

annonciateur d’un déclin durable.Georges Marchais avait cependant réuni sur

son nom pas moins de 4,5 millions de voix – notamment parmi les couches

populaires et les jeunes- alors même que le premier espoir sérieux de victoire

d’un Président socialiste sous la Vème République avait dopé le « vote utile ».

Cette campagne laisse donc forcément un souvenir mitigé.Elle a permis

d’exprimer avec une force impressionnante des exigences légitimes,mais s’est

inscrite dans une stratégie qui n’a pas permis de les faire aboutir.A u total,

c’est une page d’histoire qui mérite un hommage lucide.

Cette article est publié dans

Hors-série  L’Humanité,

1981  l’Histoire d’une espérance

Pour acheter cette publication cliquez ici

25 Mai 2011 at 3:48 3 commentaires

« SORTIR DE L’EURO? » POUSSONS LE DEBAT!

Dans une récente chronique, j’ai amorcé le dialogue sur une interrogation compréhensible mais, à mes yeux, piègeante : faut-il « sortir de l’euro » pour nous libérer des politiques dévastatrices menées en son nom?  Poussons le débat, sans prétendre faire le tour de la question en quelques lignes.

Tout d’abord, une donnée doit être claire: le statu quo est incompatible avec une ambition sociale.  La conception actuelle de la monnaie européenne a ses fondements dans le traité de Maastricht.  La logique de ce traité est, en particulier, traduite par une Banque centrale européenne (BCE) conçue pour ignorer l’emploi et le social.  Elle ne doit s’intéresser qu’à la « stabilité » des coûts, c’est à dire à la pression sur les salaires et les dépenses sociales afin de séduire les « investisseurs » à  la recherche de rendements élevés.  Cette logique a produit le pacte de …stabilité, véritable machine de guerre contre les dépenses publiques, et favorisé la politique de « l’euro fort », mortelle pour l’emploi.  Depuis la crise financière de 2008, elle a conduit les principaux dirigeants européens à sophistiquer encore substantiellement leur arsenal antisocial – et antidémocratique – avec la « pacte pour l’euro ».  Celui-ci vise à instaurer un régime d’hyperaustérité durable et à imposer d’en haut des « réformes structurelles » visant à doper la « flexicurité », l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les privatisations…  La rupture avec cette logique est donc, plus que jamais, une exigence pour qui veut ouvrir la voie à un projet de gauche digne de ce nom.

Dès lors se pose la question: la meilleure rupture avec cette politique ne serait-elle pas la sortie pure et simple de l’euro?  Une fausse évidence, dramatiquement trompeuse!  Même un économiste comme Jacques Sapir, qui penche pourtant plus ou moins en faveur d’une telle issue, ne cache pas qu’ « il est évident qu’une sortie de l’euro est un basculement dans l’incertain », que le risque est que « la souveraineté monétaire soit captée par les marchés » et que la « nouvelle monnaie (soit menacée d’être) prise dans le tourbillon des spéculations financières ».  Les économistes communistes – non suspects de complaisance pour Maastricht ou la BCE! – estiment même pareille aventure bien plus dangereuse encore, avec, en particulier, les effets désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs et le poids de la dette, ainsi que l’explosion d’une mise en concurrence sans limite entre Européens.  Et surtout, ils mettent l’accent sur le besoin vital d’une construction monétaire européenne – mais profondément transformée – pour agir contre la domination du dollar et en faveur d’une monnaie commune de coopération à l’échelle du monde, au côté de pays du Sud et de grandes économies dites « émergentes ».

Naturellement, pour créer les conditions de tels changements, il ne faut pas se situer exclusivement au niveau des institutions européennes actuelles ou des négociations entre Etats, tels qu’ils sont sous nos yeux.  C’est précisément la responsabilité d’une gauche visant la transformation sociale d’offrir aux citoyens une grille de lecture plus dialectique des réalités et des potentialités.  Ainsi, la crise sans précédent des structures européennes et la montée partout d’aspirations au changement, elles aussi d’une ampleur sans équivalent depuis qu’existe l’UE, ouvrent-elles une « fenêtre d’opportunité » historique.  C’est le moment de faire valoir une vision alternative et d’avancer des propositions saisissables, crédibles et rassembleuses.  C’est dans cet esprit qu’on attend la gauche française en 2012.

19 Mai 2011 at 10:45 2 commentaires

La face la plus noire de Schengen

Le 6 janvier 1941, le Président des Etats-Unis, Franklin Roosevelt, prononça le célèbre discours dit « des quatre libertés »: la liberté d’expression, de religion, de vivre à l’abri du besoin, ainsi qu’à l’abri de la peur.  Les « pères de l’Europe », quinze ans plus tard, ont tenu à placer eux aussi leur œuvre sous l’égide de « quatre libertés fondamentales », mais plus prosaïques que les précédentes: la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes sur le marché européen.

La première de ces libertés à avoir été intégralement
réalisée fut celle accordée aux marchandises de circuler sans
entraves.  La généralisation de la libre circulation des capitaux
intervint en 1990.  Puis vint le tour des services.  A partir de 2004,
aux yeux des dirigeants européens, l’adhésion à l’UE d’un grand nombre
de pays à bas salaires rendit plus cruciale et plus urgente la
suppression de tous les obstacles à la possibilité effective de tout
prestataire de services -notamment de ces pays- d’exercer son activité
dans n’importe quel autre Etat membre …en y appliquant les règles
« du pays d’origine ». La directive Bolkestein fut conçue à cet effet.
Cela étant, le principe de la libre prestation des services tout comme
celui de la liberté d’établissement des prestataires de services
étaient clairement reconnu dès 1957.

Il faudra, en revanche, attendre 1995 pour qu’entre en
vigueur la convention d’application des accords de Schengen et 1999
pour que soit intégrée aux traités européens la liberté des personnes
de circuler dans un espace sans frontières composé de 22 pays de
l’UE et de 3 pays associés: l’Islande, la Norvège et la Suisse (la
Grande Bretagne et Irlande ont obtenu le droit de conserver leurs
frontières. La Roumanie, la Bulgarie et Chypre attendent que le
Conseil européen les juge aptes à ouvrir les leurs.)  Enfin, un beau
symbole dira-t-on? Oui, mais la médaille a un revers…

Certes, nul ne conteste la légitimité, pour les Etats qui
ont aboli leurs frontières intérieures, d’une surveillance des
frontières extérieures du nouvel espace commun, ni même de l’existence
d’une clause de sauvegarde permettant, dans des cas extrêmes, de
rétablir ponctuellement, des contrôles à l’entrée de leur territoire.
Mais les tendances à l’œuvre – dont le couple Sarkozy – Berlusconi est
un protagoniste zélé – sont d’une tout autre nature.  Il s’agit de
détricoter maille par maille un acquis démocratique, en ne conservant
de « Schengen » que sa face noire, hyper-sécuritaire et attentatoire aux
libertés.  Ainsi, le système d’information Schengen (SIS) qui stocke
dix millions de données concernant un million et demi de personnes
dans une opacité totale va-t-il être encore renforcé.  En outre,
l’Agence Frontex, véritable bras armé de Schengen, auquel les Etats
membres délèguent des moyens colossaux (des dizaines d’hélicoptères,
d’avions, de navires et des centaines de radars, de caméras
thermiques, de détecteurs de battements de cœur, ainsi que des
patrouilles de gardes- frontières et autres « groupes d’intervention
rapide ») pour traquer et refouler les migrants dont 4200 ont payé de
leur vie, depuis 2003,leur recherche éperdue d’un havre de paix et
d’une vie meilleure doit, elle aussi, être encore promue.  Ayant perdu
leurs fidèles auxiliaires – de Ben Ali à Kadhafi – qui assuraient
jusqu’il y a peu l’externalisation des contrôles au mépris des droits
fondamentaux, ils choisissent la fuite en avant et entraînent l’Europe
dans une aventure démagogique et xénophobe.  Ne tombons pas dans leur
piège!

13 Mai 2011 at 12:46 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

octobre 2026
L M M J V S D
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Archives

Catégories

Pages

Pages